La veille apprivoisée #4

Colleurs d'affiche - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

– Vers des livres vivants – InternetActu

« Faire subir des ajustements à un livre pour le faire passer d’une époque à une autre n’est pas nouveau. La différence importante entre un livre numérique remis à jour et une édition imprimée révisée, au-delà du temps et du coût : dans la première, la révision remplace littéralement le livre qui précède. Une fois téléchargé, dans la plupart des cas, un nouveau livre numérique supplante la version originale, comme si la première version n’avait jamais existé– un livre numérique élimine le souvenir de qui l’a précédé. »

 – Casser la page – La feuille

Des interrogations sur la conception des livres numériques. L’arc narratif étant transformé, quid des outils de création ? Quid des outils qui permettent aux lecteurs de naviguer convenablement et facilement dans ce qu’ils cherchent? Quid de la disparition de l’indexation des livres numériques ?

– Making Ebooks Visible at Academic Libraries – The digital shift

Comment rendre visible son offre d’ebooks en bibliothèque universitaire ?
Dans le même esprit lire cet article de David Lee King qui nous explique comment ne pas séparer le numérique du physique. Promouvoir la présence numérique de la bibliothèque ( Facebook, Twiter, Youtube …) dans les murs par une signalétique dans les salles de travail, la machine à café, dans les rayonnages avec nos livres, en fond d’écran des postes de consultation …

– 7 Things You Should Know About Service Design – iLibrarian

Le design des services en 7 questions essentielles. Sur le même sujet, voir cette présentation de Zaana Howard

– Gamification: la slideshareatture – Ludicité

Une sélection de ressources très intéressantes pour comprendre le concept de gamification. La définition de Thierry Robert : « Intégration de mécaniques ludiques dans l’espace public pour favoriser la participation citoyenne par l’éducation, la sensibilisation et l’engagement. »

– Vers la fin du RSS ? – Bibliothèques [Reloaded]

Firefox a retiré son icône RSS de la barre d’URL, Twitter le lien « RSS » sur la page d’un profil, Google annonce que Google Reader va disparaître de la barre de navigation depuis Gmail. Allons nous vers la fin du RSS ? Plutôt vers la fin d’un RSS « grand public », qui préfère suivre l’actu via les réseaux sociaux, et un repositionnent vers certaines communautés d’utilisateurs dont les professionnels de l’information. Un billet qui a fait débat. Etienne Cavalié a fait une mise au point.

– Guide pratique pour un portail web en bibliothèque – bibliothèque numérique de l’Ennsib

Le Guide pratique pour un portail web de bibliothèque est un outil visant à aider les professionnels des bibliothèques à concevoir le portail web de leur établissement, à saisir certains enjeux, à se positionner sur des services et à élaborer un cahier des charges pour leur prestataire informatique. Très utile.

———

Ma veille au jour le jour est à suivre sur mon profil Twitter ou Facebook ou encore sur ma liste de partage Google Reader


La veille apprivoisée #3

Binoculars - Par bencarr. CC-BY-SA Source : Flickr

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

– Comprendre ce que la lecture sociale impacte – La feuille

Une excellente synthése de la réflexion que mène Marc Jahjah aka SoBookOnline sur la lecture sociale : la valeur de nos annotations ? Qu’échangeons-nous vraiment au-delà de nos lectures : une critique ou une vente potentielle ? Dans ces conditions d’industrialisation de ce que nous partageons comment construire la liberté du lecteur ?

– Livre numérique: on est en train de se planter royalement ! – Jean François Gayrard (Facebook)

‎ »Les gens lisent de moins en moins. Le prix du livre papier est de plus en plus élevé. Il y a une opportunité avec le numérique de faire circuler des textes plus facilement avec des coûts de production beaucoup plus réduits, mais non on continue à sacraliser le livre, à la présenter comme un produit de luxe même dans sa version numérique en faisant payer le prix fort. Et pendant ce temps-là, 300 millions de personnes ont téléchargé Angry Birds mais certainement pas 300 millions de fichiers PDF à 16€ avec des DRM … »

– Quel modèle économique pour le livre numérique ? – ParisTech Review

‎ »En extrapolant, on pourrait dire que le livre, se dématérialisant, tend à devenir un service, plutôt qu’un bien. C’était un objet, il est en passe de devenir un flux, échappant toujours plus à la prise de ceux qui le produisent, au profit de ceux qui le font circuler. Ce n’est pas seulement le marché qui évolue, c’est l’idée même du livre qui est en train de se transformer. » Un bon article pour comprendre l’histoire du livre numérique…

– Les bibliothèques publiques peuvent-elles être freemium de l’édition numérique ? – Bibliobsession

« Et si les bibliothèques étaient l’une des voies “free” d’une édition qui donne accès à des contenus en freemium? Sans s’encombrer des actuels DRM chronodégradables attachés à un fichier, pourquoi ne pas considérer, comme cela est déjà le cas depuis vingt ans pour des contenus académiques, que ce qui est loué par la bibliothèque pour ses usagers c’est un accès et des services? »

 Le portail documentaire : les pré-requis – Davidolib

Une présentation de David Olievero faite lors du stage « Le portail documentaire : du projet à la réalisation » organisé par Mediat Rhône-Alpes. Tout y est : les aspects stratégiques, organisationnels, communicationnels, la légitimé du projet, débrouillabilité et appropriation des outils… A visionner +++

– As a Revolution Takes Root, a Library Grows – Library journal

Quand une révolution prend racine, une bibliothèque pousse … celle des indignés de Wall Street.

———

Ma veille au jour le jour est à suivre sur mon profil Twitter ou Facebook ou encore sur ma liste de partage Google Reader


Déplacer la discussion des services en ligne de bibliothèque vers les espaces numériques personnels ?

La possibilité de commenter sur les services en ligne de la bibliothèque : est-ce si important que cela ? - (Par hippydream. CC-BY-SA Source : Flickr)

Je suis régulièrement interpellé par des collègues qui sont confrontés au refus de leur direction ou le plus souvent du service communication d’autoriser les usagers à déposer des commentaires sur le site institutionnel ou plus simplement sur le blog de la bibliothèque. J’ai déjà réagi à ce genre de situation en proposant une charte des commentaires consultable en ligne afin de rassurer tout ce petit monde. Je m’appuyais sur l’expérience menée dans la bibliothèque publique du Topeka & Shawnee County aux États Unis.

Et voila qu’aujourd’hui je m’interroge. L’élément déclencheur est ce billet de François Bon “Que les commentaires ne sont pas une écriture du bas” que j’ai redécouvert en lisant son dernier livre numérique “Après le livre”. Je ne remets pas en question la pertinence de cette fonctionnalité sur nos sites. Si l’on a la possibilité de l’offrir je crois qu’il ne faut pas hésiter, à condition d’intégrer la question de la modération et de sa propre participation. Beaucoup trop de bibliothécaires se plaignent de la non-participation des usagers sans jamais eux même s’engager dans la conversation !

Mon interrogation est plutôt de savoir si nous devons nous battre pour obtenir cette fonctionnalité si celle ci n’est pas proposée par défaut sur nos services en ligne ? Je me demande si il ne serait pas plus pertinent de défendre ce qu’écrit Karl Dubost sur son site “Les carnets web de la Grange”

“Je veux inciter les gens à écrire sur leurs propres espaces car le web a une propriété technique formidable qui s’appelle l’hyperlien. À partir du moment où l’on met la personne dans une situation d’écrire sur son espace personnel, le commentaire est moins du type « jolie profondeur de champ » ou « c’est bien écrit » mais un peu plus argumenté.”

Et si finalement un bouton facebook,  wordpress ou plus simplement un lien pointant vers l’url de l’article ne serait-il pas plus pertinent pour favoriser la discussion. Une conversation qui se déplacerait vers ces fameux espaces numériques personnels évoqués plus haut. Espaces qui s’inscrivent bien souvent dans des communautés d’intérêt ou de pratique. Sans parler que nous nous libérons de l’épineuse question de la modération qui inquiète tant nos tutelles. François Bon pointe néanmoins une vraie faiblesse :

“Un message Face Book n’est visible que six heures en moyenne, disparaissant de votre page où d’autres ont pris la place.”

Parce qu’il est visible et pérenne au pied de la page, le commentaire participe à la construction d’une réflexion collective qui complète le propos du billet. Une valeur ajoutée qui mériterait d’être défendue si nos services en ligne croulaient sous les commentaires. Ce qui n’est pas le cas.  Je ne suis donc pas loin de penser qu’il vaut mieux se battre pour ce qui dissémine la conversation et non  pour ce qui l’encapsule.

“… à nous donc de contaminer de l’intérieur Face Book et Twitter avec les contenus dont nous estimons qu’ils sont la raison de notre présence sur le web ? » continue François Bon.

Pas certain d’être moi même convaincu par ce que j’écris. Je m’interroge. Qu’en pensez vous?
Les commentaires sont ouverts …

Une année à la rencontre de bibliothécaires

Une année sur la route ... la richesse des rencontres professionnelles. (Par BrunoDelzant. CC-BY-SA Source : Flickr)

Une année d’interventions, de formations, de cours. Une année où  j’ai croisé de très nombreux collègues bibliothécaires – BM, BDP, BU, CDI – avec lesquels j’ai partagé leurs expériences mais aussi leurs angoisses. Le plus frappant est de constater l’inquiétude de la profession face aux enjeux que pose le numérique aux bibliothèques. Des collègues en perte de confiance,  inquiets, presque tétanisés face aux possibilités offertes par les ressources numériques ou par la médiation numérique. Certains découvrent même qu’ils auraient un rôle essentiel à jouer dans la société de l’information. J’ai aussi le sentiment que notre profession aime bien se flageller et se répéter que nous sommes bien incapables de nous adapter aux transformations des usages. A force de se le dire, on va finir par le croire.

Et pourtant. Toutes ces discussions m’ont convaincu d’une chose : le potentiel de nos bibliothèques réside bien dans l’expertise de ses bibliothécaires et qu’au final le web social n’est qu’un outil supplémentaire mis  à notre disposition pour révéler cette expertise et pour la partager avec nos usagers  au sein des communautés d’intérêts qui animent les conversations du web. Aussi lors de mes interventions  je porte une attention toute particulière à rassurer, à expliquer que nous avons déjà les compétences naturelles – je n’ai pas dit toutes les compétences … –  pour participer à la médiation culturelle qui s’organise sur le web. Une médiation qui est aux mains aujourd’hui des grands médias et des vendeurs.

Au fil de ces rencontres, je capture sur un petit carnet, ici une remarque, là une idée qui par petites touches nourrissent ma réflexion. En voici quelques une en vrac. Tout cela est subjectif et n’apporte pas nécessairement de réponses.  A la fois un bilan et un work in progress.  Aucune prétention.

Les cadres vous êtes aussi concernés !

Je reçois très souvent des courriels de collègues qui me font part de leur déception à ne pas pouvoir mettre en oeuvre ce qu’ils ont entendu lors d’une formation ou d’une conférence sur la médiation numérique.  Ils m’expliquent qu’ils se heurtent à l’incompréhension de leurs directeurs ou de leurs bibliothécaires responsables qui au final ne perçoivent que de manière très partielle  l’intérêt de tels projets. Situation paradoxale car ce sont souvent eux qui autorisent l’agent à suivre cette formation.
Il est clair qu’il faut être plus tactique dans les propositions de formation et arriver à faire des offres qui soient très clairement cadrées pour des bibliothécaires cadres puisque ce sont eux qui peuvent impulser et défendre un projet de bibliothèque numérique.  C’est ce que nous avons fait avec mes collègues de la Biblioquest et grâce à l’ENACT. Le succès est au rendez-vous. Tant mieux !

Liseuses & livres numériques, késako ?

Un sujet qui revient systématiquement lors du fameux temps d’échanges dans les journées d’étude, si ce n’est le sujet même du colloque. Un constant : le nombre impressionnant de bibliothécaires qui n’ont jamais parcouru un livre numérique , ni même manipulé une liseuse. Une minorité sait ce qu’est un format epub, comprend ce qu’est un DRM. Et pourtant ils ont tous un avis …. bien souvent imprégné d’a priori négatif. Du coup je ne suis pas étonné de voir des bibliothèques s’abonner à des plateformes de prêts numériques aux modèles totalement inappropriés aux usages.

Pour info l’addnb, propose aux bibliothèques adhérentes un prêt de liseuses afin que leurs bibliothécaires puissent les utiliser, les manipuler … se faire un avis sur du concret.

Culture web et Creative Commons, les grands absents des services en ligne de bibliothèques ? (Par Giuli-O. CC-BY-SA Source : Flickr)

Des services en ligne dénués de culture web.

C’est ce que j’explique dans mon billet « Un blog de bibliothèque n’est pas une île déserte« . On m’interpelle régulièrement lors du lancement d’un blog ou d’un nouveau service en ligne de bibliothèque. Si la qualité des contenus est au rendez-vous, ceux ci ne tiennent que très rarement compte des règles de l’écriture web. Comme si le simple fait d’écrire en ligne suffisait pour exister. Encore une fois faire de la médiation numérique  sans faire l’effort de compréhension des rouages du territoire numérique n’a que très peu d’intérêt.

Et voila que l’éternelle question de la formation des bibliothécaires à une culture numérique pointe son nez …

Creative Commons, inconnu au bataillon.

Une remarque totalement liée à la précédente. Les bibliothèques sont de plus en plus productrices de contenus et espèrent pouvoir par ces contenus se disséminer au sein des espaces numériques de leurs usagers. Mais comment l’espérer si ces même bibliothèque ne les placent pas sous un statut juridique adapté aux pratiques d’échange, de partage, et de réutilisation,  propres au web social ? Très clairement le portail d’une bibliothèque, son blog ou encore son wiki doivent être sous licence CC. Et croyez moi, on est loin du compte.

Lionel Maurel en parle bien mieux que moi.

De moins en moins de pèlerins de la médiation numérique sur les routes …

et pourtant, jamais la demande de formation et d’accompagnement  n’a été aussi forte… si quelqu’un pouvait suggérer au big boss qu’il me file le don d’ubiquité …. ou qu’il convertisse par brouettes entières des bibliothécaires à la cause hybride 😉 #lettreaupèrenoël

Le catalogue 2.0 ou le mythe de l’usager participatif ?

Le catalogue 2.0 s’ouvre à l’usager … Enfin, certain me diront. Ce catalogue 2.0 donne la parole à l’usager qui peut commenter une notice, attribuer une note à un document ou encore lui associer un tag … Ces  métadonnées générées par les usagers viennent enrichir la base bibliographique constituée par les bibliothécaires. En théorie. Dans la pratique force est de constater que les usagers utilisent très peu ces fonctionnalités participatives. Cette absence de masse critique est un vrai problème car un service participatif ne trouve son intérêt que si le nombre d’utilisateurs augmente. Quels seraient les freins à cette participation ?

L’obligation de se loguer pour participer ? Effectivement cette obligation présente un double inconvénient : celui de se couper des visiteurs non inscrits et surtout de casser la dynamique d’une navigation au hasard dans les collections – s’il en est !
Oui mais
. Si nous regardons le catalogue de Saint Herblain qui est totalement ouvert nous  ne pouvons que constater la faiblesse du nombre de commentaires.

La non mise en valeur des contenus produits par les usagers ? Nous pointons là,  l’une des grandes faiblesses de nos catalogues de nouvelle génération. Dans son livre « Le catalogue de la bibliothèque à l’heure du web 2.0 « , Marc Maisonneuve indique que si huit opacs sur dix  proposent la participation des usagers, seul quatre sur dix  intègrent dans les résultats de recherche les commentaires ou encore les tags laissés par les visiteurs. En outre, très peu de portails de bibliothèque font remonter les avis des usagers dés la page d’accueil.  Peu de commentaires donc et de surcroît invisibles.
Oui mais.
The Hennepin County Library propose un blog dans leur Bookspace qui agrège tous les avis déposés par les usagers sur les notices du catalogue. Un formidable outil de médiation numérique et de sérendipité. Mais à mieux regarder, on s’aperçoit qu’en moyenne seulement huit commentaires par  mois sont déposés sur le catalogue ! C’est bien peu sachant qu’il n’est pas nécessaire de s’identifier pour commenter ….

La non participation des bibliothécaires aux même ? Comment inciter l’usager à participer sur le catalogue si nous même nous ne nous donnons pas la peine de contribuer à la discussion. Je le regrettais déjà sur ce billet.
Oui mais.
A Romans sur Isère, toutes les critiques produites dans la médiathèque apparaissent sur les notices sous forme de commentaires et d’ appréciations. Cela représente une quinzaine d’avis de bibliothécaires chaque semaine. Et pourtant les commentaires et recommandations des usagers sont très rares !
J’aurai pu ajouter à cette liste une ergonomie rédhibitoire des fonctionnalités participatives de certains catalogues. Oui mais … 😉

Qu’est ce qui cloche alors ? Pas grand chose. Un catalogue de bibliothèque qu’il soit 1.0 ou 2.0 reste un catalogue de bibliothèque.  C’est à dire un outil de recherche documentaire ….. bien loin de l’univers numérique quotidien de l’usager internaute habitué à commenter sur les blogs, à taguer sur dailymotion ou à réagir via twitter. Un usager de bibliothèque qui veut participer nous attend ailleurs. Sur ce point, je vous renvoie aux billets de Silvère Mercier, de Bertrand Calenge ou encore de  Xavier Galaup.

Un catalogue 2.0 est donc vain ? Non, car les fonctionnalités dites 2.0 augmentent l’utilisabilité du catalogue. Un mieux pour l’utilisateur 1.0 et peut être une meilleur compréhension de celui ci pour l’utilisateur 2.0.
Oui, si  nous continuons à penser  le catalogue comme un simple réceptacle d’avis, d’appréciations et de tags. Des fonctionnalités participatives qui sont au final assez  prescriptives. La participation ce n’est pas simplement « permettre », c’est aussi aussi donner la possibilité de « penser avec » et de « construire avec ». Il faut donc s’en donner les moyens. Ainsi,  Un catalogue totalement ouvert où ses données sont libérées et donc disséminables donne toute liberté à l’usager qui le désire de se le ré-approprier. Réalisation d’une cartographie d’un genre pour l’un, d’une timeline pour l’autre ou d’un plugin pour celui ci. Au final des usages de nos silos de données totalement customisés et qui profitent à toute la communauté des usagers lecteurs – tangibles ou virtuels – et surtout à la bibliothèque.

J’entends déjà la remarque qui tue du fond de la salle : C’est bien beau tout cela mais au final nous allons perdre le contrôle des usages de notre catalogue. Et pourquoi pas ?

Une bibliothèque qui pense comme le web !

Mark Surman est le directeur exécutif de la Mozilla Foundation et un fervent défenseur d’un internet participatif  et ouvert. Récemment il a donné une conférence pour la bibliothèque publique de Toronto ayant pour thème le web et l’avenir des bibliothèques. Le titre de sa présentation est d’une efficacité redoutable : « Une bibliothèque qui pense comme le web. »

Dés le départ il pose un postulat : si la bibliothèque pense comme le web alors elle tirera profit des progrès du web.  A condition que ce web soit ouvert et participatif.

Selon lui l’internet que nous aimons – entendons source de progrès – est un internet transparent, participatif, disséminé, hackable et ouvert.  Un web que chacun d’entre nous s’approprions, modifions et enrichissons. Il  cite Flickr, la licence Creative Commons, Wikipedia, et Firefox, bien évidemment. C’est cette liberté offerte aux internautes qui définirait le web d’aujourd’hui – il ne cite pas le web 2.0. Par opposition, tout ce qui est  opaque, passif, centralisé, immuable et fermé ne s’inscrit plus dans cette marche en avant de l’internet – Je vous passe le couplet sur la Fondation Mozilla qui a sauvé le web du monopole moyen-ageux de Microsoft.

Au final Mark Surman ne fait qu’affirmer ce que nous avons déjà pressenti : la bibliothèque en ligne ne peut plus être un lieu verrouillé, centralisé où l’usager est totalement passif. Fort heureusement nous avançons sur ce point. Déjà bon nombre de sites de bibliothèque proposent la participation via l’intégration des avis des usagers internautes ou encore le taggage des notices. Nous avons encore un peu de mal à mettre en valeur tout cela.

Mais il faut aller plus loin. Et notamment en  ré-affirmant la bibliothèque comme lieu privilégié d’une  » information literacy  » et d’un accompagnement de l’usager pour qu’il soit effectivement créateur de contenus – même si c’est sur wikipédia ou un blog personnel – voire  moteur de certain service – je vous renvoie à l’extraordinaire projet Danois Mindpost.  Autre point important,  la bibliothèque doit porter la dissémination de ces contenus  sur  la toile – les siens et ceux de ses biblio-acteurs. La bibliothèque vecteur et moteur de la grande conversation du net. La Démothèque des Médiathèques de l’agglomération Brestoise ne fait rien d’autre que d’encourager une scène locale dans l’immense océan musical de MySpace et du web en général.

Enfin  la  bibliothèque doit être open source : des SIGB libres, des données libérées et donc disséminables, des services ouverts à tous via notamment l’utilisation d’une open ID. Sur ce point et comme beaucoup d’autres services publics en ligne nous sommes très en retrait.

Au final Surman pousse le curseur assez loin en réclamant une bibliothèque hackable par sa communauté de pratique et d’intérêt –  J’entends déjà hurler dans les chaumières bibliothéconomiques…. dont forget the crazy frog !  D’ailleurs ce discours est universel puisque son auteur l’applique à l’université, à la ville, à la région …
« Dans La bibliothèque que nous voulons » termine Surman, ses usagers – réels ou virtuels –  » font la bibliothèque. Ils la rendent meilleure chaque jour. »

C’est très idéologique, ce n’est pas un bibliothécaire qui le dit mais je l’accompagne volontiers ……

Des fils RSS dans nos bibliothèques …. mais pour qui ?

Les discussions de couloirs lors des dernières Rencontres d’Autrans m’ont convaincu d’une chose : tous les services estampillés 2.0 sont compris et utilisés par une minorité éclairée d’internautes. Pour preuve les nombreux étudiants en communication présents à Autrans – la fameuse génération Y  –  ont avoué  très peu utiliser tous ces outils dans leur travail de veille informationnelle ou de mise en réseaux de la connaissance. Ce que nous appelons le web 2.0 est à leurs yeux le web tout court – et ils ont bien raison sur ce point – et son usage est essentiellement ludique. Nous échangeons sur les fils rss et je leur demande si ils les utilisent; leur réponse est sans équivoque : « bof ! » Légère douche froide sur ma tête de bibliothécaire zhybride qui est sur le point de proposer une feedothèque aux usagers de ma bibliothèque.

Encore une fois, et il faut me se  le répéter régulièrement, l’usager internaute 2.0 n’est pas là. Ainsi, il y a de fortes chances que les fils rss que  nous essayons de déployer sur nos portails de bibliothèque ne concernent en fait qu’une petite minorité de nos usagers en ligne. Une récente étude publiée par Forester indique que seul 11 % des internautes ont adopté les flux RSS avec une croissance d’ à peine 2 % sur ces trois dernières années.  Il y a donc là un grand écart : nous défendons les fils rss sur nos services en ligne et nous constatons que cet outil ne séduit pas l’internaute usager. Je me demande si au final nous ne reproduisons pas les mêmes travers que nous condamnons : ne pas prendre l’usager pour ce qu’il est et le considérer pour ce qu’il devrait être ….

Nous devrions garder en mémoire la formule de Musser et O’Reilly : « la simplicité entraine l’adoption » dans l’élaboration de nos services en ligne. Proposer une page sur laquelle nous listons les fils rss proposés par la bibliothèque n’est pas suffisant. Car elle ne satisfera que la petite minorité d’usagers privilégiés et aguerris aux flux. Bien évidemment nous nous devons d’accompagner l’usager vers ces outils de syndication. A romans sur isère, nous allons travailler à la réalisation de petits tutoriels vidéos expliquant comment utiliser les fils rss de notre catalogue. Mais là encore ce n’est pas suffisant. Nous devons aller plus loin et donnés accès à  certains flux rss de nos portails à des usagers qui partent en courant dès que nous prononçons les mots agrégateur, syndication ou RSS. Cela pourrait être les fils RSS des nouveautés par genres via un widget embarqué sur le site , ou encore un univers netvibes dédié. Du fil Rss sans s’en rendre compte, sans forcément savoir comment cela fonctionne.

Je le répète souvent dans mes interventions, les services 2.0 hybrides de bibliothèque ne créent pas de générations spontanées d’usagers 2.0 hybrides, ni de bibliothécaires 2.0 hybrides d’ailleurs. A nous d’expliquer, d’accompagner, d’animer et de proposer des services avec des parcours adaptés….c’est une évidence et mine de rien on l’oublie vite !

Reblog this post [with Zemanta]