La possibilité de commenter sur les services en ligne de la bibliothèque : est-ce si important que cela ? - (Par hippydream. CC-BY-SA Source : Flickr)

Je suis régulièrement interpellé par des collègues qui sont confrontés au refus de leur direction ou le plus souvent du service communication d’autoriser les usagers à déposer des commentaires sur le site institutionnel ou plus simplement sur le blog de la bibliothèque. J’ai déjà réagi à ce genre de situation en proposant une charte des commentaires consultable en ligne afin de rassurer tout ce petit monde. Je m’appuyais sur l’expérience menée dans la bibliothèque publique du Topeka & Shawnee County aux États Unis.

Et voila qu’aujourd’hui je m’interroge. L’élément déclencheur est ce billet de François Bon “Que les commentaires ne sont pas une écriture du bas” que j’ai redécouvert en lisant son dernier livre numérique “Après le livre”. Je ne remets pas en question la pertinence de cette fonctionnalité sur nos sites. Si l’on a la possibilité de l’offrir je crois qu’il ne faut pas hésiter, à condition d’intégrer la question de la modération et de sa propre participation. Beaucoup trop de bibliothécaires se plaignent de la non-participation des usagers sans jamais eux même s’engager dans la conversation !

Mon interrogation est plutôt de savoir si nous devons nous battre pour obtenir cette fonctionnalité si celle ci n’est pas proposée par défaut sur nos services en ligne ? Je me demande si il ne serait pas plus pertinent de défendre ce qu’écrit Karl Dubost sur son site “Les carnets web de la Grange”

“Je veux inciter les gens à écrire sur leurs propres espaces car le web a une propriété technique formidable qui s’appelle l’hyperlien. À partir du moment où l’on met la personne dans une situation d’écrire sur son espace personnel, le commentaire est moins du type « jolie profondeur de champ » ou « c’est bien écrit » mais un peu plus argumenté.”

Et si finalement un bouton facebook,  wordpress ou plus simplement un lien pointant vers l’url de l’article ne serait-il pas plus pertinent pour favoriser la discussion. Une conversation qui se déplacerait vers ces fameux espaces numériques personnels évoqués plus haut. Espaces qui s’inscrivent bien souvent dans des communautés d’intérêt ou de pratique. Sans parler que nous nous libérons de l’épineuse question de la modération qui inquiète tant nos tutelles. François Bon pointe néanmoins une vraie faiblesse :

“Un message Face Book n’est visible que six heures en moyenne, disparaissant de votre page où d’autres ont pris la place.”

Parce qu’il est visible et pérenne au pied de la page, le commentaire participe à la construction d’une réflexion collective qui complète le propos du billet. Une valeur ajoutée qui mériterait d’être défendue si nos services en ligne croulaient sous les commentaires. Ce qui n’est pas le cas.  Je ne suis donc pas loin de penser qu’il vaut mieux se battre pour ce qui dissémine la conversation et non  pour ce qui l’encapsule.

“… à nous donc de contaminer de l’intérieur Face Book et Twitter avec les contenus dont nous estimons qu’ils sont la raison de notre présence sur le web ? » continue François Bon.

Pas certain d’être moi même convaincu par ce que j’écris. Je m’interroge. Qu’en pensez vous?
Les commentaires sont ouverts …

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8 commentaires sur « Déplacer la discussion des services en ligne de bibliothèque vers les espaces numériques personnels ? »

  1. Bonjour Lionel,

    Oui même réflexion en cours à la veille d’ouvrir (enfin en sept) le nouveau site de la Médiathèque de Saint-Raphaël…
    Pas évident de susciter des commentaires et pour quelle finalité ? Sûr, on est content si on a des commentaires parce que cela peut démontrer à nos hiérarchies que notre site est vu, avoir un retour plus qualitatif q’uniquement chiffré avec le nb de visites et l’on peut alors fanfaronner en disant que l’on a une interaction avec nos publics 😉
    Mais quelle interactivité souhaitons nous ?
    Pour une grande partie de nos publics, contrairement à d’autres professions (professeurs, journalistes) remises en cause avec la libération de la parole grâce à ce web 2.0 , il me semble que le bibliothécaire a encore toute son autorité professionnelle. Pour l’usager, une personne, quel que soit son statut et ses compétences et qui travaille en bibliothèque est perçue comme un bibliothécaire qui a lu tous les livres, écouté tous les disques, vu tous les films et donc capable de la conseiller. On sait ce qu’il en est ! C’est une grande force dont nous ne sommes pas toujours conscients, occupés que nous sommes à nous planter les couteaux du pessimisme ambiant.
    Il me semble qu’il faut relier nos services à du traditionnel (me rappelle d’ailleurs que tu disais ailleurs qu’il fallait impacter sur le réel nos informations expertes https://labibapprivoisee.wordpress.com/2008/10/30/noublions-pas-dimpacter-sur-le-reel-notre-information-experte-disponible-en-ligne/ et nos services- fin de la parenthèse)
    Qu’est-ce que j’appelle du traditionnel pour la bib ?
    Un exemple :
    J’imagine pour notre futur réseau à st Raphaël, un club de lecture, dont le bibliothécaire est un catalyseur pour dynamiser et donner des pistes, pour faciliter le commentaire sur le livre et transformer ces discussions en écriture par justement, l’écriture de commentaires sur un service en ligne de la bibliothèque. Nous, nous avons fait le choix d’installer Babelthèque de Babelio sur notre OPAC… Il me semble que ce type de lien entre l’antique club de lecture des bibliothèques et un nouveau service en ligne de recommandation va dans le sens de ton interrogation. On réunit des usagers, des lecteurs dans notre espace physique (lien réel, social… bla-bla 😉 ) et l’on dirige (oui) ces moments d’échanges en un travail d’écriture web pour impacter par des critiques notre opac qui servira aussi à d’autres, le cercle élargi des lecteurs. Il y a pour moi une vraie plus-value… Il faut lancer le moteur… Le mode de fonctionnement pathogène de la communication dans une collectivité est effectivement un frein majeur pour développer de l’interactivité. Qui dit parole libérée est traduit en premier lieu par parole dérapant. C’est un réflexe d’autodéfense de la collectivité et d’autocensure du fonctionnaire. C’est inné ! ou acquis 😉 Je plaisante…
    Revenons sur l’exemple, la dissémination est dans ce cas double : sur notre catalogue (une dissémination intra ! 😉 ) que nous avons tendance à oublier ces temps-ci (alors que ce catalogue doit être enrichi et pas seulement une présentation plus ou moins conviviale de nos index de recherche) et une dissémination extra sur le réseau de babelio puisque la bibliothèque peut avoir son compte et partager au-delà de son catalogue. Rien ensuite n’empêche d’adosser à cette « action » un blog thématique ou une page FB pour élargir l’audience, disséminer sur tous les lieux et optimiser notre travail : on écrit une critique qu’une seule fois mais on a pensé à la publier sous différentes formes.
    Au plaisir de te lire
    Franck

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  2. « Parce qu’il est visible et pérenne au pied de la page, le commentaire participe à la construction d’une réflexion collective » Et c’est une fonction bien ancrée dans nos usages déjà et dans le contexte immédiat du texte. En tant que son prolongement, il ouvre la parole, la décloisonne, l’expose; la relation entre les deux est bien plus forte dans cette proximité même lorsque le commentaire la met à risque. Non, je ne le remettrais pas en question. Mais, ce n’est pas mal non plus lorsque les conversations se déplacent et reprennent un peu partout…

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  3. Suis comme vous : « Pas certain d’être moi même convaincu par ce que j’écris. Je m’interroge. ». Je m’interroge même beaucoup. Dire ce que l’on a sur le cœur, c’est bien. Cela permet de dire ce qui – dans la forme et sur le fond – ne va pas. Est-ce pour autant que cela peut faire sens ? je parle non de celui qui confirme que nous sommes de plus en plus victime d’un système dont la rationalité n’a de cesse d’évacuer les raisons du cœur mais aussi celle de la raison, c’est-à-dire nos raisons à nous. Je parle du sens des choses, celui qui permet de dessiner une vision suffisamment forte pour dégager ses choix d’avenir ? J’en doute. Tout au contraire, j’ai de plus en plus l’impression en participant ainsi au monde numérique, d’alimenter une machine à régresser tant sa seule fonction apparaît de plus en plus être l’addiction.

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  4. Salutations

    Et si finalement un bouton facebook, wordpress ou plus simplement un lien pointant vers l’url de l’article ne serait-il pas plus pertinent pour favoriser la discussion.

    Sauf qu’on arrive ici en contradiction complète avec la notion même de bibliothèque.

    Supposons que l’on applique ce principe aux auteurs…

    « Et si finalement, chaque livre restait confiné chez l’auteur. »
    Impossible au temps du livre physique, fort probable avec la dématérialisation. (contrôle de sa production, de son image de « marque », étude de son lectorat, etc., l’auteur aurait bien des raisons de cloîtrer sa production chez lui.)

    Où serait alors la notion même de bibliothèque ? de collection ?

    Cette notion de documents rassemblés ayant sens ensemble, et non dispatchés d’un bord à l’autre sur l’horizon du web.

    Une bibliothèque, c’est un lieu de rassemblement.
    Une compilation documentaire qui a du sens.

    Je comprends bien le problème des services de communication ou informatique, qui veulent tout maîtriser… sauf qu’ils n’empêcheront jamais les citoyens de s’exprimer. Et, à mon avis, il vaut mieux que cette parole soit modérée – s’il en est besoin – par des gens compétents. Bibliothécaires en bibliothèque, gens de la communication ou de services particuliers ailleurs. Ceci pour expliquer, apprendre, former… soit : rendre service à la population.

    La modération n’étant pas que de rôle répressif, ou de censure.
    Modérer, c’est aussi savoir rebondir sur une information, sur une réponse, ouvrir un autre débat, tourner sur d’autres pistes, apporter de nouvelles informations. Voire poser des questions pour lesquelles on n’a pas, soi-même, de réponse.

    Parce qu’il est visible et pérenne au pied de la page, le commentaire participe à la construction d’une réflexion collective qui complète le propos du billet. Une valeur ajoutée qui mériterait d’être défendue si nos services en ligne croulaient sous les commentaires. Ce qui n’est pas le cas. Je ne suis donc pas loin de penser qu’il vaut mieux se battre pour ce qui dissémine la conversation et non pour ce qui l’encapsule.

    Je souris un peu au mot « pérenne »…

    Parce que c’est bien, là, le rôle d’une bibliothèque : une certaine pérennité.

    Et si la fonction de bibliothécaire est apparue, c’est bien à cause de cette pérennité.
    De la gestion d’un patrimoine.

    Si ce patrimoine est disséminé sur le Web, comment le préserve-t-on ? Que garde-t-on pour les générations futures ?
    A la mort ou la disparition (la migration) du propriétaire du blog, tout disparaît.
    Réflexion pertinente ou impertinente, tout s’évapore.
    Ne restera plus aux bibliothécaires qu’à pleurer auprès de Google pour obtenir un peu de ses archives. Pleurer à gros billets.

    Peut-on vraiment parler de pérennité lorsqu’on ne maîtrise rien.
    Lorsqu’on ne conserve rien.

    Maintenant, regardons un peu ce que proposent les bibliothèques comme billets.

    La majorité sont informatifs, ou destinés à attirer le lecteur sur les documents proposés par la structure.

    A quel moment portent-ils vraiment débat ?
    A quel moment sont-ils ouverts sur un questionnement ? ou sur une discussion ?

    C’est facile d’écrire des billets fermés.
    C’est même recommandé d’écrire des billets ne prêtant pas à polémique (surtout en fonction publique, « neutre » par fonction).
    Quant à choquer, c’est réservé aux artistes.

    La marge de manoeuvre est donc très très faible pour provoquer débat.

    Quant à la Charte traduite ici :
    https://labibapprivoisee.wordpress.com/2009/12/03/la-community-discussion-guidelines-de-la-bibliotheque-publique-du-topeka-shawnee-county/

    je suis esclaffé de rire.

    Je n’ai jamais vu autant d’ordres mis bout à bout.

    On a le droit d’écrire comme « on le sent »

    Si et seulement si :
    – On sait rester sur le sujet (mais le bibliothécaire aura droit, lui, de faire des suggestions)
    – Si on sait réfléchir,
    – Si on est poli,

    Après on n’accuse le lecteur de
    – vouloir publier des contenus protégés par copyright,
    – de publier des contenus susceptibles de propager des virus,
    – des contenus obscènes, diffamatoires ou haineux,
    – des spams,
    – des informations personnelles,

    Après le bibliothécaire, intime avec force : Ce que nous ferons !

    – Répondre,
    – Participer pour orienter le discussion (Whah, super liberté),
    – Vous gronder si vous ne respectez pas la charte,
    – Supprimer les pourriels,
    – Retirer les contenus qui engage la responsabilité juridique de la structure. Autrement dit, tout ce qui n’est pas « neutre » et… qui ne plaît pas.

    Bref !
    Ça me rappelle tout à fait :

    – Tiens-toi sage quand tu es à table !
    – Mange proprement !
    – Réponds quand on te pose une question !!!
    Et,
    – Tu as le droit de parler… si tu as quelque chose « d’intéressant » à dire.

    Autrement, tu iras au lit sans manger.

    Sûr que cette Charte invite vraiment le lecteur à « s’exprimer ». 🙂

    Par chance, il n’y a que les bibliothécaires pour lire un tel tissu… d’ordres.

    Ouf ! 😉

    Quant à disséminer, j’avoue que j’aimerais bien un cours sur la dissémination.
    Sur ce qu’on entend par la dissémination.

    Et sur ce qu’on dissémine exactement.
    Car, pour disséminer, il faut avoir quelque chose à planter.

    Pour l’instant, je me pose la question de savoir ce que les bibliothécaires ont tant que ça à planter ?

    Si, si, à planter en terre de Web.

    Bien cordialement
    B. Majour

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  5. Bonjour,

    Je ne suis pas sur d’avoir bien compris votre hésitation.
    Hésitation entre commentaire classique à propos d’un article, ou mise en place de liens vers des espaces personnels (facebook, blogs…) où seraient publiés les commentaires ? C’est bien ça ?

    Personnellement, je trouve pratique d’avoir tous les commentaires liés à un sujet au même endroit (sous l’article). Ca peut parfois aboutir à un genre de conversation.

    Alors que si les gens y réagissent sur un de leurs espaces personnel, on aura à faire à tout un tas de commentaires isolés, ce n’est quand même pas la même chose.

    Sans compter qu’il y aura forcément des internautes qui n’iront pas consulter tous les liens insérés.

    Et puis dans le cas de facebook, myspace, babelio, senscritique… il faut être inscrit pour réagir, (ici aussi bien entendu, mais l’inscription est autrement moins contraignante ^^).

    Ce système de liens peut aussi avoir des avantages : responsabilité de l’auteur, découverte d’espaces perso…

    Mais je trouve que le côté pratique des commentaires centralisés est quand même plus important.
    Je ne me vois pas suivre 10 liens différents pour connaître l’avis de chacun… surtout si je consulte depuis un smartphone par exemple.

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  6. Nous sommes d’accord. Mon propos n’est pas de remettre en question la pertinence des commentaires au bas des billets. j’y suis très attaché. Ma question se porte plus sur des services de bibliothèques qui n’ont pas encore cette fonctionnalité et qui dépense une énergie folle pour l’obtenir … C’est là que je m’interroge : ne vaut il mieux pas facilité le déplacement de cette discussion ?
    Mais l’idéal est d’avoir les deux possibilités bien évidemment !

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    1. J’arrive après la bagarre mais pas sûr que j’aurais su quoi dire il y a deux mois.
      Je dirais que la première règle est de laisser au lecteur (au sens quelqu’un qui lit,écoute, visionne) le choix de l’endroit où il veut déposer ses commentaires, ses partages etc. Je suis quasiment persuadé aujourd’hui que cette condition est fondamentale. L’arrivée dans la communauté Bibliothèque est le fait de deux volontés : celle du lecteur, celle de la bibliothèque. Le lien ? Soit le document emprunté, parce qu’il a un identifiant qui permet de « suivre » avec les flux tous les commentaires qui lui sont attachés, soit le réseau social qui est partagé entre la bibliothèque et le lecteur. Etant entendu que le réseau social choisi n’est pas forcément stricto sensu celui de la bibliothèque.
      Ensuite, il y a l’enrichissement, et là la bibliothèque a son rôle à jouer : c’est sans doute ce qui va attirer du monde par la qualité, la diversité la pertinence et aussi la cohérence) de son univers documenté.
      Donc je dirais que la question posée est secondaire, au sens où elle vient après avoir mis en place l’espace documenté

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