Web social : de nouveaux usagers en bibliothèque ?

J’ai eu le plaisir de participer en août dernier à la conférence satellite de l’IFLA à Stockholm ayant pour thème « Marketing libraires in a web 2.0 world ». Voici la communication de mon intervention. La présentation est consultable en ligne ici.

Le monde de l’information et de l’accès à la connaissance connaît depuis quelques années un contexte de transformations intenses. En effet, la dématérialisation de l’information et le développement de l’accès à distance via internet participent à rendre les bibliothèques de moins en moins visibles. D’autant plus que la facilité d’utilisation des moteurs de recherche renforce chez l’usager un sentiment d’autonomie qui l’incite à se détourner des médiateurs traditionnels d’informations dont fait partie les bibliothèques. Un nouvel internaute usager s’affirme avec l’émergence du web social et son lot de nouveaux usages informationnels. Il n’est plus simplement un consommateur autonome d’information, il est aussi utilisateur de services web, producteurs d’informations et de métadonnées.

La légitimité des bibliothèques est elle acquise aux yeux des usagers ? (Par mkmabus. CC-BY-SA Source : Flickr)

Dans ce contexte la visibilité numérique des bibliothèques est brouillée. Ce constat découle aussi du fait que pendant longtemps, la raison d’être des bibliothèques et leur légitimité n’était pas à prouver, mais était considérée comme acquise. Les bibliothèques n’ont donc pas eu à justifier leurs activités sur le web. Désormais, cette légitimité est surtout évidente aux yeux des bibliothécaires, mais l’est nettement moins aux yeux du plus grand nombre[1]. Une légitimité écornée enfin par de très nombreux clichés négatifs liés au monde des bibliothèques[2] qui persistent et continuent d’être alimentés par les médias. Ainsi, pour le lancement en 2007 de sa nouvelle liseuse électronique « The Reader », Sony avait conçu un slogan provocateur « Sexier than a librarian », en ajoutant « Your library may vary », sous entendant que jusqu’à présent elle n’avait guère évolué et que l’on pouvait toujours l’espérer …. Légitimité et visibilité sont donc étroitement liées.

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La médiation numérique, un projet global de bibliothèque : l’exemple des Médiathèques du Pays de Romans – Symposium Bucarest septembre 2010

Fin septembre,  j’étais  à Bucarest où j’ai  participé au symposium international « Livre, Roumanie, Europe« .  J’intervenais plus particuliérement dans la section ayant pour thème « Francophonies et modernités dans les bibliothèques à l »ére du web 2.0« .  Une section coordonnée par Rejean Savard, professeur à l’EBSI, Université de Montréal et Chantal Stanescu, Bibliothécaire-dirigeante  de la Bibliothèque Publique Centrale pour la Région de Bruxelles-Capitale,  auxquels je renouvelle tous mes remerciements pour leur invitation.

Le programme était alléchant et a tenu toutes ses promesses tant par la qualité et l’homogénéité des interventions. Je retiens les propos d‘Eustache Megnigbeto de la République du Bénin, d’Amadou Anta Samb du Sénégal ou encore d’Ihmed Ksibi de Tunisie qui,  si ils sont convaincus de la nécessité d’élaborer et d’améliorer les services en ligne de bibliothèque,  nous ont rappelé que cela passe aussi par une incontournable information litteracy des usagers, des connexions internet et électriques pérennes et  l’accès à une information non censurée.  Un discours qui  nous raméne vers des problématiques bien plus pragmatiques et peut être essentielles. Merci à eux. Mon regard d’occidental avait besoin d’humilité.

J’ai apprécié aussi l’intervention de Jean phillipe Accart de la BU des sciences de l’université de Genève qui ouvrait le bal en expliquant ce qu’être un bibliothècaire dans un environnement numérique. Une intervention qui complétait à merveille celle de Marie Martel bibliothècaire dans le réseau des Bibliothèques de la ville de Montréal, et qui nous a décrit, entre autre, le dispositif mis en place dans ce réseau  pour forger « une culture de la médiation numérique » aux bibliothécaires.

Me concernant, j’intervenais pour défendre encore une fois le concept de médiation numérique en l’éclairant de l’expérience que nous menons dans les Médiathèques du Pays de Romans.

Ma présentation :

La bilbiothèque 2.0 co-construite avec l’usager au Forum des usages coopératifs à Brest

Du 30 juin au 2  juillet prochain se tiendra à Brest le 4ème Forum des Usages Participatifs. Cette édition a pour thème : « Innover et entreprendre ensemble »

Le Forum des usages coopératifs rassemble dans un carrefour d’échange des pratiques et des projets 400 acteurs-ice-s de l’internet et du multimédia impliqué-e-s autour de l’accès public, de la politique de la ville, des médias et cultures numériques, des collectivités publiques, de l’économie sociale, de l’action sociale, des observatoires d’usages, de l’éducation.

Lors de la dernière édition, j’avais animé un atelier avec Hubert Guillaud sur « l’Hyperlocal : animer la communauté en ligne ». J’en garde un très bon souvenir. Ce fut trois journées d’échanges passionnées et passionnantes et l’occasion de croiser IRL de nombreuses personnes que je suis en ligne.
C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai accepté l’invitation de Michel Briand à venir de nouveau animer avec mes collègues de la bibliothèque de Brest un atelier sur la bibliothèque 2.0. Il aura lieu le mercredi 1er juillet, l’après midi.

Je ne peux que vous encourager à venir nous rejoindre. Les inscriptions au forum sont ici

En attendant, voici la présentation  de cet atelier :

Le monde des bibliothèques connaît un contexte de transformations intenses avec l’émergence du web 2.0 et son lot de nouveaux usages informationnels. Un modèle Pro-Am s’affirme dans lequel les professionnels partagent des espaces collaboratifs avec des amateurs au sens noble du terme. Les services en ligne de bibliothèque tentent tant bien que mal d’intégrer ce modèle Pro-Am Afin de rester en prise avec ces nouveaux usages. En témoigne le développement ces dernières années des catalogues intégrant des fonctionnalités participatives.

Une participation des usagers plus théorique que réelle tant ceux-ci utilisent peu ces fonctionnalités participatives. En fait l’usager internaute nous attend ailleurs. L’enjeu pour la bibliothèque 2.0 est donc de savoir comment positionner ses ressources et son expertise informationnelle là où les usagers sont ? et surtout comment offrir des espaces de partage et de collaboration entre les professionnels et les usagers ?

Nous échangerons autour de la présentation de plusieurs expériences qui mettent l’accent sur la production participative de contenus et de services :

- L’indexation collaborative d’un fonds documentaire : Les tags des usagers dans le catalogue des Médiathèques du SAN Ouest Provence ; l’expérience extraordinaire de « Photos Normandie » sur Flickr où l’indexation du fonds photographique est faite par les internautes et sa mise en cohérence par les documentalistes ; les génnéanoteurs des archives municipales de Rennes où le dépouillement de l’état civil est au main des internautes avec la coordination des archivistes.

- L’usager producteur de contenu mettant en valeur les collections de la bibliothèque avec l’expérience du blog Everitouthèque dans les médiathèques du Pays de Romans, et celui des bibliothèques de Brest « on lit trop dans cette bibli » .

- la bibliothèque médiateur des contenus produits par les usagers d’un territoire avec l’ e-music box de la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges.

- Enfin nous ferons un voeu : libérer les données de la bibliothèque afin de permettre à l’usager de customiser les services de la bibliothèque : Réalisation d’ une cartographie d’un genre , d’une timeline ou encore d’un plugin .

La trame de l’atelier est en rien figé et si vous avez des suggestions à faire, elles sont toutes les bienvenues …. c’est aussi cela l’esprit du forum !

Un blog de bibliothèque n’est pas une île déserte

Parmi les outils numériques estampillés 2.0, le blog est certainement celui qui s’est le plus largement diffusé dans le monde l’info-doc. J’essaie de suivre avec attention les contenus qui sont publiées sur ces blogs via le portail Touti Frouti qui regroupe aujourd’hui un peu plus de 120 blogs de bibliothèques francophones. Le premier constat est que de plus en plus de bibliothèques utilisent ces blogs pour mettre en avant leurs collections par des contenus éditorialisés. Je me souviens qu’au lancement de Touti Frouti en 2008 la grande majorité de ces blogs parlaient de la vie de la médiathèque, de ses animations, de son programme culturel, avec quelques critiques et avis de documents. Le blog était surtout perçu comme un outil de communication alternatif, bien plus souple que le site institutionnel. Il le reste encore. Néanmoins il semble s’affirmer comme l’outil préféré des bibliothécaires pour faire de la médiation numérique des collections.

Ceci dit, une chose me frappe à la lecture de ces blogs : L’absence de liens au sein des billets proposés. Il est un indicateur – peut être le symbole – que beaucoup de biblioblogueurs – je n’ose pas dire bibliothécaires 😉 – n’ont pas conscience qu’écrire pour le web ça n’est pas écrire pour un imprimé. De ce fait l’écriture web est une compétence essentielle lorsque l’on se lance dans la médiation numérique. Certes, enrichir un texte de liens n’en est qu’un aspect, mais important car il le relie à la toile.

Ce lien peut être fait avec des articles internes au blog. Il s’agit de pointer vers un billet complémentaire ou encore proposer des passerelles entre les contenus. Cela peut être aussi un lien vers une ressource web externe que le bibliothécaire a validé et veut mettre en avant pour compléter son propos. Une vraie plus value à l’heure où beaucoup d’usagers internautes se perdent dans la jungle informationnelle et sont demandeurs de recommandations, de pistes à explorer.

Et les pistes ne manquent pas. Un lien vers la notice du document, vers le site de l’auteur ou vers la page Myspace d’un artiste qui propose des extraits en écoute, vers le site de l’éditeur BD qui propose quelques planches à feuilleter en ligne … Attention aussi de ne pas tomber dans l’excès inverse, et d’inonder les billets de liens ; ils sont aussi une redoutable incitation à la digression… Je n’ai pas dit que c’était simple.

En formation je cite souvent l’exemple d’Everitouthèque, le blog des médiathèques du Pays de Romans – un sujet que je connais plutôt bien ;-). Nous avons élaboré « un cahier des charges » sur l’écriture d’un billet. Chaque contributeur doit le respecter. La longueur du billet ne doit pas excéder la ligne de flottaison qu’est le bas de l’écran de l’ordinateur, il doit être signé, avoir un titre explicite, accompagné dans la mesure du possible de contenus multimédia et surtout  enrichi de liens. Si le billet proposé ne répond pas à 80 % à ce cahier des charges, il n’est pas publié. Ces figures imposées ont notamment apporté le « réflexe » d’une veille sur les thèmes ou auteurs que nous avons décidé de défendre via nos outils de médiation.

Autre avantage de l’hypertexte, le référencement – il ne fait pas tout, mais il y contribue fortement. Les robots de Google et consort indexent  le contenu des pages web en rebondissant de lien en lien. Pas de lien c’est a  fortiori se rendre moins visible. C’est faire du blog de la bibliothèque une île inconnue et déserte au milieu de l’océan web.

Il faut bien comprendre que nos blogs ne s’adressent pas seulement à l’usager de nos bibliothèques qui trouvera tôt ou tard l’adresse du blog sur nos supports de communication. Nous nous adressons aussi à des internautes qui ignorent certainement l’existence de blogs de bibliothèque mais qui sont persuadés qu’ils trouveront via un moteur de recherche des contenus sur leurs artistes ou livres préférés. L’enjeu est donc que les billets des biblioblogs apparaissent dans les pages de résultats des moteurs de recherche. Un billet est souvent la principale porte d’entrée à un blog.
Voici une petite anecdote dont je ne suis pas peu fier ! Des articles d’Everitouthèque qui proposaient des critiques d’albums d’Ilya Green se sont retrouvés sur la première page de résultats de Google, avant les notices de la Fnac et Amazon ! Évidemment cela n’aurait pas été le cas pour des critiques de Gavalda ou Dan Brown dont la force de frappe médiatique est énorme. Mais le choix de défendre des « auteurs alternatifs » accompagné d’une écriture web à certainement fait que nous avons pu nous faire une petite place sur ce territoire numérique.

J’aime dire que le territoire numérique est la nouvelle frontière des bibliothèques. Nous nous devons de participer à la médiation sur internet dont se charge essentiellement aujourd’hui les vendeurs et les grands médias. Mais faire de la médiation numérique  sans faire l’effort de compréhension des rouages de ce nouveau territoire n’a que très peu d’intérêt. Et voila que l’éternelle question de la formation des bibliothécaires à une culture numérique pointe son nez …

PS : que je ne vous surprenne pas en train de balancer à mes collègues de travail que je publie sur mon blog des billets qui ne répondent que partiellement au fameux cahier des charges …

« les sites web des bibliothèques : comment les faire évoluer pour les rendre plus vivants »

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NB : Ce billet est simultanément publié sur ce blog et celui de Silvère Mercier

La Bibliothèque de Limoges par le truchement du CNFPT Limousin (ou l’inverse) nous a demandé, à Silvère Mercier et moi-même, d’assurer 2 jours de formation les 19 et 20 novembre derniers sur le thème : « les sites web des bibliothèques : comment les faire évoluer pour les rendre plus vivants ». Intitulé-catalogue qui nous a permis de nous engouffrer dans la brèche ouverte par le mot vivant, en centrant la formation sur la démarche de médiation et d’animation de communauté sans proposer du tout un stage technique ou un catalogue de fonctionnalités en informatique documentaires.

Saluons l’excellent accueil qui nous a été fait par le personnel de la Bfm et tout particulièrement Nadine et Daniel qui outre une visite complète (jusqu’à la chaufferie) du magnifique équipement qu’est la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges. Ils ont même donné de leur personne pour nous emmener dans des bars et nous permettre de rencontrer d’autres biblioblogueurs et assimilés en buvant des litres de bières, notamment lors de ce terrifiant match de foot, gagné oh la main!

Bibliothécaires, si vous passez par Limoges, ne manquez sous aucun prétexte de visiter la bibliothèque et de vous reposer quelques instant dans le jardin d’hiver, qui vous fera instantanément comprendre que la bibliothèque est un troisième lieu. 🙂

A l’origine, il nous avait été demandé de faire deux interventions successives d’une journée chacun. Nous avons proposé une co-animation pour ce stage, c’est à dire un intervention tous les deux sur les deux jours. C’était la première fois que nous adoptions cette formule.

Pourquoi ?  Ce dispositif permet un meilleur encadrement des stagiaires pendant les TD et une plus grande interactivité avec le groupe. Intervenir à deux est moins stressant, permet de se passer la parole et d’être plus disponible pour les échanges avec les stagiaires.

Tout ça ne peut fonctionner qu’à condition d’être pleinement en accord sur les contenus de la formation, ce qui est bien entendu le cas avec l’ami Silvère ! En outre, cela suppose un découpage minuté de la formation. De ce point de vue nous pouvons être fiers de nous puisque le formation est rentrée dans le temps imparti et qu’à peu de choses près le minutage initial a été respecté ! Précisons que nous avions 95% du contenu issu de nos précédentes interventions et que l’organisation du stage, le montage des TD et le découpage nous a pris chacun environ 5 heures, ensemble par téléphone, et/ou seuls devant nos PC.

A l’usage des formateurs qui le souhaitent, nous mettons à disposition la carte heuristique sur laquelle nous avons travaillé. Soit dit en passant, cet outil (mindmeister) et ce mode de représentation (carte heuristique) sont sont révélés très efficaces pour préparer une formation, parce que très synthétiques et modulaires. Cette carte est placée sous licence creative commons, By-nc-sa, ce qui signifie concrètement que si vous souhaitez la réutiliser pour assurer une formation rémunérée (usage commercial) vous devez nous en demander l’autorisation.

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Vous constaterez que notre démarche est progressive : contexte général du numérique, des outils, des enjeux des pratiques la première journée et la seconde plus orientée vers la mise en œuvre concrète et les retours d’expériences dans les bibliothèques.

Nous avons eu affaire à des stagiaires très sympathiques, intéressés et déjà un peu connaisseurs du numérique du fait de leur fonctions en majorité des postes de « responsables de l’informatique documentaire » de bibliothèques de tailles variées (parfois de très petites bibliothèques). Merci à eux pour la qualité de leur participation. (et n’hésitez pas à nous écrire si besoin !)

Nous avions choisi de proposer une approche pédagogique participative. En effet nous avions volontairement le premier jour évité de livrer des solutions toutes faites. A l’issu du panorama général sur les médias sociaux et d’une introduction sur le triptyque fil rss, blogs, wiki, nous avons donc dit aux stagiaires : maintenant, imaginez que vous êtes chez les Bisounours, oubliez vos contraintes, proposez nous 5 dispositifs qui vous semblent répondre aux attentes des usagers par rapport à ce que nous venons de vous proposer.

Le résultat fut, il faut le dire, à la hauteur de nos espérances ! Il est étonnant de voir la qualité de ce que des bibliothécaires peuvent imaginer lorsqu’on essaie de provoquer une démarche d’innovation dans un cadre pédagogique, par groupes de 3 ou 4 en quelques dizaines de minutes. Nous vous livrons donc ce qui a été proposé par les stagiaires, il s’agit de la prise de note en temps réel par Lionel à l’écoute de la présentation effectuée par le rapporteur de chaque groupe :

Table 1

– Flux rss personnalisé : service après recherche
– Livres pop up : vidéo sur Daily Motion Trailer d’albums jeunesses
– Mutualiser les tags et les commentaires de toute la France du monde
– Lettres de retard et réservation par mail ou sms
– Service de resa. en ligne et livres dispos

Table 2

– Flux rss recherche + classement par date d’acquisition
– Googlemaps des collections liées à une animation ou une programmation culturelle
– Émerger automatiquement les documents de la collection liés à l’actu
– Moteur de recherche thématique

Table 3

– Conférences en ligne : streaming + archivées + rss thématique lié au sujet de la conf.
– Fil Rss nouveautés + podcast lectures HV
– Mutualiser les ressources de nos expériences – archivage dans une BD – ouvert aux communautés de pratique.
– Webservice réseau social du livre

Table 4

– Flux rss nouveautés
– Indexation sociale sur le catalogue
– Recommandations statistiques
– feedothèque
– Portail de bib personnalisable
– Réseau social de la bib en ligne autour du livre
– IM sur le portail

Notez que les stagiaires ont une nette tendance à mélanger ce qui relève du service (relancer les retard par email) de ce qui relève de la médiation numérique sur les contenus. Il est normal à ce stade de la formation que cette confusion existe. Notons aussi que la nécessité de mutualiser à un large niveau national les contenus rédigés par les bibliothécaires a émergé d’emblée !

Afin de ne pas rester sur des innovations déconnectées de la réalité, nous avons proposé le lendemain un second TD permettant d’introduire l’innovation dans son contexte sur le mode : prenez un des dispositifs énoncé hier et mettez-le en œuvre dans une bibliothèque. Nous avons fait immédiatement suivre ce TD d’un retour de nos expériences en insistant sur les nécessité de légitimer, la démarche, les outils, les fonctions dans nos contextes respectifs. Nous avons en outre pris un peu de distance en liant la démarche à la mise en œuvre de politiques documentaires.

Là encore, résultats très intéressants, à partir desquels nous avons insisté sur différents aspects d’un projet de médiation numérique. Intéressant de constater que la notion de validation des contenus est très clairement ressortie, alors que la nécessité d’un coordinateur n’a pas été clairement identifiée… Attention, ne vous formalisez pas sur les détails, il s’agit d’une prise de note rapide.


Table 4

– Implication du personnel – Collection de fil RSS organisée par secteur – Coordination par un comité – pas nécessairement le chef de secteur.

Table 3

– Pbq de la validation des contenus (responsable de section – coordinateur- directeur …).
– Organisation du temps
– Volontariat ? Obligation ? Par intérêt ? Thématique hiérarchique.

Table 2

– Ouverture à tous les biblioacteurs
– Avis des lecteurs – mp3 – Podcast
– Pbq de la mobilisation

Table 1

– Formation interne- sensibilisation
– Comité de pilotage ( représentation par secteur sur la base du volontariat + DSI + Dir de com ) : réflexion sur la médiation numérique + un cahier des charges

Voici donc le support que nous avons utilisé. C’est un gros diaporama de 250 slides, lui aussi placé sous licence creative commons By-nc-sa. Remerciements en particulier à François Guillot pour nous avoir autorisé à reprendre son diaporama sur les dynamiques communautaires.


D’un point de vue plus large, il est clair que le monde des bibliothèques évolue ! Aujourd’hui, la demande porte de moins en moins sur l’alphabétisation numérique (qu’est-ce qu’un fil RSS, un blog, un wiki) que sur les enjeux et des conseils de mise en œuvre concrète. Il me semble urgent que les directeurs de bibliothèques (qui sont rarement dans ces formations, hélas) réalisent que la médiation numérique est une fonction à temps complet… Au même titre qu’il est devenu évident de créer des postes de « responsable de la politique documentaire », il me semble que l’avenir est au développement de « responsable de la médiation numérique » dans les organigrammes des bibliothèques. Il y aurait d’ailleurs un intéressant travail de développement d’une communauté de pratique spécifique aux « médiateurs numériques en bibliothèque ». A suivre…


Table 4

 

– Implication du personnel – Collection de fil RSS organisée par secteur – Coordination par un comité – pas nécessairement le chef de secteur.Table 3

 

 

– Pbq de la validation des contenus (responsable de section – coordinateur- directeur …).
– Organisation du temps
– Volontariat ? Obligation ? Par intérêt ? Thématique hiérarchique.Table 2

 

– Ouverture à tous les biblioacteurs
– Avis des lecteurs – mp3 – Podcast
– Pbq de la mobilisation

Table 1

– Formation interne- sensibilisation
– Comité de pilotage ( représentation par secteur sur la base du volontariat + DSI + Dir de com ) : réflexion sur la médiation numérique + un cahier des charges

A lire « L’usager au coeur des bibliothèques 2.0 » par Claire Oggioni

Je ne peux que vous encourager à lire ce mémoire principal de Littératures françaises, Monde du livre soutenu par Claire Oggioni à l’Université de Provence d’Aix en Provence. Nous avions longuement échangé lors de ses recherches.

Son auteur présente son travail : « Ce mémoire de recherche s’appuie à démontrer ce que le Web 2.0 contribue à changer dans la relation des bibliothèques et des bibliothécaires à leurs usagers. « L’usager au cœur des « bibliothèques 2.0″ : Analyse interdisciplinaire d’une mutation en cours » est donc une analyse ciblée de la révolution en cours dans les bibliothèques ! »

La troisième partie de ce mémoire intitulée « L’usager acteur de la bibliothèque 2.0 » est à lire absolument si l’on veut se mettre à jour sur ces problématiques. C’est à lire ici

bib20

Voici un extrait de sa conclusion :

Les internautes ont gagné le pouvoir d’agir sur le Web grâce à de nouveaux outils techniques, dont les usages se sont généralisés, et dont les effets sur l’intelligence n’ont pas fini d’être étudiés. Un rejet général des autorités intellectuelles, ainsi que des intermédiaires médiatiques donne aux usagers à la fois l’exigence d’être servi au mieux en tant qu’ individu et l’envie de participer et de construire ensemble de nouveaux projets. Les usagers des bibliothèques s’attendent à être servis, mais sont également prêts à partager, à participer et à collaborer avec les professionnels des bibliothèques.

Pour cela, les bibliothécaires doivent avoir compris ces nouvelles attentes, non seulement pour répondre au besoin des « digital natives », au besoin des usagers- internautes, mais également pour répondre aux besoins de la société : la bibliothèque se déterritorialise et expérimente de nouveaux espaces dont les règles sont différentes, mais dont l’influence sur les usages territorialisés de l’espace physique est majeure. Une prise de conscience donc, mais également un nouvel état d’esprit : être prêt à servir les usagers au mieux plutôt que de concentrer d’abord ses efforts sur la gestion d’une collection pour ensuite la rendre accessible et attrayante, être prêt à partager un pouvoir (celui de construire le patrimoine, de le mettre en valeur, de créer de nouveaux services, de devenir conseiller…) La notion de médiation se rééquilibre donc dans une nouvelle démarche professionnelle orientée-usager qui ne se focalise plus sur la manière d’amener l’usager vers des collections acquises sur des critères de qualité, qui ne discrimine plus l’intelligence et les contenus que peuvent apporter les usagers, mais qui permet une meilleure communication entre usagers et bibliothécaires, ainsi que la rencontre entre une offre et une demande.

Petit bémol sur ce dernier point. La médiation se doit de proposer de nouvelles orientations, de nouveaux parcours au sein des collections acquises sur des critères de qualité – j’insiste sur ce qualificatif – élaborés en collaboration avec les usagers. Une co-construction des parcours et des contenus. C’est ce que développe par la suite Claire Oggioni.

Ceci en développant de nouvelles compétences qui permettent à la bibliothèque de ne plus seulement proposer des services documentaires, mais également des services non-documentaires culturels, éducatifs et sociaux qui soient au centre des attentes des usagers. Comment ? Par sa participation, sa collaboration et parfois en co-créant de nouveaux services et contenus qui peuvent être profitables à tous !

Et parmi ces nouvelles compétences, l’animation de communautés d’intérêt ! A quand un community manager dans l’organigramme des bibliothèques 😉

L’expression « Web 2.0 », d’ouvrir la porte d’une réflexion professionnelle collaborative qui concerne tous les aspects du métier : la place de l’usager, la fonction d’une bibliothèque, les compétences attendues du bibliothécaire. Mais pas seulement. Car de nombreuses bibliothèques se déclarent aujourd’hui « 2.0 » : certaines parce qu’elles ont expérimenté l’usage des « outils 2.0 » dans leurs pratiques professionnelles, d’autres parce qu’elles expérimentent un nouveau modèle de bibliothèque, dont la médiation numérique est devenu une des missions essentielles. Quel est leur point commun ? Elles ont toutes commencé une transformation qui les place dans une nouvelle situation spatiotemporelle : les « bibliothèques 2.0 » s’ouvrent aux usagers, aux usagers-internautes et aux internautes du monde entier, donnent la parole aux usagers, leur permettent d’agir et s’ouvrent à l’expérimentation permanente, à la mise à jour collaborative.

Se débarrasser de la culture de la perfection et ouvrir les portes de l’expérimentation afin d’occuper au mieux la nouvelle frontière de l’info-doc … les territoires numériques !

Ce qui suit est le cœur des défis que nous devons relever :


Le bibliothécaire devient donc un élément essentiel du changement
: la bibliothèque s’humanise et les bibliothécaires doivent devenir des accompagnateurs personnalisés, des animateurs et des gestionnaires de projets : mais aussi des experts techniques qui savent jouer des effets de réseau, des sociabilités autour du livre et de l’audience marketing nécessaire à leur présence sur le Web, un nouvel espace dont les règles sont à apprivoiser, pour mieux concurrencer la puissance dangereuse des sociétés à l’origine de nombreux « services 2.0 », et ainsi proposer autre chose. C’est là que les bibliothécaires peuvent mettre en valeur la plus-value de leur expérience professionnelle dans le tri, la sélection et la mise en valeur des collections, mais aussi tout simplement de l’information : dans un espace qui corresponde au lieu social et convivial attendu par les usagers. Les nouveaux services développés par les bibliothèques, qu’ils soient « 2.0 » (blogs, cartes collaboratives, portails de veille, widgets de recherche, recommandations des usagers…) ou pas (services de question-réponse, lettres d’information et contenus créés par les bibliothécaires…) permettent de mettre l’usager au cœur, non seulement des préoccupations des bibliothécaires, mais surtout du fonctionnement même des bibliothèques. La « bibliothèque 2.0 », si elle est déjà publique parce qu’elle est ouverte au public, a vocation de devenir publique, parce qu’elle sera au service des publics, collaborera avec les publics et même sera construite par les publics.

Le web n’est en rien un concurrent embarrassant et traumatisant. Ce média est une chance pour réaffirmer l’expertise des professionnels de l’info-doc dans l’accompagnement de l’internaute usager au sein de la jungle informationnelle. Et cela sera d’autant plus vrai si la bibliothèque accepte de ne plus miser seulement sur son identité numérique institutionnelle mais aussi sur son incarnation en ligne via des personnes ressources. Regardons du côté de Lille et des Geemiks !

L’usager ne doit pas cependant devenir « roi », ni les professionnels devenir de simples « prestataires de services », ils ne doivent pas abandonner les savoirs et savoirs-faires qu’ils ont développés au cours des siècles : la société en a plus que besoin face aux nouveaux enjeux de la surinformation (et de la « mal-bouffe » informationnelle) et les problématiques de mémoire et de conservation sont plus que jamais d’actualité…

La « bibliothèque 2.0 » n’en est qu’à ses débuts, il se peut qu’elle change de nom en cours de route… Mais la « bibliothèque 2.0 » est une mutation en marche qui place la bibliothèque comme carrefour des savoirs, dans lequel tous peuvent amener leur pierre à l’édifice, car chaque personne est experte, critique, ou artiste et peut contribuer à un savoir collectif, en constant mouvement : un savoir qui ressemble de plus en plus à la réalité sociale et cognitive des individus… Il existe un juste milieu entre refus du changement et déterminisme technique : il suffit de s’ouvrir, proposer, créer, échanger… vivre !

Et qu’on se le dise ….

Le catalogue 2.0 ou le mythe de l’usager participatif ?

Le catalogue 2.0 s’ouvre à l’usager … Enfin, certain me diront. Ce catalogue 2.0 donne la parole à l’usager qui peut commenter une notice, attribuer une note à un document ou encore lui associer un tag … Ces  métadonnées générées par les usagers viennent enrichir la base bibliographique constituée par les bibliothécaires. En théorie. Dans la pratique force est de constater que les usagers utilisent très peu ces fonctionnalités participatives. Cette absence de masse critique est un vrai problème car un service participatif ne trouve son intérêt que si le nombre d’utilisateurs augmente. Quels seraient les freins à cette participation ?

L’obligation de se loguer pour participer ? Effectivement cette obligation présente un double inconvénient : celui de se couper des visiteurs non inscrits et surtout de casser la dynamique d’une navigation au hasard dans les collections – s’il en est !
Oui mais
. Si nous regardons le catalogue de Saint Herblain qui est totalement ouvert nous  ne pouvons que constater la faiblesse du nombre de commentaires.

La non mise en valeur des contenus produits par les usagers ? Nous pointons là,  l’une des grandes faiblesses de nos catalogues de nouvelle génération. Dans son livre « Le catalogue de la bibliothèque à l’heure du web 2.0 « , Marc Maisonneuve indique que si huit opacs sur dix  proposent la participation des usagers, seul quatre sur dix  intègrent dans les résultats de recherche les commentaires ou encore les tags laissés par les visiteurs. En outre, très peu de portails de bibliothèque font remonter les avis des usagers dés la page d’accueil.  Peu de commentaires donc et de surcroît invisibles.
Oui mais.
The Hennepin County Library propose un blog dans leur Bookspace qui agrège tous les avis déposés par les usagers sur les notices du catalogue. Un formidable outil de médiation numérique et de sérendipité. Mais à mieux regarder, on s’aperçoit qu’en moyenne seulement huit commentaires par  mois sont déposés sur le catalogue ! C’est bien peu sachant qu’il n’est pas nécessaire de s’identifier pour commenter ….

La non participation des bibliothécaires aux même ? Comment inciter l’usager à participer sur le catalogue si nous même nous ne nous donnons pas la peine de contribuer à la discussion. Je le regrettais déjà sur ce billet.
Oui mais.
A Romans sur Isère, toutes les critiques produites dans la médiathèque apparaissent sur les notices sous forme de commentaires et d’ appréciations. Cela représente une quinzaine d’avis de bibliothécaires chaque semaine. Et pourtant les commentaires et recommandations des usagers sont très rares !
J’aurai pu ajouter à cette liste une ergonomie rédhibitoire des fonctionnalités participatives de certains catalogues. Oui mais … 😉

Qu’est ce qui cloche alors ? Pas grand chose. Un catalogue de bibliothèque qu’il soit 1.0 ou 2.0 reste un catalogue de bibliothèque.  C’est à dire un outil de recherche documentaire ….. bien loin de l’univers numérique quotidien de l’usager internaute habitué à commenter sur les blogs, à taguer sur dailymotion ou à réagir via twitter. Un usager de bibliothèque qui veut participer nous attend ailleurs. Sur ce point, je vous renvoie aux billets de Silvère Mercier, de Bertrand Calenge ou encore de  Xavier Galaup.

Un catalogue 2.0 est donc vain ? Non, car les fonctionnalités dites 2.0 augmentent l’utilisabilité du catalogue. Un mieux pour l’utilisateur 1.0 et peut être une meilleur compréhension de celui ci pour l’utilisateur 2.0.
Oui, si  nous continuons à penser  le catalogue comme un simple réceptacle d’avis, d’appréciations et de tags. Des fonctionnalités participatives qui sont au final assez  prescriptives. La participation ce n’est pas simplement « permettre », c’est aussi aussi donner la possibilité de « penser avec » et de « construire avec ». Il faut donc s’en donner les moyens. Ainsi,  Un catalogue totalement ouvert où ses données sont libérées et donc disséminables donne toute liberté à l’usager qui le désire de se le ré-approprier. Réalisation d’une cartographie d’un genre pour l’un, d’une timeline pour l’autre ou d’un plugin pour celui ci. Au final des usages de nos silos de données totalement customisés et qui profitent à toute la communauté des usagers lecteurs – tangibles ou virtuels – et surtout à la bibliothèque.

J’entends déjà la remarque qui tue du fond de la salle : C’est bien beau tout cela mais au final nous allons perdre le contrôle des usages de notre catalogue. Et pourquoi pas ?