Sur le blog Livres échanges Bertrand Strainchamps de la libraire en ligne Bibliosurf s’en prend aux bibliothèques qui utilisent le web service d’ Amazon pour enrichir les notices de leurs catalogues :

Le contrat d’Amazon exige en retour derrière l’image récupérée un lien vers la notice correspondante sur le site d’Amazon. Ainsi, grâce à cet échange de bons services, Amazon tisse sa toile sur le Net.
[…] il serait regrettable que des bibliothèques participent avec de l’argent public (les modules fournis par les prestataires ne sont pas gratuits) à l’extension de la toile d’araignée d’Amazon.

Parmi les nombreux commentaires, Bertrand Strainchamps s’explique :

« Si les bibliothécaires n’arrivent pas à mutualiser cette tache [ récupération des vignettes de couverture], il serait bien que la profession encourage l’émergence de nouveaux prestataires. Quelle bibliothèque travaille avec Titelive qui fournit déjà des données enrichies aux libraires ? Pourquoi les distributeurs ne fournissent pas ces données ? Electre doit-elle être la seule société sur ce marché ?
Entre le gratuit mais en fait payant en terme de liberté publique que sont les plateformes web 2.0, le logiciel libre, et la logique propriétaire, il y a sans doutes des mixtes possibles. Mais pas au détriment de la profession de libraire.

Les bibliothèques par l’utilisation de ce webservice serviraient donc la soupe au grand méchant Amazon au détriment des libraires traditionnels et locaux. Déjà qu’elles fricotent avec le diabolique Google …..
Je vous encourage donc à lire les commentaires passionnés qui suivent le billet de Bertrand.

Pour ma part. Sur le problème de fond soulevé par ce billet, Je suis assez d’accord . Par contre, la forme un peu « donneur de leçon », un peu « gardien d’une morale » me donne la migraine. Je trouve un peu facile de ne pointer du doigt que les bibliothèques et leur incapacité à mutualiser leurs services, alors que le reproche peut être tout autant retourné vers les libraires.
Sur cette question, c’est le commentaire laissé par Nicolas Morin qui traduit au mieux ma position. Je me permets de le reprendre ici :

* tout l’argument de B. Strainchamps repose sur l’idée d’une chaîne du livre solidaire. Que je n’ai jamais vue en action pour ce qui me concerne.
* j’attends encore qu’on me montre l’endroit où le législateur a donné aux bibliothèques pour mission de soutenir non seulement la librairie en général (la FNAC et Amazon sont des libraires, entre autres), mais spécifiquement la librairie « de qualité, indépendante, etc ».
* le législateur a donné pour mission aux bibliothèques de proposer au public le meilleur service possible au coût le plus juste : elles dépensent l’argent du contribuable.
*  les libraires ne proposent aucun service alternatif crédible à ce stade. On a envie de répondre aux incantations de B. Strainchamps (Non à ceci, Non à cela) que les libraires n’ont qu’à proposer une alternative. Et qu’ensuite ils pourront se plaindre des bibliothèques qui ne saisissent pas l’occasion
* si je suis l’argument de B. Strainchamps, je dois en déduire qu’il attend des bibliothèques qu’elles s’abstiennent de proposer un service utile au public par solidarité avec les libraires. Bref: si la chaîne du livre doit mourir, mourrons tous ensembles, et gare à celui qui essaierait de s’adapter au numérique.

Je suis donc un vilain méchant bibliothécaire libéral & pragmatique … et je ne le savais même pas !

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25 commentaires sur « Je suis un vilain méchant bibliothécaire libéral & pragmatique qui soutient Amazon … »

  1. Carrément d’accord avec les arguments énoncés par Nicolas Morin, et très agacé aussi par le côté « je suis un vilain petit canard » de BS. Voilà qui ne fait pas avancer les choses, alors qu’effectivement le problème est réel !

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  2. J’ai bien peur que ce ne soit pas vraiment de débat dont on ait besoin.

    J’ai pour ma part l’impression que ce débat commence par être ancien. Qu’il revient régulièrement et que tout le monde l’évite, comme c’est le cas ici même, chacun s’arc-boutant à défendre son pré-carré. L’attaque de Bernard est certes maladroite, ce n’est pas une raison pour la prendre telle quelle et se draper dans une crispation professionnelle qui me parait dater du XIXe siècle. Reste que je suis d’accord avec vous, bibliothécaires : la demande n’est pas élégante ! Si les libraires souhaitent quelque chose, qu’ils le fassent donc eux-mêmes avant de demander aux autres métiers de le faire pour eux. Ceci dit, cela ne fait rien avancer. Et surtout, cette réponse semble oublier que nous sommes tous (éditeurs, auteurs, bibliothécaires, libraires) bien démunis face aux monopoles de la culture qui se constituent. On peut continuer à s’écharper, ce n’est pas cela qui les fera disparaître.

    Pour ma part, les propos de Nicolas Morin m’étonnent. Je ne crois pas que le législateur ait donné mission aux bibliothèques d’offrir le meilleur service au cout le plus juste, sinon la grande majorité des Opac propriétaires pour lesquelles vous dépensez bien souvent des fortunes serait largement injustifiés et vous utiliseriez tous des logiciels libres et ouverts. Non, les pouvoir publics demandent aux bibliothèques de participer à la vie de la chaine du livre et de permettre aux citoyens d’accéder à la culture sous toutes ses formes. Oui, les bibliothèques n’ont pas à défendre tel éditeur contre tel autre, tel libraire contre tel autre, mais ne doivent pas pour autant oublier leur mission de culture public.

    Dans ce cadre là, on préférerait entendre des voix qui pourraient dire : bon, et si maintenant on essayait vraiment de faire quelque chose, qui profite à tous (et pas seulement à notre corporation). On pourrait même imaginer que cela puisse aussi profiter aux auteurs et aux éditeurs avec une participation de tous. Finalement, ce discours très corporatiste des bibliothécaires m’étonne. Il répond au discours corporatiste du libraire certes, mais si la culture et le livre sont notre biens communs, il serait temps de les dépasser un peu pour retrousser nos manches. Ou continuer de jouer aux vierges effarouchées en attendant que le train passe. Car au final, les bibliothécaires sont confrontés aux mêmes problèmes que les libraires.

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  3. Perso, je pense que la position des bibliothécaires qui s’expriment sur le billet publié sur Libé est largement minoritaire. C’est une certaine conception du dit web 2.0. , des réseaux sociaux dont on ne connait ni les tenants et aboutissants. C’est zéro droits d’auteurs, des contributeurs qui travaillent gratuitement pour je ne sais pas quel actionnaire , et des faits et gestes analysés, pistés et réexploités par les marchands du temple.

    L’intitulé du billet publié n’est pas celui que j’ai choisi. Mon billet est certes une condamnation de certaines pratiques et pas un appel au débat. Car, je vous ai tous plus ou moins interroger sur cette question. Et vos réponses ne m’ont laissé aucune alternative. Que bibliobsession s’insurge de mes propos, ce la m’étonne pas. Il a installé sur l’hebergement bibliosurf que je lui prêtai une telle application Et malgré ma demande de retirer cette application, il a continué. Mais ils parait que c’est de la tentative de censure. On croit rêver.

    La réalité. La mise en place de ce type de catalogue se généralise. C’est une vraie menace pour les libraires. Or avec l’argent public on ne peut créer une telle distorsion de la concurrence.

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  4. Tsss Bernard, en toute franchise t’es lourd !

    J’ai effectivement persisté dans ma volonté d’afficher le widget de Librarything (qui utilise les couvertures d’amazon, tout en essayant de construire une alternative…) et j’ai très mal pris ta tentative de me faire enlever un contenu choisi sur mon blog sous prétexte que tu m’offre un hébergement et une aide technique. Tu m’as certes bien aidé et dépanné à de nombreuses reprises (et je t’en ai remercié autant que j’ai pu, mais ça ne justifie pas tout hein) mais ta tentative d’influer sur le contenu même de mon blog, c’est vrai que l’ai très mal pris, c’est en partie pourquoi j’ai migré mon site.

    Hubert à raison, ne nous perdons pas dans des querelles corporatistes et encore moins de querelles de personnes parce que c’est inutile.

    J’ai moi même présenté à la BPI récemment, devant son directeur, dans le cadre de la réflexion autour du projet de site collaboratif l’enjeu de politique publique (je pèse mes mots) que représente selon moi la libre circulation et l’accessibilité tarifaire des données enrichies sur les objets culturels (sans pointer des méchants, mais en alertant sur les dangers réels d’un contrôle de ce marché par amazon). J’ai plaidé pour une sorte de CAREL des données enrichies et j’en reparlerai bientôt sur mon blog. Je m’emploie donc en ce qui me concerne et avec beaucoup d’autres à contribuer à ma mesure à des projets viables et si possible d’envergure, affaire à suivre comme on dit.

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  5. @ Hubert : « Je ne crois pas que le législateur ait donné mission aux bibliothèques d’offrir le meilleur service au cout le plus juste, sinon la grande majorité des Opac propriétaires pour lesquelles vous dépensez bien souvent des fortunes serait largement injustifiés et vous utiliseriez tous des logiciels libres et ouverts. »

    Pas d’accord : ce n’est pas une mission, c’est un impératif de gestion. Notre responsabilité (pas appliquée partout, loin de là, mais c’est ce vers quoi il faut tendre) est bel et bien de proposer le meilleur service au meilleur coût, c’est tout ce qui fonde les marchés publics, avec toutes leurs imperfections…. En politique publique on ne parle pas de rentabilité mais d’efficience c’est à dire d’essayer d’utiliser le moins de ressources possibles pour atteindre un résultat le plus conforme possible aux objectifs que l’on se donne. Les logiciels libres sont souvent de manière pragmatique utilisés dans ce cadre (et souvent trop étroitement sans voir tout l’aspect communautaire qui est lié).

    Bref tout ça pour dire qu’il ne s’agit pas d’un réflexe corporatiste mais d’un impératif de gestion de l’argent public surtout à l’heure où les collectivités voient leurs budgets baisser…c’est aussi ce qui a poussé la ville de Lyon a externaliser vers Google la numérisation des livres anciens de ses fonds parce qu’elle a estimé qu’une externalisation + contrôle qualité lui coûterai moins cher, tout en conservant une copie des fichiers pour pouvoir les partager via Europeana par exemple. (ça revient à avoir le beure et l’argent du beurre et à mettre la crémière dans la cage 😉 On a là l’exemple type d’une solution pragmatique qui permet de ne pas effectuer un investissement public considérable pour un service que le privé propose et que le public peut contrôler.

    Concernant les données enrichies, amazon propose le service, et rien n’empêchent les libraires ou les éditeurs de fournir ce type de données surtout quand ils se rendront compte que c’est dans leur intérêt (et pour beaucoup c’est déjà le cas).

    Dans tous les cas, les bibliothèques ne seront pas fournisseurs de ces données qui sont d’abord celles des éditeurs. Nous serons donc des clients, mais pas n’importe lesquels puisque nous seront des clients publics. C’est bien un marché qui se structure et je sais d’ailleurs que certains libraires commencent à se positionner sur ce marché pour les livres numériques. Electre le propose aussi. Là ou la puissance publique peut intervenir, c’est à mon avis au niveau global dans la régulation du marché : garantir un coût d’accès et des conditions d’accès à ces données qui soit acceptable en reconnaissant les missions d’intérêt général des bibliothèques. Car en terme d’intervention politique sur un marché, il y a plusieurs solutions, par la loi ou par le contrat, en gros le prix unique ou le modèle du consortium. Je penche plus pour ma part pour ce dernier.

    Voilà, oula je suis trop long mais je suis assez attaché à ne pas faire percevoir l’achat public comme l’achat privé, parce que ça me semble important. 🙂

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  6. Les Tsss, t’es lourd. Les moqueries sur les twitters… ce n’est vraiment pas sympa. Puis la censure d’Amazon sur un hébergement prêté, c’est fort en café. D’autant plus, que si j’avais voulu te censurer, j’aurais pu simplement supprimer le plugin. Ce que je n’ai pas fait te laissant durant des mois l’utiliser. A présent, je vous laisse à vos considérations.

    Je vous suis très reconnaissant de bien gérer les impôts prélevés par Bibliosurf pour la collectivité.

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  7. Le fait que tu envisages de modifier arbitrairement un site que tu héberges contre l’avis de son auteur est suffisamment éloquent pour que je n’en dise pas plus. Je ne te répondrai plus à l’avenir. Bon vent.

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  8. Ce sera mon dernier post. Car je n’ai pas à répondre à ce type d’attaque.
    Tu es hébergé sur un site de libraire.
    Tu installes une application qui utilises Amazon sans demander l’autorisation.
    Ce libraire te demande d’arrêter.
    Tu as continué. Et tu n’as pas été stoppé.

    Et ça se transforme en « Le fait que tu envisages de modifier arbitrairement un site que tu héberges contre l’avis de son auteur est suffisamment éloquent « .

    C’est sans doute aussi pour une bonne gestion des dépenses publiques que tu utilises ce plugin !

    Perso, j’arrête aussi la discussion. Je pense avoir suffisamment crié pour que mon message soit entendu !

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  9. Le problème d’amazon c’est de faire de l’argent. Le jour où ses actionnaires trouveront plus rentable que la vente de livres ils ne se préoccuperons pas de savoir si leur service et utile ( ou non) aux bibliothèques.

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  10. Merci Silvère d’avoir pris le temps de répondre. Juste une dernière remarque ou je m’interroge sur ton affirmation fermée, qui me semble tout de même plus être plus un constat actuel, un refus de perspective possible : « Dans tous les cas, les bibliothèques ne seront pas fournisseurs de ces données qui sont d’abord celles des éditeurs. »

    Je ne suis pas sûr que les données bibliographiques enrichies ne doivent pas être demain, aussi, du ressort des bibliothèques. Finalement, l’impératif de l’efficience de la gestion de l’argent public pourrait aussi trouver là de nouvelles modalités pour faire des économies et proposer un service public de qualité, ouvert et libre.

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  11. Il peut peut-être temps que les libraires arrêtent de croire que les bibliothèques sont là pour les faire vivre.
    Si un libraire se plaint de la méthode Amazon, qu’il en fasse de même et qu’il propose des alternatives. Faut quand même pas oublier que nous sommes pour la plupart obligé de gérer des marchés publics d’acquisitions, et que si la présentation physique des documents est demandée, rares sont les libraires à la fournir. Du coup, oui, on utilise les outils qui nous sont offerts. Quel est le problème ?
    En attendant, je suis pas sûr qu’Amazon soit titulaire d’un grand nombre de marché, et c’est encore les bibliothèques qui font vivre un certain nombre de librairies.
    Si les libraires ne souhaitent pas qu’on utilise les services d’Amazon (qui sont loin d’être un simple bonus pour l’usager lambda), qu’ils nous proposent autre chose, qu’ils négocient avec les éditeurs la possibilité de fournir des notices unimarc intégrant les couvertures par exemple.
    Pour finir, et parceque j’ai quand même l’impression qu’il y a beaucoup de mauvaises fois dans le discours du libraire, il faut savoir que les liens amazon que j’ai pu observer renvoient … vers Amazon.com, en anglais, avec des ruptures de stock impressionnantes. Pas de quoi s’inquiéter quant aux éventuelles ventes perdues !
    D’ailleurs, alors même que ce milieu n’est pas vraiment concurrentiel (alors que nous avons obligation de passer des marchés publics, ne l’oublions pas), pourquoi Amazon serait un grand méchant ? Parcequ’il ne fait pas payer les frais de ports et parcequ’il ne propose pas toutes les maisons d’éditions ? Comme beaucou p de libraires au final, non ?

    Pour finir, je ne comprends pas pourquoi ce serait aux bibliothèques de défendre les libraires. Ils ont déjà une loi unique au monde avec eux et de bons gros réseaux d’influences. On a vraiment l’impression que tout est dû et que les libraires ne savent même plus qu’ils travaillent dans un milieu commercial. Le côté « faut que vous fassiez ça, parceque ça m’arrange pas que vous le fassiez autrement », ça va, on a donné …

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  12. Je fais un résumé de mon post sur le Blog de Bibliosurf.

    Les bibliothèques ont passés des millions d’heure à créer des notices bib au format MARC que personne d’autre ne fournissait.

    Elles l’ont fait souvent chacune dans leur coin (les initiatives de partage sont récentes par rapport à l’histoire de MARC) et en y consacrant beaucoup de temps.
    Et c’est devenu une de leur force (le catalogue « précis », les conventions de description, la justesse des données… oui je sais les catalogues sont maintenant dépassés en terme de fonctionnalités et de sexyness mais je parle des données).
    Google a d’ailleurs offert la numérisation contre la récupération des données sémantiquement fiables des notices bib.

    Pour les couvertures, on semble être face à un mur opérationnel.

    Le libraire Bibliosurf affirme qu’il réussit à intégrer 10000 couvertures par an en étant seul et en fesant cela de manière marginale.
    De l’autre coté, des bibliothèques qui achètent 10000 livres par an ont en général entre 30 et 60 employés (toutes fonctions confondues) et elles n’arriveraient pas à scanner (10 sec.) les couvertures en interne ?

    Alors je sais que le catalogage n’est plus à la mode, que refaire de la collecte de données chacun dans son coin, ce n’est pas très malin. Mais rien n’empêche de globaliser le dépôt des couvertures et de les revendre/partager ?(au passage quel pourcentage de livres identiques dans les bibliothèques?)
    Rien n’empêche d’intégrer des acteurs privés quand l’outil est créé et fonctionne bien pour qu’ils ajoutent des couvertures sur des notices bib (via l’ISBN?).
    Il y a des outils à créer ou qui existent déjà pour accélérer le processus scan-sauvegarde-intégration à la notice … mais on est en 2008 quand même (on peut flinguer z39.50 en passant?)

    Etre un fournisseur de données structurées propres et fiables, ce n’est pas une tare en 2008. Je ne vois pas pourquoi les bibliothèques abandonneraient ce rôle.

    Quant au « débat » bibliothécaire-tueur-de-libraire ou bibliothécaire-vache-à-lait-du-libraire, je le trouve indigne. On oublie que nous sommes tous les deux des intermédiaires, fournisseurs de service ou contenus et on nous prédit la même disparition (simultanée?).

    Je n’ai pas envie de m’étendre aussi sur le fait que le struggle for life mensuel de certains libraires est une expérience que je ne recommande à aucun bibliothécaire.

    PS: je suis bibliothécaire
    PS2: en fait ce n’est pas un résumé 🙂

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  13. Salut

    Whah, le froid agite les esprits. Il faut se réchauffer comme on peut 🙂

    Bernard Strainchamps a soulevé un problème.

    Le fait qu’il soit dans une position indéfendable (un concurrent d’Amazon) n’aide pas son approche. Toutefois, je n’oublie pas qu’il a aussi une autre casquette à son actif : bibliothécaire. Ce qui change un peu sa vision.

    Et qu’il est passionné par ce qu’il fait. Ce qui change à nouveau sa vision.

    Reprenons le problème.

    Un lien vers une notice Amazon (pour respecter le contrat d’utilisation de la vignette dans un OPAC).
    Un lien présent dans ce qui est offert par LibraryThing, histoire de concrétiser l’aspect tentaculaire d’Amazon.

    Un lien très envahissant, lorsque ce lien indique à Amazon ce qui est consulté ailleurs.
    Un lien qui augmente le Page Rank… ce qui a terme sera/est déjà rémunérateur en retours publicitaires.

    Un endroit où les gens fournissent des commentaires gratuitement, où les gens indiquent s’ils ont apprécié ou pas l’article… (et où Amazon ne conserve que le best of des commentaires, il faut bien vendre.)

    Alternatives possibles : LibraryThing, Babelio, la Fnac, BiblioSurf, Aligastore.com/Livres, Ciao.com/livres, critiqueslibres.com, etc.

    Bref, Amazon n’est pas le seul endroit où obtenir des commentaires et des appréciations.

    Par contre, au niveau de la densité, c’est intéressant.
    Au niveau des autres choix proposés, aussi. (D’ailleurs, sans honte ni fausse pudeur, je m’en sers pour « acquérir » et pour conseiller les lecteurs quand je n’ai pas d’idées… mais on est loin d’un véritable service au lecteur. Et il y a mieux à réaliser.)

    Des commentaires récupérables ?
    Rien que pour des droits d’auteur, j’ai des doutes sur la réutilisation possible.

    Les notices Amazon ?
    Ouh la, une notice Amazone est ‘miraculeusement’ bonne… Autrement dit : ce n’est pas un service. Et il y a tout l’excellent travail de la BNF pour cela.

    Ce qui nous laisse la récupération de la vignette (pour ceux qui disposent d’un OPAC permettant son exploitation, et il faudrait aussi indiquer les multiples utilisations possibles de ces vignettes)

    Autre solution alternative pour la récupération ? :
    http://libx.org/gbs/

    qui pioche sur Google / OCLC / LCCN (de notre côté, on pourrait espérer BNF, Sudoc, etc. ?)

    A mon goût, plus intéressant : lire les premières pages, la table des matières. (Perso, j’aimerais aussi une recherche effective dans les tables des matières pour les documentaires)

    Bref, pourquoi Amazon, et pas quelqu’un d’autre ???

    Il faut dire que, pour l’instant, les offres différentes montent tout doucement. Et Amazon profite de sa position en tête de proue. Les autres solutions émergent mais, en attendant, il faut bien faire avec les éléments à sa disposition. Pour tester les solutions, commencer à proposer des services aux usagers.

    Alors, autant, je peux comprendre que Bernard Strainchamps y voit une menace sur l’avenir, une main mise sur la librairie (et seulement sur la librairie ? Amazon a plein d’autres pôles de vente) par l’élimination des concurrents. Et une main mise sur les bibliothèques par le poids de l’habitude. (Cf. les habitués d’Electre qui ne veulent pas changer)
    De plus, si tout repose sur un seul site, gratuit pour l’instant, tout peut s’effondrer du jour au lendemain. Un simple créneau plus porteur, un changement d’orientation, et rien ne garantit que la librairie sera l’avenir d’Amazon. Ou même si elle le reste, rien ne dit que ce sera gratuit pour l’éternité.

    Le signal d’alarme est tiré : il nous faut une solution alternative, alternative et durable dans le temps. C’est sûr !

    Et comme l’ISBN est très récent, il nous faut aussi des « numéros de livres » fournis par des autorités nationales, pour prendre en compte les anciens livres, et surtout les nouveaux… car, à notre échelle bibliothécaire, les ISBN ont une capacité de numérotation assez courte.

    Donc autant je peux comprendre cette menace, autant j’ai un peu de mal avec la notion de « fonds publics » utilisés à mauvais escient.

    Amazon est gratuit – certes pour l’instant – mais gratuit.
    Les développements qui en dépendent peuvent fort bien s’abreuver à d’autres sources (ou alors, les développeurs ont le nez trop penché dans le guidon, et ce n’est pas d’Amazon qu’il faut avoir peur, mais de ceux qui ne savent pas regarder au loin)

    Car Amazon, ce n’est qu’une source de données, parmi d’autres.

    Et si je m’en sers pour acquérir, je passe commande auprès d’un libraire local.
    Car peut-être ne s’agit-il pas de faire vivre le libraire, mais de défendre les points de vente de « lecture » pour permettre à ceux qui n’ont pas Internet de pouvoir continuer à lire.

    Pour moi, la mission de lecture publique, c’est aussi préserver les lieux d’accès à la lecture.
    Autant que faire se peut.

    Je ne peux pas tout offrir dans ma bibliothèque, le libraire offre autre chose.

    Bien sûr, le libraire n’est pas obligé de fournir des notices enrichies à la bibliothèque, comme la bibliothèque n’est pas obligée de passer par le libraire local pour acheter ses livres. (D’ailleurs les MAPA, marchés publics d’achat, sont là pour obliger la concurrence)

    Cependant, c’est oublier l’essence du Web : le réseau social. Le lien. (La pub du lien)

    Le problème du début.

    Pour moi, comme nous (bibliothécaires et libraires) « vendons » la même chose, des échanges entre acteurs du même domaine sont un plus évident… et si les MAPA sont là pour obliger la concurrence, le conseil que l’on peut donner à un lecteur en recherche d’un titre absent, lui, n’est pas soumis à ce type de marché. Il provient des connaissances, et des liens que nous avons avec le reste de la chaîne du livre. En clair, du sens commercial du libraire avec ses clients, dont la bibliothèque.

    Ou peut-être du lien que l’usager va cliquer pour allez chez… AAAAA, Allez, chez celui qui aura eu l’intelligence d’offrir un lien vers une ressource facilement réexploitable.

    Surtout quand le libraire le fait pour son propre site… Car je parle bien sûr de e-libraires. Sinon, effectivement c’est un gros boulot, et ça demande un investissement énorme, en temps et en re-conception de son métier : bien remplir une base de données et l’offrir aux Internautes, de manière intéressante, ça demande un savoir-faire évident. (pour le libraire, comme pour le bibliothécaire, ne nous leurrons pas) et une masse critique.

    Ouvrir et partager permet de l’atteindre plus vite cette masse critique.

    La force d’Amazon c’est d’avoir ouvert le commentaire à ses clients, et de garder un inventaire des achats et consultations d’un client.
    Mais l’interface reste médiocre.
    En effet, si Amazon me connaissait mieux, connaissait mieux les livres que j’ai aimés dans mon passé, il pourrait mieux me servir. Et je n’aurais pas besoin de rebondir de livres en livres, jusqu’à trouver celui qui me plaît. Je fournirais une liste de titres ou d’ISBN, et automatiquement le système me retournerait des livres que je n’ai pas lus, mais susceptibles de me plaire, par simple croisement… en éliminant les livres déjà lus ! et donc sans intérêt pour le lecteur que je suis.

    De toute façon, on parle de notices enrichies, en se focalisant sur la vignette et le lien vers Amazon.
    Mais comme le dit Mulder dans X-files : la vérité est ailleurs.

    Ceux, les vrais, qui enrichissent les notices sont là, et ne demandent qu’à.

    Encore faut-il se souvenir qu’ils sont là… et leur ouvrir la porte.

    Lecteur, tu es le bienvenu dans mon e-structure ! 🙂

    Bien cordialement
    B. Majour

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  14. Partageant sans réserve l’avis de Nicolas et de Silvère, je déplore une fois de plus que certains libraires (et également des collègues) continuent de corréler l’action de politique publique des bibliothèques (sur laquelle, nous sommes, en tant qu’agents de l’Etat ou de la FPT, statutairement et fonctionnellement « engagés ») à celle de la défense de la librairie, ou plus précisément de certains libraires (indépendants, de proximité…).
    Notre mission prioritaire est en effet d’offrir à nos usagers les meilleures conditions d’accès à la connaissance et à l’information et non de défendre des intérêts privés et commerciaux, fussent-ils ceux d’une librairie.
    On peut évidemment s’agacer de la lourdeur administrative des marchés publics mais j’observe néanmoins, après avoir conduit un certain nombre de ces dossiers dans le cadre de mes fonctions de directeur de la Poldoc, que cela permet une étude raisonnée et non idéologique de ce type d’offre commerciale (je précise que nous sommes actuellement en marché avec 2 libraires régionaux et que cela peut changer au prochain contrat, sans état d’âme…). Dès lors qu’il s’agit, à juste titre, de privilégier le mieux disant (le moins étant, depuis la règle de plafonnement, caduc) au bénéfice de nos publics, je m’interdis pour ma part tout a priori…
    En ce qui concerne Amazon, (qui, à ma connaissance, vend bien des livres et non des boites de petits pois), le service de fourniture d’images, et de recommandations est incontestablement « enrichissant » pour les lecteurs, tant sur le fond que sur la forme et j’apprécie que le logiciel libre Koha permette, dans sa nouvelle version3, une automatisation de cette fonctionnalité de service. Je regrette simplement que d’autres librairies ne proposent pas une telle offre de service, ce qui permettrait une mise en concurrence supplémentaire sur la qualité.

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  15. Alors pour préciser la diversification en « cours » pour Amazon, je vous laisse lire ce qui suit.
    (oui, ils vendent aussi des petits pois :-)) , version épicerie en version bêta (2006).
    Le livre, sur leur site fr., n’est plus qu’une boutique sur huit, et une sur onze pour le site américain, où ils vendent même des éléments pour voitures.)

    http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,2133260,00.htm
    La diversification chez Amazon ne passe toujours pas par la France
    Estelle Dumout, publié le 10 avril 2003
    « Le cybermarchand Amazon vient d’ouvrir un nouvel « espace » de vente dans ses sites filiales en Allemagne et au Royaume-Uni. Intitulé «Cuisine et maison», il propose aux clients de s’équiper en divers ustensiles ménagers, allant de la cafetière au rasoir électrique en passant par les casseroles et les couteaux. »

    http://www.zdnet.fr/actualites/informatique/0,39040745,2058346,00.htm
    « Amazon diversifie son activité
    ZDNet France, publié le 17 juillet 1999
    « Christopher Payne, qui s’occupe depuis un an de la boutique de produits électroniques, indique que l’électronique et les jouets étaient « les produits les plus demandés » par les visiteurs d’Amazon. »

    http://www.01net.com/article/337330.html
    « Amazon joue la carte de la diversification
    La rédaction , 01net., le 05/01/2007 à 15h50
    Le géant américain du commerce en ligne ajoute plusieurs cordes à son arc. Pour la première fois, il vient de lancer une boutique destinée à la vente de sacs et de chaussures, non pas sur sa plate-forme traditionnelle de distribution, mais sur un nouveau site : Endless.com.
    Parallèlement, Amazon lance un blog. Baptisé Askville, il s’apparente aux sites de questions-réponses comme Yahoo ! Answer. Les internautes s’interrogent sur un point précis et font appel au savoir de la communauté. Google, quant à lui, a annoncé, en fin d’année dernière, son intention de mettre fin à son propre service. »

    http://www.01net.com/article/108958.html
    Jean-Baptiste Su, à San José (Californie) , 01net., le 05/06/2000 à 12h39
    « Lancée comme un libraire virtuel il y a plus de cinq ans, la société Amazon se diversifie depuis un an en signant des accords avec d’autres cybermarchands, dont elle prend, en général, une participation minoritaire. Elle a ainsi dépensé plus de 200 millions de dollars dans Drugtore.com (pharmacie et santé), Homegrocer.com (alimentation), LivingandPets.com (animaux de compagnie), ouvrant ces dernières semaines les magasins correspondants sur son site. »

    http://www.journaldunet.com/diaporama/070126-amazon/2.shtml

    entre autres choses :

    « Septembre 2006
    Lancement de Amazon Unbox, service de VoD proposant plusieurs milliers de films à télécharger, à partir de 9,99 dollars.

    Juillet 2006
    Lancement d’une nouvelle boutique de jouets et de vêtements pour enfants, suite à la rupture du contrat qui liait le distributeur à Toys’R’Us.

    Juin 2006
    Lancement en version bêta du rayon épicerie. Cette boutique contient plus de 18.000 références (snack, conserves, lessive, boissons…). »
    Etc.

    Je rajoute sur le sujet « soutien » au libraire local.

    Pour ce qui est de « soutenir », plus ou moins, un libraire local, je me souviens aussi que ce libraire local, en plus d’offrir un autre service de proximité à des horaires différents, contribue à baisser les impôts locaux via différentes taxes professionnels.
    Mais je ne suis pas encore soumis aux problèmes des MAPA, ceci explique cela, et l’obligation que j’ai de vérifier, de visu, la solidité physique et la pertinence des documents vis-à-vis de mon fonds. (sur catalogue, ça paraît souvent bien, la réalité n’est pas toujours à la hauteur)

    Tout ceci m’empêche pas de regarder partout, en toute liberté. (Et d’acheter de même.)
    Et de prévoir le jour où la « culture à la demande » l’emportera sur/ou complétera le livre proprement dit.

    Grâce à sophiebib.blogspot.com/2009/01/le-bien-et-le-mal.html, je mets deux nouveaux liens pour les vignettes utilisées par les américains :

    openlibrary.org/dev/docs/api/covers
    http://www.librarything.com/blog/2008/08/million-free-covers-from-librarything.php

    Ça prouve que dans une dizaine d’années, nous aurons une alternative aux vignettes Amazon.

    Bien cordialement
    B. Majour

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  16. Pour ma part, je pense que les biens culturels conservent, dans notre pays, une spécificité.

    Si tel n’était pas le cas, je ne comprends pas pourquoi il existe des endroits financés par la collectivité pour proposer ce type de biens en consultation sur place ou à domicile.

    L’argumentaire économique qui prévaut dans les commentaires de nicomo, bibliobsession et J. Puchol me semble anthymématique. Il y manque la « majeur ». J’aimerais bien savoir ce qui justifie, à leurs yeux, que les biens culturels relèvent encore (pour part) de prérogatives publiques.

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