Les usagers nous suivront-ils dans cette impasse - (Par bladsurb. CC-BY-SA Source : Flickr)

Je ne peux que vous encourager à aller lire le Dossier sur le livre numérique dirigé Remi Mathis pour nonfiction.fr, avec des contributions de Calimaq Silex , de Mathieu Perona et de Constance Krebs.

Mon attention s’est portée sur le texte introductif de Rémi Mathis « Le mépris du lecteur » sans aucune complaisance pour les éditeurs :

Les éditeurs ne semblent avoir aucune conscience et même aucun égard pour leurs lecteurs. Peu leur importent les pratiques, les envies, les besoins de ces derniers. Incapables de comprendre leurs lecteurs, il se contentent d’agiter l’épouvantail du piratage en espérant que ce qui a tant fait scandale pour la musique devrait bien faire de même pour les livres. Ne vaudrait-il pas mieux regarder la réalité en face ? Accepter que 94% des livres piratés le sont… parce que l’offre légale n’existe pas . Reconnaître que pour les 6% restant c’est l’inadaptation de l’offre qui est largement la cause du piratage : le lecteur va vers le plus facile à utiliser et… ce n’est actuellement pas l’offre légale, hélas.

Tout cela est criant de vérité et je ne peux que me féliciter que cela soit un bibliothécaire qui l’écrive. Car je ne vous cache pas que je considère les bibliothèques publiques bien souvent complices de ce mépris du lecteur, pas nécessairement de manière consciente. En proposant sur nos portails des offres de prêt de livres numériques qui transpirent les DRM et qui ne donnent aucune liberté d’usages nous ne faisons que porter crédit à ce modèle mort né.

Les éditeurs ne m’ont jamais interdit de prêter le livre à un ami, de le revendre ou de l’utiliser en plusieurs lieux. Ils ne m’ont jamais interdit de me servir de la 2e de couverture pour noter mes impressions de voyage, une marge pour me souvenir d’acheter du chocolat ou me rappeler le numéro d’un ami. Pourquoi alors les DRM de POL m’interdisent-ils de prendre des notes sur le livre que j’ai acheté ? Alors que la lecture est une des activités les plus sociales qui existent – discuter d’un roman est aussi agréable que le lire ; la lecture savante se nourrit de commentaires et comptes rendus – les éditeurs décideraient que nous n’avons brusquement plus le droit de prêter notre propre livre à un ami ?

C’est cela que nous voulons offrir à nos usagers ? Dois je rappeler que ces offres nous coûtent une fortune et que nous cherchons encore les usagers qui devaient s’y précipiter …

PS : un propos peu nuancé … mais je compte sur vous 😉

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10 commentaires sur « Livres numériques & mépris du lecteur : éditeurs et bibliothèques complices ? »

  1. Mais qu’il est bon de lire un billet comme celui-ci !

    Une offre inadaptée, une offre bien trop cher (on ne va quand même pas devoir expliquer que générer un pdf, même avec un DRM, coute dix foix moins qu’une impression),…

    Bref, je plussoie fortement.

    Merci pour ça !

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  2. « Accepter que 94% des livres piratés le sont… parce que l’offre légale n’existe pas »
    Je me demande d’où vient ce chiffre… très précis.

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  3. Bonjour,

    Excellent billet. Il serait en effet temps de réfléchir entre bibliothèques à une réaction collégiale, au lieu de subir ou de tenter de négocier individuellement.

    Ne serait-il pas envisageable de créer une plateforme d’achat et de conversion spéciale bib ? Pas un consortium pour négocier des tarifs et des lots insécables, hein, mais un intermédiaire dans les achats.

    On continuerait d’acheter chez nos libraires ou éditeurs, mais la « livraison » transiterait sur un serveur commun, qui :

    – convertirait tous les livres numériques dans un format unique, si possible libre (pour être potentiellement lisible sur toutes les machines) et offrant les outils nécessaires (zoom, annotations, et toutes les bonnes idées).

    – ajouterait nos DRM maison, liées à nos conditions d’achat (nombre de copies « empruntables » simultanément, …), au règlement propre de la bibliothèque acquéreuse (durée d’un prêt, …) et à nos obligations légales (nb de page max imprimables, …).

    – ajouterait nos métadonnées, selon les standards que nous définissons, et en leur accordant leur juste importance.

    Ce que ça impliquerait, c’est des accords des éditeurs / libraires pour fournir des fichiers différents des versions commerciales (plus « brut »), sans DRM, et un travail collégial et intelligent en amont de notre part.

    Voilà, c’était mon idée du siècle, elle est en Beerware. Bon, elle vaut ce qu’elle vaut, c’est peut-être irréalisable ou inutile, c’est pour ça que j’en fait cadeau. Même si je pressens des réactions hostiles à l’idée de mettre nos propres DRM.

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  4. > nicomo : Je cite bien sûr mes sources dans l’article 😉 Il s’agit de l’étude « ebookz » demandée par le MOTif et présentée à la SGDL à l’automne 2009. Il se trouve en ligne ici : http://www.lemotif.fr/fichier/motif_fichier/72/fichier_fichier_etude_ebookz.pdf

    > akareup : le simple fait que le texte soit en beerware mérite qu’on y prête attention 😉

    > sur le fond : Je ne suis généralement pas tendre avec les bibliothèques mais, là, je crois qu’elles ne peuvent pas grand chose. Les recommandations de Couperin sont très bonnes : c’est vraiment ce dont auraient besoin les bibliothèques. À l’origine, il y aurait dû y avoir un article supplémentaire sur cela mais l’auteur pressenti n’a pas rendu son papier. Car je suis persuadé que, la demandes des bibliothèques étant claire, si les éditeurs traditionnels ne prennent pas le marché, soit des petits éditeurs spécialisés soit les poids lourds internationaux vont le prendre en commandant tout simplement des manuels numériques à de jeunes auteurs.
    Après, que faire actuellement en bibliothèque ? C’est compliqué… Si on propose l’offre à DRM actuelle, ça coûtera très cher et on va arriver à la conclusion que les livres numériques n’intéressent personne. Si on ne propose rien, les bibliothèques passeront encore une fois comme institutions à la bourre qui ont manqué les tendances lourdes des mutations de la lecture et du travail intellectuel… Dur…

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  5. Et bien tant mieux que l’offre soit nulle : le soufflé numérique s’écroulera peut-être (je n’y crois même pas) et on reviendra à des choses un peu plus simples que ces conneries virtuelles qui pompent les quelques bribes de culture et d’intelligence restant dans les têtes des plus jeunes… et quand je parle de culture ça va du traité ontologique parménidien à la capacité à façonner un beau meuble en bois brut !
    Ras-le bol de ces prophéties technophiles auto réalisatrices qui nous font toujours plus ubiquites, toujours plus rapides, réactifs et… stressés, fatigués, spectraux et désespérants… et toujours plus exploités car à bien regarder, il y en a quand même qui tirent leur épingle du jeu et sans faire dans la théorie du complot on observe qu’une partie du « monde » gagne plus grâce au salmigondis numérique et que l’autre y perd le peu qu’il restait de chaleur, de matière et de lenteur, qu’elle soit appliquée à la bouffe ou à l’info… au savoir ou à l’amour !
    A part nous faire courir plus vite au tombeau sans voir le beau paysage de l’existence paisible, je ne vois pas vraiment ce que nous apportent les supports numériques… mais sans doute suis-je un vieil esprit à reléguer malgré un âge pas si avancé que cela… comme cela se lit souvent sur les blogs de nos grandes âmes technophiles pour qui ceux qui ne sont pas pour sont non seulement contre mais encore à pousser à une plus ou moins lente disparition…

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