Le club des Irrésistibles : un bel exemple de médiation globale à Montréal

Les recommandations du club des irresistibles - L.Dujol. CC-BY-SA

J’ai la chance d’effectuer un stage en immersion dans le réseau des bibliothèques publiques de Montréal. Des rencontres, des lieux, des notes … et un carnet, rue Milton.

C’est sous une pluie fine et une température clémente pour la saison que je marche à travers le quartier résidentiel d’Outremont où j’ai rendez-vous avec Marie Anne Poggi à la bibliothèque Robert Bourassa.

Marie Anne Poggi est animatrice de clubs de lecture au sein des bibliothèques de la grande région métropolitaine de Montréal depuis près de 30 ans. Elle y anime une vingtaine de clubs de lecture. Marie Anne est une passionnée comme rarement j’en ai croisé. Elle vous parle de son métier d’animatrice avec une telle conviction que l’on abandonne vite son clavier pour l’écouter parler d’un club plus particulier, celui des Irrésistibles.

Créé en juin 2007, le club des Irrésistibles est constitué de lectrices et de lecteurs désireux de faire connaitre leurs coups de coeur ou leurs coups de gueule en écrivant des critiques de livres, de films ou encore de pièces de théâtre. La première originalité de ce club est qu’il est ouvert à tous. Il n’est pas nécessaire d’être abonné à une bibliothèque, ni d’être montréalais, il suffit juste de vouloir partager ses lectures et de se déclarer comme membre du club en s’inscrivant sur le site dédié ou via un club de lecture animé par Marie Anne. Ils sont à ce jour plus de 600, certains provenant d’ Europe, d’Australie ou d’Amérique du sud.

Une scénographie spécifique - Par L.Dujol. CC-BY-SA

La force de ce club est l’animation de la communauté effectuée par Marie Anne. Celle ci suggère, accompagne, encourage et relance sans cesse les lecteurs. Mais surtout elle valorise les productions de sa communauté. Chaque semaine une infolettre est publiée offrant les nouvelles suggestions de la semaine. Ces mêmes suggestions sont visibles sur le site du club qui offre un accès aux critiques par genre. Le meilleur de ses critiques est lu lors d’une émission radiophonique hebdomadaire sur une radio locale de Montréal. Il est possible d’écouter l’émission en direct via leur site web tous les samedis de 18h30 à 19h, heure française. Le podcast arrive bientôt. Les supports tangibles de médiation ne sont pas oubliés. Un logo « 100% certifié irrésistibles » est apposé sur la couverture de tous les documents suggérés et sont ensuite mis en valeur par une scénographie spécifiques dans les murs de la bibliothèque Robert Bourassa. Ce logo est devenu un « label qualité » de recommandation apprécié par les abonnés qui empruntent et réservent très largement ces documents. Au final une valorisation sur des supports physiques, radiophoniques et numériques. Un bel exemple de médiation globale des collections organisée en écosystème.

Ce travail de médiation cible toute les communautés que peut toucher une bibliothèque. La communautés des abonnés, la communauté des habitants de l’agglomération montréalaise, la communauté de pratique des bibliothécaires et la communautés d’intérêt des amateurs de lecture qui s’activent sur le web. S’y ajoute la force de l’animation de Marie Anne, qui fait la passerelle entre ces sphères physiques et numériques et apporte l’indispensable valeur ajoutée humaine à cette communauté. Une bibliothèque au cœur de toutes les communautés et à la croisée de tous les espaces documentaires qu’ils soient physiques et numériques.

Depuis 2009, le club des irrésistibles désigne une œuvre qui se mérite le prix annuel des lectrices et lecteurs du club. Cette œuvre est choisie par un jury constitué de membres du club, à partir des cinq titres les plus souvent suggérés durant l’année. Un moment fort dans la vie de cette communauté. Ces livres ne sont pas nécessairement des parutions récentes et concernent tous les genres littéraires. Il n’est pas nécessaire n’ont plus que ces livres soient disponibles dans le catalogue de la bibliothèque. D’ailleurs les suggestions les plus populaires peuvent être aussi des suggestions d’achat qu’essaient de suivre les bibliothécaires acquéreurs. Une communauté d’amateur à l’initiative des acquisitions des professionnels. Encore une belle initiative.

Un regret néanmoins. Les suggestions ne sont pas signées. La mention “membre de – le lieu où vit l’auteur », figure au bas de la critique. Dommage de ne pas donner au moins le prénom de l’auteur de la suggestion suivi de son statut, simple lecteur, abonné ou encore bibliothécaire. La valorisation des contenus est essentielle, mais celle de l’expertise professionnelle et amateur l’est aussi.

Biblioquest : la médiation numérique au coeur du projet d’établissement

Voici en exclusivité les supports, les liens, en un mot les contenus de la session de formation que nous avons crée l’année dernière. Cette nouvelle saison s’est tenue à Montpellier en novembre 2011 sur 3 jours. Elle était co-animée par Silvère Mercier et moi-même. Il s’agit de la seconde fois que ce cycle a lieu, c’est donc la seconde saison de Biblioquest, la série 😉

Organisée sous l’impulsion de l‘INSET de Nancy, elle s’adresse aux direction des bibliothèques territoriales et vise à provoquer une prise de conscience, à faire naître des pratiques et des argumentaires permettant le développement de projets de médiation numérique dans les établissements. Il s’agit ici du second Episode de cet itinéraire de formation que nous avons intitulé Biblioquest, la trilogie du changement, le premier épisode porte sur les outils numériques et le prochain traitera des contenus. Vous trouverez tous les liens vers le catalogue du CNFPT à la fin de ce storify avec les liens vers les stages pour vous y inscrire si vous le souhaitez.

La demande étant très forte pour ce type de formation nous avons souhaité développer l’équipe des formateurs. Renaud Aioutz et Anne-Gaëlle Gaudion ont suivi cette formation au titre de la formation de formateur (ils ont pris pas mal de notes, notamment via twitter pour Renaud ce qui nous a permis de vous proposer ce storify). Ils animeront donc une session supplémentaire en 2012 à Nancy, et nous maintiendrons cette formation avec Silvère à Montpellier dans un an. Vous aurez donc droit à 2 cycles de 3 épisodes chacun en 2012 !

Voici donc le déroulé de la formation et de ses contenus à travers des tweets et des liens vous permettant d’approfondir et de découvrir les notions abordées. C’est le tout premier storify d’une formation de bibliothécaires, c’est à ce jour ce qu’il existe de plus complet sur la médiation numérique dans les bibliothèques, profitez-en, n’hésitez pas à le lire et à le faire circuler!

Lire le Storify

Ce billet est publié simultanément sur le blog de Silvère Mercier

Réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture à l’heure du numérique – Bookcamp Montréal 2011

Lucie B. Bernier et André Roussil ont produit un document vidéo sur le dernier Bookcamp de Montréal.  Une dizaine de minutes où ils ont brillament restitué l’esprit des bookcamps qui se veulent être un bouillonnement d’idées et de réflexions collectives sur l’avenir du livre.

Le débat sur la question des  DRM est abordé à partir de la 6ème minute du document. Une bilbiothécaire explique que si les bibliothèques québécoises n’avaient pas adopté les DRM, il n’y aurait toujours pas d’offres de livres numériques dans ces équipements. « Cela permet d’avancer malgré tout. Il faut que l’on apprenne à vivre avec »en attendant mieux, continue t-elle. C’est une approche consensuelle que je comprends totalement, d’autant que la demande semble être plus forte au Québec qu’en France,  mais que je ne partage pas. Croire qu’en donnant aujourd’hui crédit à ces modèles avec DRM annonce des lendemains meilleurs est illusoire. J’ai déjà longuement expliqué ici ma position qui est celle de boycotter les plateformes de prêts numérique ayant des DRM qui sont une atteinte scandaleuse aux droits numériques fondamentaux de nos usagers lecteurs. J’ai bien conscience que cela est radical.

Tout est dit par l’un des participants, à 10 min 30 dans le document.

 » La corporation des bibliothécaires devraient prendre une position publique pour réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture  » à l’heure du numérique.

OUI, OUI et OUI, que cela soit au Québec ou en France – l’IABD s’y active –  car ce n’est pas les grands marchands du livre qui le feront ! Ne soyons pas leur complice !

Quelle expérimentation de la lecture numérique en bibliothèque ?

Quelle expérience usager/bilbiothécaire ? Testeur, lecteur, passeur ? - Par glencoepubliclibrary. CC-BY-SA Source : Flickr

J’ai le sentiment que les bibliothécaires français hésitent à s’emparer de la question de la lecture numérique. Face à une minorité active, la majorité de nos collègues semblent être dans l’attentisme. Certes, les usagers ne sont pas encore au rendez-vous. Même si la progression du livre numérique s’accélère en France, le marché reste timide – Le Kindle boostera t-il le marché ? –  et les offres de livres numériques en bibliothèque laissent encore à désirer. Si le bibliothécaire français, à l’image de la majorité de ses usagers, n’est pas encore un lecteur de livres numériques, il n’en demeure pas moins un professionnel qui doit savoir anticiper et accompagner ces nouvelles pratiques de lecture sans attendre que la demande se fasse pressante. Car la lecture numérique fascine et suscite bien des interrogations dont les médias se font l’écho, relayant parfois un scepticisme à la limite du ridicule. La bibliothèque doit donc être un lieu d’expérimentation de la lecture numérique afin que chacun puisse se faire sa propre idée. Quelques réflexions.

La consultation sur place de tablettes  : apprendre à regarder les usages

Des bibliothèques ont fait le choix de proposer des tablettes en consultation sur place notamment pour lire des revues et des journaux numériques. Un service assez proche de la consultation traditionnelle de périodiques dans les murs de la bibliothèque. Sauf que l’usage attendu, n’est pas nécessairement celui constaté. Les usagers utilisent bien les tablettes mises à disposition mais lisent assez peu les revues embarquées préférant découvrir toutes les possibilités de l’appareil. Les retours d’expériences parlent d’échec. Si il y a échec, c’est celui des bibliothécaires qui ont projeté sur la tablette une pratique de lecture qui serait similaire à celle qu’ils constatent lorsqu’un usager s’installe confortablement pour lire un journal papier. La lecture n’est qu’un possible dans la multitude d’usages offerts par une tablette. A défaut de comprendre, apprenons à regarder ce que les usagers nous montrent en manipulant dans nos murs les appareils que nous mettons à leur disposition.

Le prêt de liseuses, un service voué à disparaître.

Les projets de prêt de liseuses se multiplient. Le bibliothécaire y retrouve ses réflexes. La liseuse est mise à disposition dans les conditions d’un prêt traditionnel. Le succès est indéniable et les listes d’attente s’allongent. Certaines bibliothèques envisagent l’achat de nouvelles liseuses. Il y a là, sans aucun doute, la réponse à une double attente : celle des curieux qui veulent expérimenter la lecture numérique et celle de ceux qui n’ont pas les moyens financiers de s’en approcher.

Néanmoins c’est un service difficile à pérenniser. La technologie et les formats de fichiers de lecture n’étant pas stabilisés, ils posent la question du renouvellement régulier des appareils.  S’ajoute des contraintes de prêt très fortes et peu adaptées au fonctionnement des bibliothèques. Une manutention lourde, la fragilité des appareils et une assistance en cas de problèmes techniques. Au final beaucoup de contraintes et parfois de la frustration aussi bien pour le bibliothécaire que pour l’usager. Je ne suis pas certain qu’une liseuse ait vocation a être prêtée tant elle est un objet personnel, proche de soi dans tous les sens de l’expression. Concentrons-nous sur une offre de contenus appropriables. Je vous encourage à lire le retour d’expérience lucide de la bibliothèque municipale de Sainte Julie au Québec, publié par la revue Argus.

Allons-nous poursuivre cette expérience? Certainement jusqu’à la fin de la vie active des deux liseuses. Les usagers voient le prêt de ces documents comme une initiation, une découverte de ce que peut être ce genre de médium, sans plus. Tout comme le personnel, ils sont satisfaits d’avoir la possibilité d’explorer les nouveaux médias. À la réflexion, je crois que la bibliothèque de Sainte-Julie devrait se concentrer sur le développement du prêt de livres numériques …

L’usager réduit au rôle de testeur ?

Le prêt de liseuses s’accompagne souvent d’un questionnaire afin de recueillir les impressions des usagers sur la manipulation de l’appareil et sur l’ergonomie de l’interface. Je ne remets pas en question la pertinence de ses enquêtes qui nous permettent de mieux cerner les pratiques, mais je regrette que l’on réduise l’expérience de lecture numérique à une simple appréhension des fonctionnalités techniques de la liseuse, même si elles sont importantes. En donnant à l’usager la posture d’un testeur, je ne suis pas certain que nous séduisions des lecteurs potentiellement intéressés mais impressionnés par des a priori techniques. Le prêt de liseuse au sein d’un club de lecteurs me paraît être plus intéressant. L’usager testeur partage ses impressions et profite de l’entraide des membres de la communauté. L’investissement des bibliothécaires est plus important qu’un simple prêt de liseuses, mais il y a ici une valeur ajoutée humaine qui ne peut que rassurer et encourager l’usager dans son cheminement vers la lecture numérique. Mais il faut aller plus loin car l’expérimentation de la lecture numérique ne peut se résumer en un test partagé de liseuses. .

Du club de testeurs au club de lecteurs de livres numériques.

Utilisons nos clubs de lecteurs pour ce qu’ils sont et proposons un partage de ses lectures numériques. A Romans sur Isère, nous sommes en train de mettre en place un « Troc de lecture numérique ». En échange du prêt d’une liseuse, nous demanderons à l’usager de produire la critique du livrel qu’il aura lu. Elle sera partagée, discutée au sein de la communauté réunie chaque mois. Elle sera aussi valorisée et disséminée sur nos supports de médiation qu’ils soient tangibles ou numériques. L’usager devenant ainsi le meilleur défenseur de nos ressources numériques. Ce genre d’expérience à l’avantage de recentrer la liseuse sur le plaisir de lire et le texte. La communauté peut aussi s’ouvrir à ceux qui possèdent une liseuse ou une tablette et faire ainsi de la bibliothèque un lieu d’expérimentation de lecture numérique et sociale,  intra-muros et en ligne – c’est un vœu pieu ;-).  L’implication des bibliothécaires est essentielle. Ils sont animateurs de communauté, force de proposition et producteur de recommandations. Le bibliothécaire devient alors lui aussi un lecteur de livres numériques.

Faire du bibliothécaire un « lecteur du numérique ».

Ce genre de projet est mobilisateur. Il ne s’agit pas seulement de mettre à disposition un lot de liseuses pour découvrir et recueillir les impressions des bibliothécaires, mais d’en faire un outil de médiation à part entière pour connaitre et valoriser l’offre de ressources numériques proposée par la bibliothèque. Nous nous approprions ce qui fait sens. La liseuse n’est pas une fin en soi. Je crois beaucoup à cette démarche intégrée à un projet de médiation qu’au simple prêt de liseuses ou d’une offre « brute » de livres numériques qui ne feront pas de mon point de vue du bibliothécaire un lecteur – passeur ? – averti du numérique … pas plus que l’usager d’ailleurs.

États d’âme sur la diffusion de ma veille

Dans un billet précédent j’expliquais que :

l’objectif d’une veille est d’apporter l’information dont le destinataire à besoin au moment où il en a besoin. C’est en cela que le veilleur est un capteur de signaux faibles dans les flux continus d’informations. Il ne s’agit pas seulement de repérer les bonnes ressources, il faut pointer l’information pertinente et la rendre disponible et utilisable pour soi mais aussi pour sa communauté de pratique ou d’intérêt. Veiller c’est donc et surtout diffuser, partager et capitaliser.

Depuis plusieurs semaines je m’interroge sur la manière dont je partage et je diffuse ma veille sur le web social.  Un regard critique que je désire partager.

Eviter l'écueil du narcissisme social - (Par cabbit. CC-BY-SA Source : Flickr )


Facebook a bonifié ma veille ou les limites d’une diffusion automatisée :

Dans un premier temps j’ai utilisé Facebook comme un simple canal de diffusion automatisée de ma veille via le service dlvr.it. Il me suffit d’appuyer sur le bouton de partage disponible dans mon Google Reader pour nourrir le flux rss qu’utilise dlvr.it pour propulser l’information sur mes profils sociaux. Un moyen très pratique mais qui ne diffuse qu’une information à faible valeur ajoutée. Un titre et une url. De moins en moins satisfait, j’ai décidé d’arrêter ce type de diffusion sur Facebook et de faire l’effort de “contextualiser” chaque information partagée par un commentaire ou une citation. Il m’arrive aussi d’indiquer par un “A lire +, ++, +++” un article que je considère important à lire. D’autre part je m’implique de manière plus active dans l’animation de ma communauté Facebook. Je « like » les ressources que je trouve intéressantes, en ayant bien conscience qu’il s’agit là que d’un indice de popularité sociale, et surtout je commente par une précision, un avis voire même un lien, les statuts de me amis. Les résultats sont assez concluants. Il est rare qu’une information partagée sur mon profil ne soit pas « liker », reprise ou commentée. Je fais le même constat avec Google+, avec peut être à termedes effets plus bénéfiques pour mon référencement. Sans aucun doute une veille accompagnée d’une médiation facilite la possibilité d’un échange et confirme les propos de Jean François Gayrard :

Il ne s’agit pas d’être sur les réseaux sociaux pour être sur les réseaux sociaux parce que c’est à la mode. Il faut y être pour le partage et l’échange. Pour ce qui est du partage, certains partagent mais n’échangent jamais. On est en plein dans le narcissisme social ; « si tu veux que l’on s’intéresse à ce que tu fais ou ce que tu as dire, intéresse-toi à ce que les autres font ou ont a dire »

Plus intéressant, ce travail de médiation a bonifié ma veille. Commenter ou annoter m’oblige à prendre du recul sur ce que je vais partager. Ce temps court d’écriture m’a souvent convaincu de ne pas partager une information que j’avais jugé a priori intéressante. Avec un simple bouton de partage je n’aurais pas hésité à le faire, presque comme un réflexe.

Le maillon faible : Twitter ou le veilleur ?

Je n’ai pas réussi à faire ce travail avec Twitter. Ma time line continue à diffuser automatiquement ma veille tel un robinet d’information sans valeur ajoutée aucune.
Contrairement à Facebook, je n’ai aucune pratique sociale de Twitter. Je ne suis pas un adepte des #FF, je ne remercie pas lorsque l’on me retweete et je dois même vous avouer que je suis très rarement la time line de mes followers. Je retweete quelques infos lorsque j’y jette un oeil à mes minutes perdues. Par contre je suis très attentif aux tweets liés à un hashtag événementiel comme lors du dernier #Bookcamp4. Mais je ne participe pas plus aux échanges.

Pas de valeur ajoutée et aucune animation de communauté. Face à ce constat je me suis interrogé sur l’intérêt de garder ce profil. J’ai donc posé la question à mes followers. L’un d’eux m’a répondu “ L’intérêt ? Celui de ceux qui suivent !” A force de cogiter on ne voit plus l’évidence.

La question serait plutôt de savoir si je désire continuer à diffuser ma veille de manière automatique sur Twitter. Non, dans l’absolu. Mais ce n’est pas si simple. Il m’est difficile de faire un simple copier-coller de mes annotations Facebook sur Twitter – ce que je fais sans souci avec ma liste de partage sur Google Reader grâce à la fonctionnalité « envoyer à ». Le petit oiseau bleu m’oblige à 140 caractères, tiny url et mention source comprises. Il faut donc aller à l’essentiel en 80 caractères, parfois jusqu’à la caricature. Je crois surtout que je ne suis pas compatible avec Twitter. Va pour le robinet et ceux qui s’y abreuvent n’auront qu’à valoriser ;-).

"Trop de couleurs distrait le spectateur" J.Tati -(Par kool_skatkat. CC-BY-SA Source : Flickr )


Diffuser moins et mieux et revenir à une veille durable

Récemment, J’ai reçu un message d’une bibliothécaire qui me faisait part de son sentiment paradoxal. A la fois elle appréciait mes recommandations de lecture et en même temps elle était frustrée de ne pouvoir tout lire. Ce fut un déclic. Partager trop d’informations, tue la veille. J’ai donc levé le pied. Je considère qu’au delà d’une quinzaine de recommandations par jour, je contribue à la sursaturation informationnelle ambiante. Ce quota est arbitraire mais il a au moins le mérite, couplé avec l’effort de « contextualisation », de m’éviter l’écueil du partage réflexe.

Un dernier point. La diffusion de sa veille sur les réseaux sociaux est éphémère. C’est une lacune majeure. Sachant qu’un message sur Facebook n’est visible qu’une poignée d’heures en moyenne, que reste-il des liens partagés au bout d’une semaine ? En outre Il est très difficile de capitaliser l’information disponible sur les réseaux sociaux. Il est donc important de revenir à « une diffusion durable ». La « Veille apprivoisée » est une tentative. Chaque semaine je publie sur ce blog, le meilleur de ma veille commentée en moins de 10 liens. Celle-ci est ainsi taguée, indexée, visible et pérenne. Elle s’adresse à ceux qui ne sont pas sur les réseaux sociaux et ils sont nombreux dans notre communauté professionnelle, mais aussi à ceux qui n’ont pas un temps infini à consacrer à la veille.

La feuille de route se précise donc :

– Miser sur la qualité et moins sur la quantité d’informations partagées.
– Apporter une valeur ajoutée à ce qui est propulsé.
– Animer la communauté d’amis sur Facebook/Google plus (?) car elle m’enrichie de ses recommandations et de ses commentaires.
– Utiliser Twitter comme un simple canal de diffusion.
– Laisser une trace durable sur ce blog avec la « Veille apprivoisée ».

– Ne pas oublier que tout cela est terriblement chronophage…

Les représentations des bibliothèques : l’impact des clichés culturels relatifs aux bibliothèques et aux bibliothécaires sur le public et les personnels par Pascal Siegel

Je viens de participer à un colloque en Roumanie ayant pour thème la formation des bibliothécaires. J’ai eu le plaisir d’écouter la remarquable communication de Pascal Siegel, responsable de la politique documentaire et de la chaîne de traitement du document au SCD de Lille 3.  Celui-ci  a tenté d’identifier les principaux clichès relatifs aux bibliothèques et aux bilbiothécaires et a souligné  l’impact que ces clichés ont sur le public mais également sur le personnel de bibliothèques.

Pourquoi s’interesser à  ces clichés ? D’une part, ils restent pour le public la vitrine de notre métier. Même faux ils constituent des référents par rapport auxquels le public se situe peu ou prou. D’autre part ces clichés influent également les personnels des bilbiothéques : en amont, car ils sont à l’origine de certaines vocations professionnelles – le fameux j’aime les livres; en aval, car ils incitent certains bilbiothécaires à vouloir à tout prix s’en démarquer.

« Autant de facteur qui font de ces clichés un réalité sociologique qui a un impact décisif dont nos formations devraient davantage tenir compte » conclut l’auteur.

Avec l’accord de Pascal Siegel, je publie ci dessous sa présentation. Merci à lui.

Télécharger la version avec les menus interactifs;

En complément : ce minisite : L’image des professionnels de l’information dans les œuvres de l’esprit et cet article du bbf Entre clichés anciens et représentations réalistes Quelques images récentes de bibliothécaires.

Un exemple de projet de médiation globale dans les Médiathèques du Pays du Romans

Le dernier numéro de la revue professionnelle québécoise Argus propose un dossier sur la Médiation. J’ai eu le plaisir d’y écrire un article que je vous livre ici.

La facilité d’utilisation des moteurs de recherche et la force de la recommandation entre amis renforcent chez l’internaute usager un sentiment d’autonomie qui l’incite à se détourner des médiateurs traditionnels d’informations dont fait partie les bibliothèques. Nous ne pouvons plus demander à l’usager de s’adapter à l’univers bibliothéconomique, beaucoup trop hermétique pour le néophyte. C’est à la bibliothèque de s’adapter à l’environnement numérique de l’usager en y positionnant ses ressources et contenus.

La bibliothèque acteur de la médiation culturelle numérique

La médiation numérique est un dispositif technique, éditorial ou interactif mis en œuvre par des professionnels de l’information-documentation favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuite à tout contenu proposé par une bibliothèque. Parce que l’usager a une réalité multiple, la bibliothèque se doit de proposer le plus grand nombre possible de portes d’entrée vers ses ressources documentaires afin d’en favoriser la découverte. Aux bibliothécaires d’orienter l’usager plutôt que lui prescrire un parcours. Le portail institutionnel est une piste. D’autres sont possibles. De nombreuses bibliothèques ont déjà engagé ce travail en s’emparant des nombreux outils du web social tel que les blogs ou encore les réseaux sociaux.

Mais ces outils ne suffisent pas, il faut aussi proposer et disséminer des contenus éditorialisés présentant une valeur ajoutée informationnelle certaine. Cette large diffusion est une condition nécessaire pour susciter des interactions avec des usagers internautes et pour participer à la médiation culturelle sur internet qui est aujourd’hui organisée par les vendeurs et les grands médias. Il ne s’agit donc pas de se demander ce que le web peut apporter à la bibliothèque, mais bien de s’interroger sur ce que la bibliothèque peut apporter au web.

En avril 2006 la bibliothèque municipale de Lyon lance « Point d’Actu !« , un magazine en ligne défini comme un service d’orientation documentaire axé sur l’actualité. Les bibliothécaires s’emparent d’une question d’actualité, la mettent en perspective, proposent des références pour mieux comprendre et élargir le débat. Alors que les sujets d’actualités sont largement relayés par les médias et qu’ils constituent l’une des premières requêtes dans les moteurs de recherche, «Points d’Actu !» a pour objectif de proposer un éclairage complémentaire. Ce service ne vise pas tant à promouvoir la collection de la bibliothèque mais de mettre à disposition de tous une expertise bibliothécaire. Ce service porte l’image de l’institution sous l’angle des contenus proposés.

Cet exemple démontre que si la gestion d’un fonds documentaire reste un pilier de notre métier, il n’est plus exclusif. La gestion de « leur visibilité » et l’animation du réseau de lecteurs et/ou des communautés d’intérêts potentiels rattachés à ces documents sont d’une importance égale si ce n’est plus. La bibliothèque s’éditorialise, le bibliothécaire devient « le journaliste » de ses collections.

La réussite de ces dispositifs suppose donc un projet éditorial et une (ré) organisation de la bibliothèque. Un projet de médiation numérique est un projet global au carrefour de nombreuses activités de la bibliothèque, sans pour autant se fondre dans l’une d’elle :

– Valorisation des ressources documentaires de la bibliothèque par des outils numériques.
– La veille documentaire thématique des acquéreurs.
– Administration du SIGB pour mettre en œuvre des services. Mais la médiation numérique ne s’y résume pas.
– Activités de l’espace multimédia de la bibliothèque qui est l’un des acteurs de la médiation in situ.
– Le département marketing/communication de la bibliothèque. La médiation numérique suppose une communication efficace, sur le site et en dehors.
– Le département action culturelle de la bibliothèque.

A Romans sur Isère, la médiation numérique ne reste pas dans les nuages - (Par tryphon4. CC-BY-SA Source : Flickr )

Un projet de médiation numérique des collections dans le réseau des Médiathèques du Pays de Romans.

Everitouthèque : de l’expérimentation à la validation.

Everitouthèque a été mis en ligne le 1er avril 2006. Le point de départ est une frustration. L’ergonomie rigide de l’OPAC ne permettait pas d’avoir un espace numérique digne de ce nom. L’idée d’un blog ait vite venu : créer un espace moins institutionnel de recommandations de documents avec toutes les possibilités offertes par le web. Avec un objectif simple, la mise en valeur du fonds à travers des thèmes et des genres forts. L’écriture est collaborative. Une vingtaine de bibliothécaires, des lecteurs, des libraires locaux, des partenaires contribuent.

Le succès de ce blog à permis de valider le projet de médiation numérique des collections au sein des Médiathèques du Pays de Romans. Cela s’est traduit par la création d’un poste de responsable de la médiation numérique des collections, la révision des profils de postes des agents et par l’intégration dans l’organigramme d’un pôle numérique regroupant les responsables de la médiation numérique, de l’informatique documentaire et des services multimédias. Ils réfléchissent ensemble sur la mise en œuvre de la bibliothèque sur le territoire numérique.

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