La bibliothèque, une maison des communs du savoir.

CSBLa lecture des grands textes de référence sur le rôle et les missions des bibliothèques révèle ce lien intime existant entre les bibliothèques et les communs du savoir. Que cela soit le « Manifeste de l’Unesco pour les bibliothèques Publiques » de 1994, la « Charte des Bibliothèques du Conseil Supérieur des Bibliothèques » de 1991 ou encore la « Déclaration de Lyon sur l’accès à l’Information et au développement » de l’International Federation of Library Associations (IFLA) de 2014, tous ces grands textes et pour ne citer que ses trois exemples, portent les valeurs fondamentales défendues par la pensée des communs du savoir : la nécessité d’un accès et d’un partage non entravés de l’information et de la connaissance afin de faciliter l’émergence de nouveaux savoirs et le développement des sociétés. La toute récente « Charte pour l’accès libre à l’information et aux savoirs »  de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) se réfère explicitement aux communs du savoir en énonçant à l‘article 7, « le droit des citoyens d’accéder, de réutiliser, de créer et de diffuser des communs du savoir en bibliothèque ». Et ce n’est pas un hasard si Elinor Ostrom a co-dirigé l’ouvrage collectif et fondateur de la pensée des communs du savoir, « Understanding knowledge as a commons » avec Charlotte Hesse, bibliothécaire américaine.

Malgré cette grande proximité pouvons-nous considérer les bibliothèques publiques comme des communs du savoir ?

La bibliothèque, un commun du savoir ?

A la lecture rapide des traits constitutifs d’un commun du savoir, nous serions tentés de répondre par l’affirmative à cette interrogation : une ressource informationnelle matérielle et/ou immatérielle partagée au sein d’une communauté, des règles protégeant et organisant l’accès à cette ressource et un mode de gouvernance permettant aux membres de cette communauté, les commoneurs, de faire respecter au cours du temps les droits et les obligations qui régissent cette ressource. Les bibliothèques donnent effectivement accès à des ressources informationnelles qui dans le cas des ressources tangibles sont sorties de la sphère marchande pour en permettre un usage collectif. De même que tout un corps de règles et de pratiques ( la durée de prêts, le nombre de documents empruntables, veiller à l’état du document …) assure la durabilité de ces ressources dans le temps et empêche de les soustraire de manière définitive à cet usage collectif. Mais l’essentiel des documents disponibles dans une bibliothèque sont la propriété de la puissance publique et ne peuvent être considérés comme des biens communs qui par définition, ne sont soumis ni au régime de la propriété privée et ni à celui de la propriété publique. Seules les ressources patrimoniales appartenant au domaine public et conservées par les bibliothèques peuvent être considérées comme des biens communs à part entière. Mais leur seule présence ne suffit pas à faire de la bibliothèque publique un commun du savoir. Car il ne s’agit pas seulement de donner accès et de faciliter le partage d’une ressource commune, il s’agit également de gérer collectivement ses ressources et d’édicter les règles d’usages par une gouvernance de pair à pair. C’est cette action collective autour de la ressource qui constitue le commun. Or le mode de gouvernance des bibliothèques institutionnelles n’est pas encore compatibles avec cette horizontalité. Les règles d’usages et la gestion des ressources d’une bibliothèque ne sont pas définies ou du moins de manière significative, par la communauté des usagers. Si nous mesurons néanmoins l’effort actuel de nombreuses bibliothèques pour faire participer l’usager à la vie de leur établissement, celui-ci est rarement considéré comme un « commoner » prenant activement part à la gouvernance. Une bibliothèque comme un commun du savoir ne se décrète pas, elle est instituée par un collectif, à l’image des bibliothèques citoyennes et participatives qui émergent ci et là telles que les Little free librairies ou encore  BiblioDebout à Paris. Les bibliothèques publiques sont des services publics qui gèrent des ressources collectives, dont certaines sont des biens communs,  au nom de l’intérêt général et de l’égalité d’accès à la connaissance et à l’information. Si ces bibliothèques ne peuvent donc être considérés comme des communs stricto sensu, elles participent néanmoins de par leurs missions, à garantir le développement de ces communs du savoir.

Des communs du savoir sous garantie publique

Dans son ouvrage « La renaissance des communs » David Bollier propose la notion de communs sous garantie publique. Il l’applique aux ressources partagées à une échelle si vaste qu’il est très difficile d’en imaginer une auto-gestion sans l’intervention de la puissance publique. Il cite les exemples du climat, de l’atmosphère mais aussi de la recherche scientifique et plus globalement celui des savoirs. Cette puissance publique qui n’est pas elle même propriétaire ultime de ces ressources, endosserait un rôle à la fois de garant d’un accès ouvert et pérenne à ces biens partagés en sécurisant notamment les droits d’usage des commoners et celui de facilitateur d’un engagement à faire « en commun ». Cette exigence de garantie publique des communs du savoir resurgit avec l’émergence du numérique. Détachée des supports physiques, l’information est désormais plus facilement copiable, diffusable et partageable amplifiant ainsi son caractère additifs. Plus nous accédons aux savoirs et à l’information et plus nous les enrichissons et les développons. Mais paradoxalement le numérique rend ces savoirs infiniment plus fragiles et vulnérables aux appropriation abusives que ceux exprimés sur des supports matériels. C’est ce nouveau mouvement d’enclosure qui rend cette exigence de garantie publique d’autant plus aiguë.

David Bollier illustre son propos en prenant l’exemple de la recherche scientifique dont les chercheurs ne mesurent pas toujours l’importance de publier de leur propre chef le fruit de leur recherche sous des licences ouvertes afin d’en favoriser la circulation et le partage, moteurs du progrès scientifique. Il insiste sur le rôle de la puissance publique qui en instituant un cadre juridique favorisant la libre diffusion des résultats de la recherche financée par des fonds publics, faciliterait le développement des sciences ouvertes. C’est ce que vient d’instituer l’article 30 de la toute récente loi française pour une république numérique en consacrant un droit de valorisation secondaire pour les publications scientifiques qui donne la possibilité aux chercheurs auteurs de rendre librement accessible leur publication après une courte durée d’embargo. L’action publique en rétablissant le caractère de non rivalité des savoirs, garantie l’effectivité d’une pratique de faire en commun et vient contrecarrer la volonté des éditeurs de revues commerciales d’enfermer derrière un copyright et un mur payant l’accès aux articles de la recherches publique.

Etant des dispositifs de politiques publiques, les bibliothèques participent pleinement à cette bienveillance publique. Il en est ainsi lorsqu’elles numérisent des oeuvres du domaine public et décident de les diffuser sans aucune restriction d’usages sous une licence ouverte. Mais les bibliothèques ne se suffisant pas à elle-même. Cette libre diffusion du domaine public numérisé n’empêchera pas la prédation d’un « passager clandestin » qui s’approprierait de manière abusif cette ressource puisqu’aucun cadre juridique protège le domaine public en France. Ainsi cette bienveillance publique est fragilisée par l’absence d’une reconnaissance juridique des biens communs informationnels. Il n’y a pas de communs performants sans une puissance publique alliée.

La bibliothèque comme maison des communs du savoir

Cette bienveillance publique ne se cantonne pas à protéger et à assurer l’accès et le partage d’une ressource informationnelle. Elle porte également en elle la vivacité de l’esprit de collaboration et de partage, elle tient en éveil la volonté des individus à prendre part à la vie culturelle. Il s’agit donc de garantir sur nos territoires l’accès à des lieux ouverts où les communautés d’intérêts peuvent se réunir, travailler, échanger et exercer une créativité. Parce qu’elles sont l’un des rares services publics ouverts à tous et accessibles gratuitement, les bibliothèques publiques sont ces tiers lieux des savoirs dans lesquelles peut se déployer une action collective en s’appuyant sur une démarche participative, transparente et inclusive. A la condition qu’elles adaptent leurs espaces, leurs mobiliers, leurs horaires d’ouverture, qu’elles offrent un accès à internet ouvert et non bridé, qu’elles garantissent les usages moteurs de l’appropriation telle que la copie privée et qu’elles tissent une relation de confiance et horizontale avec les citoyens. La bibliothèque ne se pense plus uniquement comme un dispositif public d’accès aux savoirs mais comme un espace public, que l’on pourrait appeler plus largement un espace commun, où se retrouvent des communautés actives qui en son sein produisent et partagent de nouveaux savoirs et savoir-faire et encouragent les citoyens à faire ensemble, à développer leur capacité à produire, à transmettre, à gérer et à défendre par eux même ces biens communs de la connaissance et in fine, à devenir des commoners. Les bibliothèques publiques s’affirment ainsi comme des maisons de proximité des communs du savoir où les citoyens qui la pratiquent, imaginent et construisent l’espace politique des communs et en deviennent les gardiens vigilants. Nous mesurons alors, combien l’approche des communs est garante pour les bibliothèques d’un accès libre à l’information et à la connaissance, d’une liberté de participer à leur développement et d’une forme d’équité sociale.


Ce texte est extrait de l’ouvrage « Communs du savoir et bibliothèque » que j’ai eu le plaisir de diriger pour les édition du Cercle de la Librairie. Le sommaire de cet ouvrage est consultable en ligne.

Quelles articulations entre les communs des savoir et les bibliothèque ?

CSB

Ce texte est la partie introductive de l’ouvrage « Commun des savoirs et bibliothèques » que j’ai eu le plaisir de diriger pour les éditions du Cercle de la Librairie. Le sommaire de cet ouvrage est consultable en ligne.



Nous parlons de commun de la connaissance dès lors qu’il y a une activité collective et horizontale pour créer, maintenir et offrir des savoirs en partage. L’émergence du numérique a facilité et encouragé ses usages de création et de diffusion au point d’offrir une opportunité extraordinaire pour construire une société du savoir ouvert et partagé à l’échelle du monde. Wikipedia, l’encyclopédie collaborative sous licence libre est sans nul doute l’exemple le plus emblématique. Mais en parallèle les activités d’enclosure des biens informationnels n’ont cessé de prendre de l’ampleur. Par enclosure nous entendons toute une série de stratégies technique, économique ou juridique, visant à limiter la circulation et le partage de l’information et du savoir. Ce mouvement n’est pas le seul fait d’entités privées ou commerciales. Les institutions publiques peuvent également contribuer à la fragilisation des communs de la connaissance sans en avoir toujours conscience. L’accès au savoir est un droit fondamental et le manifeste de l’Unesco pour les bibliothèques publiques nous rappelle que les bibliothèques demeurent des institutions facilitatrices et garantes de cet accès pour tous aux savoirs, de leur préservation, de leur circulation. Le numérique ne remet pas en question les fondements de ces missions et les bibliothèques n’ont jamais eu vocation à être des verrouilleurs d’accès. Des territoires et des bibliothèques ont activement décidé de jouer un rôle important dans la promotion, la protection et le développement des communs du savoir. Ils incarnent un engagement pour une politique publique d’accès libre et ouvert aux savoirs et reconnaissent à la connaissance partagée un rôle moteur dans le développement de nos sociétés. C’est cette approche que nous souhaitons détailler dans cet ouvrage au travers de trois grands champs d’actions possibles :

– préserver et valoriser les biens communs du savoir,
– contribuer aux communs du savoir,
– encourager l’émergence d’une co-gestion des communs du savoir.

Lire la suite « Quelles articulations entre les communs des savoir et les bibliothèque ? »

Le club des Irrésistibles : un bel exemple de médiation globale à Montréal

Les recommandations du club des irresistibles - L.Dujol. CC-BY-SA

J’ai la chance d’effectuer un stage en immersion dans le réseau des bibliothèques publiques de Montréal. Des rencontres, des lieux, des notes … et un carnet, rue Milton.

C’est sous une pluie fine et une température clémente pour la saison que je marche à travers le quartier résidentiel d’Outremont où j’ai rendez-vous avec Marie Anne Poggi à la bibliothèque Robert Bourassa.

Marie Anne Poggi est animatrice de clubs de lecture au sein des bibliothèques de la grande région métropolitaine de Montréal depuis près de 30 ans. Elle y anime une vingtaine de clubs de lecture. Marie Anne est une passionnée comme rarement j’en ai croisé. Elle vous parle de son métier d’animatrice avec une telle conviction que l’on abandonne vite son clavier pour l’écouter parler d’un club plus particulier, celui des Irrésistibles.

Créé en juin 2007, le club des Irrésistibles est constitué de lectrices et de lecteurs désireux de faire connaitre leurs coups de coeur ou leurs coups de gueule en écrivant des critiques de livres, de films ou encore de pièces de théâtre. La première originalité de ce club est qu’il est ouvert à tous. Il n’est pas nécessaire d’être abonné à une bibliothèque, ni d’être montréalais, il suffit juste de vouloir partager ses lectures et de se déclarer comme membre du club en s’inscrivant sur le site dédié ou via un club de lecture animé par Marie Anne. Ils sont à ce jour plus de 600, certains provenant d’ Europe, d’Australie ou d’Amérique du sud.

Une scénographie spécifique - Par L.Dujol. CC-BY-SA

La force de ce club est l’animation de la communauté effectuée par Marie Anne. Celle ci suggère, accompagne, encourage et relance sans cesse les lecteurs. Mais surtout elle valorise les productions de sa communauté. Chaque semaine une infolettre est publiée offrant les nouvelles suggestions de la semaine. Ces mêmes suggestions sont visibles sur le site du club qui offre un accès aux critiques par genre. Le meilleur de ses critiques est lu lors d’une émission radiophonique hebdomadaire sur une radio locale de Montréal. Il est possible d’écouter l’émission en direct via leur site web tous les samedis de 18h30 à 19h, heure française. Le podcast arrive bientôt. Les supports tangibles de médiation ne sont pas oubliés. Un logo « 100% certifié irrésistibles » est apposé sur la couverture de tous les documents suggérés et sont ensuite mis en valeur par une scénographie spécifiques dans les murs de la bibliothèque Robert Bourassa. Ce logo est devenu un « label qualité » de recommandation apprécié par les abonnés qui empruntent et réservent très largement ces documents. Au final une valorisation sur des supports physiques, radiophoniques et numériques. Un bel exemple de médiation globale des collections organisée en écosystème.

Ce travail de médiation cible toute les communautés que peut toucher une bibliothèque. La communautés des abonnés, la communauté des habitants de l’agglomération montréalaise, la communauté de pratique des bibliothécaires et la communautés d’intérêt des amateurs de lecture qui s’activent sur le web. S’y ajoute la force de l’animation de Marie Anne, qui fait la passerelle entre ces sphères physiques et numériques et apporte l’indispensable valeur ajoutée humaine à cette communauté. Une bibliothèque au cœur de toutes les communautés et à la croisée de tous les espaces documentaires qu’ils soient physiques et numériques.

Depuis 2009, le club des irrésistibles désigne une œuvre qui se mérite le prix annuel des lectrices et lecteurs du club. Cette œuvre est choisie par un jury constitué de membres du club, à partir des cinq titres les plus souvent suggérés durant l’année. Un moment fort dans la vie de cette communauté. Ces livres ne sont pas nécessairement des parutions récentes et concernent tous les genres littéraires. Il n’est pas nécessaire n’ont plus que ces livres soient disponibles dans le catalogue de la bibliothèque. D’ailleurs les suggestions les plus populaires peuvent être aussi des suggestions d’achat qu’essaient de suivre les bibliothécaires acquéreurs. Une communauté d’amateur à l’initiative des acquisitions des professionnels. Encore une belle initiative.

Un regret néanmoins. Les suggestions ne sont pas signées. La mention “membre de – le lieu où vit l’auteur », figure au bas de la critique. Dommage de ne pas donner au moins le prénom de l’auteur de la suggestion suivi de son statut, simple lecteur, abonné ou encore bibliothécaire. La valorisation des contenus est essentielle, mais celle de l’expertise professionnelle et amateur l’est aussi.

Biblioquest : la médiation numérique au coeur du projet d’établissement

Voici en exclusivité les supports, les liens, en un mot les contenus de la session de formation que nous avons crée l’année dernière. Cette nouvelle saison s’est tenue à Montpellier en novembre 2011 sur 3 jours. Elle était co-animée par Silvère Mercier et moi-même. Il s’agit de la seconde fois que ce cycle a lieu, c’est donc la seconde saison de Biblioquest, la série 😉

Organisée sous l’impulsion de l‘INSET de Nancy, elle s’adresse aux direction des bibliothèques territoriales et vise à provoquer une prise de conscience, à faire naître des pratiques et des argumentaires permettant le développement de projets de médiation numérique dans les établissements. Il s’agit ici du second Episode de cet itinéraire de formation que nous avons intitulé Biblioquest, la trilogie du changement, le premier épisode porte sur les outils numériques et le prochain traitera des contenus. Vous trouverez tous les liens vers le catalogue du CNFPT à la fin de ce storify avec les liens vers les stages pour vous y inscrire si vous le souhaitez.

La demande étant très forte pour ce type de formation nous avons souhaité développer l’équipe des formateurs. Renaud Aioutz et Anne-Gaëlle Gaudion ont suivi cette formation au titre de la formation de formateur (ils ont pris pas mal de notes, notamment via twitter pour Renaud ce qui nous a permis de vous proposer ce storify). Ils animeront donc une session supplémentaire en 2012 à Nancy, et nous maintiendrons cette formation avec Silvère à Montpellier dans un an. Vous aurez donc droit à 2 cycles de 3 épisodes chacun en 2012 !

Voici donc le déroulé de la formation et de ses contenus à travers des tweets et des liens vous permettant d’approfondir et de découvrir les notions abordées. C’est le tout premier storify d’une formation de bibliothécaires, c’est à ce jour ce qu’il existe de plus complet sur la médiation numérique dans les bibliothèques, profitez-en, n’hésitez pas à le lire et à le faire circuler!

Lire le Storify

Ce billet est publié simultanément sur le blog de Silvère Mercier

Réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture à l’heure du numérique – Bookcamp Montréal 2011

Lucie B. Bernier et André Roussil ont produit un document vidéo sur le dernier Bookcamp de Montréal.  Une dizaine de minutes où ils ont brillament restitué l’esprit des bookcamps qui se veulent être un bouillonnement d’idées et de réflexions collectives sur l’avenir du livre.

Le débat sur la question des  DRM est abordé à partir de la 6ème minute du document. Une bilbiothécaire explique que si les bibliothèques québécoises n’avaient pas adopté les DRM, il n’y aurait toujours pas d’offres de livres numériques dans ces équipements. « Cela permet d’avancer malgré tout. Il faut que l’on apprenne à vivre avec »en attendant mieux, continue t-elle. C’est une approche consensuelle que je comprends totalement, d’autant que la demande semble être plus forte au Québec qu’en France,  mais que je ne partage pas. Croire qu’en donnant aujourd’hui crédit à ces modèles avec DRM annonce des lendemains meilleurs est illusoire. J’ai déjà longuement expliqué ici ma position qui est celle de boycotter les plateformes de prêts numérique ayant des DRM qui sont une atteinte scandaleuse aux droits numériques fondamentaux de nos usagers lecteurs. J’ai bien conscience que cela est radical.

Tout est dit par l’un des participants, à 10 min 30 dans le document.

 » La corporation des bibliothécaires devraient prendre une position publique pour réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture  » à l’heure du numérique.

OUI, OUI et OUI, que cela soit au Québec ou en France – l’IABD s’y active –  car ce n’est pas les grands marchands du livre qui le feront ! Ne soyons pas leur complice !

Quelle expérimentation de la lecture numérique en bibliothèque ?

Quelle expérience usager/bilbiothécaire ? Testeur, lecteur, passeur ? - Par glencoepubliclibrary. CC-BY-SA Source : Flickr

J’ai le sentiment que les bibliothécaires français hésitent à s’emparer de la question de la lecture numérique. Face à une minorité active, la majorité de nos collègues semblent être dans l’attentisme. Certes, les usagers ne sont pas encore au rendez-vous. Même si la progression du livre numérique s’accélère en France, le marché reste timide – Le Kindle boostera t-il le marché ? –  et les offres de livres numériques en bibliothèque laissent encore à désirer. Si le bibliothécaire français, à l’image de la majorité de ses usagers, n’est pas encore un lecteur de livres numériques, il n’en demeure pas moins un professionnel qui doit savoir anticiper et accompagner ces nouvelles pratiques de lecture sans attendre que la demande se fasse pressante. Car la lecture numérique fascine et suscite bien des interrogations dont les médias se font l’écho, relayant parfois un scepticisme à la limite du ridicule. La bibliothèque doit donc être un lieu d’expérimentation de la lecture numérique afin que chacun puisse se faire sa propre idée. Quelques réflexions.

La consultation sur place de tablettes  : apprendre à regarder les usages

Des bibliothèques ont fait le choix de proposer des tablettes en consultation sur place notamment pour lire des revues et des journaux numériques. Un service assez proche de la consultation traditionnelle de périodiques dans les murs de la bibliothèque. Sauf que l’usage attendu, n’est pas nécessairement celui constaté. Les usagers utilisent bien les tablettes mises à disposition mais lisent assez peu les revues embarquées préférant découvrir toutes les possibilités de l’appareil. Les retours d’expériences parlent d’échec. Si il y a échec, c’est celui des bibliothécaires qui ont projeté sur la tablette une pratique de lecture qui serait similaire à celle qu’ils constatent lorsqu’un usager s’installe confortablement pour lire un journal papier. La lecture n’est qu’un possible dans la multitude d’usages offerts par une tablette. A défaut de comprendre, apprenons à regarder ce que les usagers nous montrent en manipulant dans nos murs les appareils que nous mettons à leur disposition.

Le prêt de liseuses, un service voué à disparaître.

Les projets de prêt de liseuses se multiplient. Le bibliothécaire y retrouve ses réflexes. La liseuse est mise à disposition dans les conditions d’un prêt traditionnel. Le succès est indéniable et les listes d’attente s’allongent. Certaines bibliothèques envisagent l’achat de nouvelles liseuses. Il y a là, sans aucun doute, la réponse à une double attente : celle des curieux qui veulent expérimenter la lecture numérique et celle de ceux qui n’ont pas les moyens financiers de s’en approcher.

Néanmoins c’est un service difficile à pérenniser. La technologie et les formats de fichiers de lecture n’étant pas stabilisés, ils posent la question du renouvellement régulier des appareils.  S’ajoute des contraintes de prêt très fortes et peu adaptées au fonctionnement des bibliothèques. Une manutention lourde, la fragilité des appareils et une assistance en cas de problèmes techniques. Au final beaucoup de contraintes et parfois de la frustration aussi bien pour le bibliothécaire que pour l’usager. Je ne suis pas certain qu’une liseuse ait vocation a être prêtée tant elle est un objet personnel, proche de soi dans tous les sens de l’expression. Concentrons-nous sur une offre de contenus appropriables. Je vous encourage à lire le retour d’expérience lucide de la bibliothèque municipale de Sainte Julie au Québec, publié par la revue Argus.

Allons-nous poursuivre cette expérience? Certainement jusqu’à la fin de la vie active des deux liseuses. Les usagers voient le prêt de ces documents comme une initiation, une découverte de ce que peut être ce genre de médium, sans plus. Tout comme le personnel, ils sont satisfaits d’avoir la possibilité d’explorer les nouveaux médias. À la réflexion, je crois que la bibliothèque de Sainte-Julie devrait se concentrer sur le développement du prêt de livres numériques …

L’usager réduit au rôle de testeur ?

Le prêt de liseuses s’accompagne souvent d’un questionnaire afin de recueillir les impressions des usagers sur la manipulation de l’appareil et sur l’ergonomie de l’interface. Je ne remets pas en question la pertinence de ses enquêtes qui nous permettent de mieux cerner les pratiques, mais je regrette que l’on réduise l’expérience de lecture numérique à une simple appréhension des fonctionnalités techniques de la liseuse, même si elles sont importantes. En donnant à l’usager la posture d’un testeur, je ne suis pas certain que nous séduisions des lecteurs potentiellement intéressés mais impressionnés par des a priori techniques. Le prêt de liseuse au sein d’un club de lecteurs me paraît être plus intéressant. L’usager testeur partage ses impressions et profite de l’entraide des membres de la communauté. L’investissement des bibliothécaires est plus important qu’un simple prêt de liseuses, mais il y a ici une valeur ajoutée humaine qui ne peut que rassurer et encourager l’usager dans son cheminement vers la lecture numérique. Mais il faut aller plus loin car l’expérimentation de la lecture numérique ne peut se résumer en un test partagé de liseuses. .

Du club de testeurs au club de lecteurs de livres numériques.

Utilisons nos clubs de lecteurs pour ce qu’ils sont et proposons un partage de ses lectures numériques. A Romans sur Isère, nous sommes en train de mettre en place un « Troc de lecture numérique ». En échange du prêt d’une liseuse, nous demanderons à l’usager de produire la critique du livrel qu’il aura lu. Elle sera partagée, discutée au sein de la communauté réunie chaque mois. Elle sera aussi valorisée et disséminée sur nos supports de médiation qu’ils soient tangibles ou numériques. L’usager devenant ainsi le meilleur défenseur de nos ressources numériques. Ce genre d’expérience à l’avantage de recentrer la liseuse sur le plaisir de lire et le texte. La communauté peut aussi s’ouvrir à ceux qui possèdent une liseuse ou une tablette et faire ainsi de la bibliothèque un lieu d’expérimentation de lecture numérique et sociale,  intra-muros et en ligne – c’est un vœu pieu ;-).  L’implication des bibliothécaires est essentielle. Ils sont animateurs de communauté, force de proposition et producteur de recommandations. Le bibliothécaire devient alors lui aussi un lecteur de livres numériques.

Faire du bibliothécaire un « lecteur du numérique ».

Ce genre de projet est mobilisateur. Il ne s’agit pas seulement de mettre à disposition un lot de liseuses pour découvrir et recueillir les impressions des bibliothécaires, mais d’en faire un outil de médiation à part entière pour connaitre et valoriser l’offre de ressources numériques proposée par la bibliothèque. Nous nous approprions ce qui fait sens. La liseuse n’est pas une fin en soi. Je crois beaucoup à cette démarche intégrée à un projet de médiation qu’au simple prêt de liseuses ou d’une offre « brute » de livres numériques qui ne feront pas de mon point de vue du bibliothécaire un lecteur – passeur ? – averti du numérique … pas plus que l’usager d’ailleurs.

États d’âme sur la diffusion de ma veille

Dans un billet précédent j’expliquais que :

l’objectif d’une veille est d’apporter l’information dont le destinataire à besoin au moment où il en a besoin. C’est en cela que le veilleur est un capteur de signaux faibles dans les flux continus d’informations. Il ne s’agit pas seulement de repérer les bonnes ressources, il faut pointer l’information pertinente et la rendre disponible et utilisable pour soi mais aussi pour sa communauté de pratique ou d’intérêt. Veiller c’est donc et surtout diffuser, partager et capitaliser.

Depuis plusieurs semaines je m’interroge sur la manière dont je partage et je diffuse ma veille sur le web social.  Un regard critique que je désire partager.

Eviter l'écueil du narcissisme social - (Par cabbit. CC-BY-SA Source : Flickr )


Facebook a bonifié ma veille ou les limites d’une diffusion automatisée :

Dans un premier temps j’ai utilisé Facebook comme un simple canal de diffusion automatisée de ma veille via le service dlvr.it. Il me suffit d’appuyer sur le bouton de partage disponible dans mon Google Reader pour nourrir le flux rss qu’utilise dlvr.it pour propulser l’information sur mes profils sociaux. Un moyen très pratique mais qui ne diffuse qu’une information à faible valeur ajoutée. Un titre et une url. De moins en moins satisfait, j’ai décidé d’arrêter ce type de diffusion sur Facebook et de faire l’effort de “contextualiser” chaque information partagée par un commentaire ou une citation. Il m’arrive aussi d’indiquer par un “A lire +, ++, +++” un article que je considère important à lire. D’autre part je m’implique de manière plus active dans l’animation de ma communauté Facebook. Je « like » les ressources que je trouve intéressantes, en ayant bien conscience qu’il s’agit là que d’un indice de popularité sociale, et surtout je commente par une précision, un avis voire même un lien, les statuts de me amis. Les résultats sont assez concluants. Il est rare qu’une information partagée sur mon profil ne soit pas « liker », reprise ou commentée. Je fais le même constat avec Google+, avec peut être à termedes effets plus bénéfiques pour mon référencement. Sans aucun doute une veille accompagnée d’une médiation facilite la possibilité d’un échange et confirme les propos de Jean François Gayrard :

Il ne s’agit pas d’être sur les réseaux sociaux pour être sur les réseaux sociaux parce que c’est à la mode. Il faut y être pour le partage et l’échange. Pour ce qui est du partage, certains partagent mais n’échangent jamais. On est en plein dans le narcissisme social ; « si tu veux que l’on s’intéresse à ce que tu fais ou ce que tu as dire, intéresse-toi à ce que les autres font ou ont a dire »

Plus intéressant, ce travail de médiation a bonifié ma veille. Commenter ou annoter m’oblige à prendre du recul sur ce que je vais partager. Ce temps court d’écriture m’a souvent convaincu de ne pas partager une information que j’avais jugé a priori intéressante. Avec un simple bouton de partage je n’aurais pas hésité à le faire, presque comme un réflexe.

Le maillon faible : Twitter ou le veilleur ?

Je n’ai pas réussi à faire ce travail avec Twitter. Ma time line continue à diffuser automatiquement ma veille tel un robinet d’information sans valeur ajoutée aucune.
Contrairement à Facebook, je n’ai aucune pratique sociale de Twitter. Je ne suis pas un adepte des #FF, je ne remercie pas lorsque l’on me retweete et je dois même vous avouer que je suis très rarement la time line de mes followers. Je retweete quelques infos lorsque j’y jette un oeil à mes minutes perdues. Par contre je suis très attentif aux tweets liés à un hashtag événementiel comme lors du dernier #Bookcamp4. Mais je ne participe pas plus aux échanges.

Pas de valeur ajoutée et aucune animation de communauté. Face à ce constat je me suis interrogé sur l’intérêt de garder ce profil. J’ai donc posé la question à mes followers. L’un d’eux m’a répondu “ L’intérêt ? Celui de ceux qui suivent !” A force de cogiter on ne voit plus l’évidence.

La question serait plutôt de savoir si je désire continuer à diffuser ma veille de manière automatique sur Twitter. Non, dans l’absolu. Mais ce n’est pas si simple. Il m’est difficile de faire un simple copier-coller de mes annotations Facebook sur Twitter – ce que je fais sans souci avec ma liste de partage sur Google Reader grâce à la fonctionnalité « envoyer à ». Le petit oiseau bleu m’oblige à 140 caractères, tiny url et mention source comprises. Il faut donc aller à l’essentiel en 80 caractères, parfois jusqu’à la caricature. Je crois surtout que je ne suis pas compatible avec Twitter. Va pour le robinet et ceux qui s’y abreuvent n’auront qu’à valoriser ;-).

"Trop de couleurs distrait le spectateur" J.Tati -(Par kool_skatkat. CC-BY-SA Source : Flickr )


Diffuser moins et mieux et revenir à une veille durable

Récemment, J’ai reçu un message d’une bibliothécaire qui me faisait part de son sentiment paradoxal. A la fois elle appréciait mes recommandations de lecture et en même temps elle était frustrée de ne pouvoir tout lire. Ce fut un déclic. Partager trop d’informations, tue la veille. J’ai donc levé le pied. Je considère qu’au delà d’une quinzaine de recommandations par jour, je contribue à la sursaturation informationnelle ambiante. Ce quota est arbitraire mais il a au moins le mérite, couplé avec l’effort de « contextualisation », de m’éviter l’écueil du partage réflexe.

Un dernier point. La diffusion de sa veille sur les réseaux sociaux est éphémère. C’est une lacune majeure. Sachant qu’un message sur Facebook n’est visible qu’une poignée d’heures en moyenne, que reste-il des liens partagés au bout d’une semaine ? En outre Il est très difficile de capitaliser l’information disponible sur les réseaux sociaux. Il est donc important de revenir à « une diffusion durable ». La « Veille apprivoisée » est une tentative. Chaque semaine je publie sur ce blog, le meilleur de ma veille commentée en moins de 10 liens. Celle-ci est ainsi taguée, indexée, visible et pérenne. Elle s’adresse à ceux qui ne sont pas sur les réseaux sociaux et ils sont nombreux dans notre communauté professionnelle, mais aussi à ceux qui n’ont pas un temps infini à consacrer à la veille.

La feuille de route se précise donc :

– Miser sur la qualité et moins sur la quantité d’informations partagées.
– Apporter une valeur ajoutée à ce qui est propulsé.
– Animer la communauté d’amis sur Facebook/Google plus (?) car elle m’enrichie de ses recommandations et de ses commentaires.
– Utiliser Twitter comme un simple canal de diffusion.
– Laisser une trace durable sur ce blog avec la « Veille apprivoisée ».

– Ne pas oublier que tout cela est terriblement chronophage…