La veille apprivoisée #9 : la fin des libraires, des espaces émergents et une « washing machine »

Espaces - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

La fin de la librairie : Pourquoi nous sommes-nous détournés des librairies ? – La Feuille

Deux billets remarquables d’ Hubert Guillaud sur la fin – annoncée ? – de la librairie. Dans un premier article Hubert démontre que ce n’est pas  l’internet qui a tué la librairie mais

« plutôt les conditions commerciales imposées par la distribution, qui impose aux petits magasins de proximités que forment le coeur de la librairie, des conditions commerciales de plus en plus semblables à celles qu’elle accorde aux grandes surfaces (GS) et aux grandes surfaces spécialisées (GSS). La librairie est le commerce de détail qui a la marge la plus faible : on comprend que ce soit pour beaucoup d’entre eux, intenables. » 

Mais la transformation des pratiques commerciales, n’explique pas à elle seule les difficultés des libraires. Celles-ci reposent  aussi dans les transformations de nos pratiques culturelles. C’est tout le propos du second billet « Pourquoi nous sommes-nous détournés des librairies ? « .

Qu’on s’en désole ou qu’on s’en félicite, nos modalités de consommation, à l’heure de l’hyperconsommation […]  me semblent également à prendre en cause. Nous n’avons plus le même rapport à la culture, à l’écrit, qu’il y a 30 ans, date de l’instauration de la loi sur le prix unique du livre. Le livre est devenu un produit de l’industrie culturelle comme les autres, que nous ne consommons plus de manière isolée – pour ceux qui le consomment encore.

S’il reste encore des gens qui ont la culture de l’imprimé et uniquement de l’imprimé, les plus gros lecteurs sont devenus des gens aux pratiques culturelles multiples, qui ont intégré les écrans dans leurs modes de consommation culturelle. Pas les libraires.

Un passage m’a particulièrement frappé :

‎La proximité physique et le conseil, les deux vertus de la librairie ne sont plus de mises. Visiblement, le confort de l’algorithme et de la sérendipité leur suffit largement ! Le lecteur occasionnel est devenu autonome. Il a largement le choix dans ce qu’il veut lire et il est peu probable que l’élitisme de la librairie se retrouve en adéquation avec ce type de lecteur. Le conseil des moteurs de recommandations, aussi imparfait soit-il, est parfois bien plus riche que le regard condescendant d’un libraire ou son conseil qui tombe à côté. La complexité des mobilités et des parcours d’achats, rendent peut-être aujourd’hui plus facile, pour des consommateurs occasionnels, un achat groupé avec d’autres achats ou une commande sur l’internet, que de passer à la librairie du bas de la rue. »

Un constat que l’on peut appliquer aussi aux bibliothèques.

Un billet à lire absolument et qui a le mérite d’appuyer là ou ça fait mal …

– Espaces émergents, nouvelles pratiques et bibliothèques publiques – Vincent Chapdelaine. 

Une présentation incontournable de Vincent Chapdelaine qui s’interroge sur ce qui doit caractériser une bilbiothèque publique en tant qu’espace.

« De nouveaux modèles d’espaces physiques, ouverts sur la communauté et favorisant la collaboration et l’apprentissage, sont en émergence partout dans le monde, dont à Montréal. Alors que des projets de coworkings, fablabs et living labs sont en développement, d’autres propositions, comme le Uni à New York et l’Atomized Library, remettent en question de manière radicale le modèle des bibliothèques publiques. En parallèle, de nombreux cafés de quartier se transforment naturellement en espaces conviviaux d’étude, de travail et de tenue d’événements de partage de connaissances: rencontres littéraires, universités populaires, conférences, microconférences et anticonférences.
Toutes ces initiatives ont en commun de répondre, sans trop en avoir conscience, à une mission traditionnellement associée à celle des bibliothèques publiques, soit celle de garantir un accès démocratique à la connaissance au sein de communautés locales. Elles ont également pour effet de transformer le visage des villes, en favorisant l’émergence de nouveaux lieux et en transformant ceux, existants, qui démontrent une compréhension des codes d’une culture fortement en phase avec le numérique, sensible à l’importance du design et de l’expérience sociale.

Cette conférence se veut une introduction à cet écosystème d’espaces et de pratiques émergentes, illustrés par plusieurs projets concrets en cours à Montréal et ailleurs. Nous poserons également la question suivante: quels rôles les bibliothèques publiques, et les professionnels de l’information, peuvent-ils et devraient-ils jouer dans ce nouvel environnement? « 


– “Washing Machine” : une collection pour lire et comprendre le web – InternetActu.net

InternetActu.net lance chez Publie.net  “Washing Machine” une collection de livres numériques cherchant à changer notre regard sur les enjeux du numérique, au croisement des technologies et de leurs usages. A priori, la collection accueillera 8 à 10 titres par an, pour l’essentiel provenant de contenus publiés sur InternetActu.net.

Les deux premiers titres de “Washing Machine” s’intitulent Comprendre l’innovation sociale et Est-ce que la technologie sauvera le monde ?

Longue vie à la Washing Machine !

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La veille apprivoisée #6

Révolte - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Des bouquins, pas des bombes : les bibliothèques du peuple – Bibliomancienne

Marie D. Martel met en perspective quelques articles publiés sur le mouvement des indignés insistant sur  » la présence de bibliothèque dans les sites d’occupation. Ces bibliothèques y jouent plusieurs rôles stratégiques : elles contribuent à la légitimation du mouvement Occupy, elles participent à la fondation de la communauté des indignés et elles nous entraînent à repenser notre conception de l’accès au savoir et à l’information ainsi que nos modèles de la bibliothèque. » 

Parmi ces articles j’attire votre attention sur celui de Barbara Fister publié sur The Library Journal, « Why the Occupy Wall Street Movement Has Libraries« . Un article remarquable.

« Le mouvement des « Wall Street Occupers » s’est rapidement doté d’une bibliothèque et non pas parce qu’il y avait un besoin d’information. Avec Google, Twitter, Facebook et divers sites de streaming vidéo, le mouvement est inondé d’informations. C’est plus un moyen de définir la communauté à travers une forme culturelle et significative de partage, de se passer physiquement les livres d’une main à l’autre. Il faut convaincre les gens que créer des bibliothèques de prêt comme celles-ci dans des lieux publics s’est envoyer le signal que partager des livres est un acte important, quelque chose qui fonde une communauté. »

Ces  bibliothèques publiques « clandestines » s’étendent à Boston, Los Angeles, Seattle, San Francisco, Portland, Dallas  et désormais Montréal comme nous l’indique Marie D. Martel dans le billet cité ci dessus. Et en France ? A partir du 4 novembre les indignés occupent la Défense. Et si une bibliothèque du peuple s’y installait …

Digital Content Frustration – Sarah Houghton

Sarah Houghton est une bibliothécaire américaine engagée. Dernièrement elle condamnait l’accord overdrive/Amazon, ici elle nous offre un plaidoyer anti-DRM. « Les DRM n’empêchent pas le piratage, ils sont discriminatoires, augmentent les coûts, rendent difficile la préservation. Les DRM sont anti-bibliothèque. Dites non aux éditeurs qui en profitent. Dites non au contenu avec DRM ! ».

Sarah Houghton fait connaitre ses engagements nos seulement sur son blog, mais aussi lors des conférences qu’elle donne comme ici au colloque Internet Librarain 2011. J’aime cette forme de militantisme …

 Non à la ligne claire ! – Dominique Lahary.

En écho à tout ce qui est pointé supra. « L’essentialité de la bibliothèque est, ces temps-ci, fréquemment brandie en réaction à la notion de bibliothèque 3e lieu où pour condamner l’introduction du jeu vidéo. Tels les fixistes niant l’évolution des espèces, on trouve toujours des gens pour prétendre que l’essence de la bibliothèque précède son existence. Heureusement que nous sommes nombreux à passer outre. Ce qui menacerait la bibliothèque, ce serait sa fixité. « 

– Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ? – Affordance.info

A l’heure de l’industrie de la recommandation et des moteurs prescripteurs, la vigilance des professionnels de l’information est absolument indispensable.  » Demain. Chercherons-nous pour retrouver ce que nous ou nos « amis » connaissent déjà, permettant ainsi aux acteurs du secteur de vendre encore plus de « temps de cerveau disponible » ? Chercherons-nous simplement pour acheter, pour consommer et pour affiner le modèle de la base de donnée des intentions ? Ou pourrons-nous encore chercher pour découvrir ce que nous ne savons pas (au risque de l’erreur, de l’inutile, du futile) ? « 

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La veille apprivoisée #5

Pink Head - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

– Choisir, acheter une liseuse – Le tiers livre

Une synthèse pour franchir le pas. Les bibliothécaires doivent ABSOLUMENT lire ce texte de Francois Bon ! Les commentaires sont passionnants et passionnés

– Libraries Got Screwed by Amazon and Overdrive – Librarian in black

Le point de vue de Sarah Houghton, concernant l’accord Overdrive/Amazon et les bibliothèques publiques.  » Overdrive a essentiellement permis à Amazon de vendre leurs livres sur le Kindle de nos abonnés. Et ce sont les bilbiothèques et l’argent public qui lui ait alloué qui paient pour ce privilège. Et qu’en est-il de la confidentialité des données de nos usagers utilisateurs ? Overdrive n’a pas jugé bon de s’expliquer ». Ne signez pas automatiquement les contrats que l’on vous tend, faites savoir votre désaccord avec ces méthodes, mieux rejetez le deal !
Ce billet a secoué la biblioblogosphère américaine. Le meilleur est ici.

La représentation des bibliothèques au cinéma – Bibliothèque numérique de l’Enssib

Comment les bibliothèques apparaissent au cinéma, via l’examen de trois grandes thématiques : la mise en image du lieu, ses habitants (bibliothécaires, usagers, protagonistes se rendant à la bibliothèque), les rôles qui lui sont dévolus. Une interrogation sur la représentation de la lecture, de la profession de bibliothécaire, de l’usager légitime.
En écho la présentation de Pascal Siegel et cette communication de Marianne Pernoo. Les italiens travaillent aussi sur ce thème – Merci Sabrina Bombassei 😉

– Le « trésor de guerre » de Google Books – Frédéric Kaplan

Le taux d’ouvrage soumis au droit d’auteur est de 80% des fonds de Google Books. 20% des ouvrages sont libres de droits. « Une composition donc bien différente de celle de Hathi Trust, Gallica et Europeana qui ensemble approchent les 10 millions de titres numérisés mais provenant uniquement du domaine publique. Le coeur de la base de Google Books est donc bien constitué par des livres récents, exploitables commercialement. Pour reprendre les expressions d’Alain Jacqueson, viendra bientôt le temps de la « grande négociation » où Google Books devra monnayer globalement ce « trésor de guerre fabuleux », engrangé grâce à la bienveillance des bibliothèques. »

Lionel Maurel précise en commentaire sur mon profil Facebook : « Erreur ! HahtiTrust ne contient pas uniquement des ouvrages du domaine public, mais les copies des ouvrages scannés par Google Books et versés par certaines bibliothèques partenaires, et notamment celles comme la bibliothèque de Michigan, qui ont permis la numérisation d’oeuvres sous droits. 😦 »

– Libérez les soupes ! – S.I.Lex

‘Participer au festival de la soupe à Brest et publier les recettes sous licence libre sur un portail dédié au sein de WikiBrest, l’encyclopédie collaborative locale du pays de Brest. Quel meilleur exemple que celui des recettes de cuisine pour faire toucher du doigt ce qu’est la notion de biens communs, à travers la mise en partage et la transmission des connaissances ? »

– Espace média ou le nouveau récit technologique des bibliothèques – Marie D. Martel

« La bibliothèque est plus qu’un lieu, c’est un projet, un espace de création de liens, un incubateur social, une coopérative du futur pour des citoyens et des communautés, pour plus d’accès et de participation à la culture et au savoir ».

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La veille apprivoisée : une revue de web en info-doc

Portrait of - Par pedrovezini. CC-BY-SA Source : Flickr

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Je tiens à remercier Bibliomancienne de m’avoir donné en publiant sa nanoveille la clef d’une diffusion durable et capitalisable de ma veille.

– Médiabitus : devenir médiateur numérique au quotidien

Comment identifier rapidement et efficacement une communauté d’intérêt pour y entrer ? Comment recommander ses trouvailles efficacement, éclairer des choix, devenir un médiateur identifié sur un thème, concrètement ? Mediabitus !

– Pour des collections numériques appropriables

Questionnements actuels autour de la place des collections dans le nouvel environnement numérique. L’occasion d’imaginer ce que pourra être la façon de se construire une culture pour les futures générations de digital natives.

– L’indexation est-elle soluble dans le(s) bouton(s) ?

 » Mais là où les folksonomies créaient une valeur / valorisation documentaire partageable par tous et accessible à chacun, les boutons improprement désignés comme boutons « de partage » laissent toute la valorisation, toute la thésaurisation à la seule discrétion des sites hôtes (Google pour le +1, Facebook pour le Like, etc.). Ce partage là est l’avatar d’un libéralisme cognitif qui vise à mettre à disposition de quelques-uns l’usufruit du labeur documentaire de chacun d’entre nous  »

– DRM: près de 200 éditeurs disent non (Aldus – depuis 2006)

« Le chiffre des éditeurs NO-DRM a presque doublé, c’est désormais presque 200 éditeurs qui ont compris les problèmes dans l’interprofession et surtout le respect, la confiance qu’ils devaient à leurs propres lecteurs. Libérons nos livres. »

– Pays-Bas : La gare de Harleem s’équipe d’une bibliothèque ActuaLitté – Les univers du livre

« les gens veulent lire, mais il n’ont pas le temps d’aller à la bibliothèque » A Harleem à 20 km à l’ouest de Amsterdam se trouve une gare, qui offre aux usagers de pouvoir emprunter un livre, pour leurs trans ports quotidiens. Un belle application du concept de la « bibliothèque atomisée« .

– Amazon lance le prêt en bibliothèques de livres pour Kindle  

Amazon permet désormais d’emprunter des livres électroniques pour son Kindle via le site Internet de 11 000 bibliothèques américaines, en bénéficiant des fonctionnalités de notes et de marquages de l’appareil. Amazon transforme les bibliothèques en librairies…

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Des documents, des contenus, des machines, des hommes et des QR codes

 

Inventé au japon en 1994, le QR code est sous licence libre depuis 1999 - (Par jory. CC-BY-SA Source : Flickr)-

Voila plusieurs semaines que je réfléchis à la possibilité de mettre des QR codes sur les documents empruntables dans les Médiathèques du Pays de Romans. Pour alimenter ma réflexion,  j’ai écrit ce petit mémo. Rien de très nouveau dans le propos. Un état de l’art et quelques éléments de perspective. Juste pour partager.

Qu’est ce qu’un QR code ?

Quick Reponses code, QR code, est un code barre 2D qui prend la forme d’un pictogramme et qui peut être lu par un lecteur dédié  ou un smartphone. Il a l’avantage de pouvoir stocker plus d’informations qu’un code à barres traditionnel telles que des URL,  un fil rss, du texte, un numéro de téléphone, une adresse courriel, un sms ou encore une vidéo.

Les avantages du QR code sont nombreux. Il est simple à déployer, puisqu’il suffit de l’imprimer. Il s’adapte donc à tout type de supports. Le décodage est rapide même si le code est très dégradé. Il est non- intrusif puisque l’action de décodage est à l’initiative de l’utilisateur. Enfin il est peu onéreux, de nombreux générateurs de QR codes sont disponibles en ligne gratuitement. Il existe même des extensions QR code pour Google Chrome.

L’intérêt principal de ces codes 2D, est qu’ils permettent de créer des passerelles entre des supports tangibles et des contenus numériques. Il suffit de scanner avec son smartphone le code pour être redirigé vers le contenu associé. Très populaire au Japon, ils commencent à se répandre en France. Nous croisons régulièrement des QR codes dans les magazines, sur les affiches et quelques livres papiers. Rappelons l’expérience de l’hyper Livre de Jacques Attali « Le sens des choses » paru en 2009.

En outre, les chiffres d’audience de l’internet mobile en France du quatrième trimestre 2010 dévoilés ces derniers jours par Médiamétrie font ressortir une véritable appropriation de l’internet mobile par les utilisateurs : il y a désormais 15,5 millions de mobinautes en France sur 43,4 millions de personnes équipées de téléphone mobile. En un an, 3,3 millions de Français supplémentaires ont été séduits par la possibilité d’accéder à de nouveaux services et contenus médias à partir de leur téléphone. L’internet mobile n’est plus une histoire de Geeks.
Est-ce une raison suffisante de croire qu’il est temps pour les bibliothèques françaises de s’emparer plus massivement des possibilités offertes par les QR codes ?

 

Le site mobile d'un bibliothèque canadienne en vitrine - (Par T-Robertson. CC-BY-SA Source : Flickr)

QR code en bibliothèque : documenter la réalité.

Quelques bibliothèques françaises ont tenté l’expérience. Mais il est très difficile de les repérer. J’ai touvé quelques bribes d’informations au détour de commentaires laissés sur des blogs ou sur les réseaux sociaux. Il est regrettable de ne pas avoir une page dédiée à ces expérimentations francophones sur bibliopedia – oui je sais, je n’ai qu’à la créer au lieu de raler ;-).  Par contre je vous encourage à consulter cette page du wiki libsucces.org qui référence des expérementations menées dans des bibliothèques essentiellement nord américaines.

[MAJ] : lire l’expérimentation de la Bibliothèque municipale de Toulouse sur le blog de Michel Fauchié.

Disséminer des informations pratiques

Le premier de ces usages est de donner accès à des informations d’ordre pratique :   les heures d’ouverture, les informations de contact de la bibliothèque ou des bibliothécaires, l’adresse du site de la bibliothèque… Vous aurez remarqué que ces codes peuvent aussi bien être lus sur un écran que sur un support papier. D’autres les utilisent pour offrir une visite virtuelle de la bibliothèque. Ainsi la BU de la Brigham Young University  propose un « audio tour » de la bibliothèque en ayant disséminé des QR codes à tous les étages du bâtiment. Ou encore la Lawrence University Seeley G. Mudd Library dont les pictogrammes renvoient vers un guide d’orientation en ligne. Plus original, ce jeu de piste élaboré par la Lafayette College Library pour apprendre aux étudiants de première année à bien utiliser le service.
Thomas Chaimbault signale sur son blog l’initiative de la Barton College Library qui a créé un tutoriel vidéo expliquant l’utilisation de la photocopieuse via un QR code collé sur l’appareil. Enfin, la possibilité de réserver une salle de travail en scannant le code placardé sur la porte de celle-ci dans la George Fox University Library.

Disséminer les usages documentaires

Certaines bibliothèques ont fait le pari de faciliter l’usage des services documentaires via ces codes barre 2D. La bibliothèque du Dundee Collège en Grande Bretagne propose des marques pages sur lesquels figurent des QR codes permettant d’aller prolonger en ligne ses prêts ou d’accèder à son compte emprunteur. L’université de Technologie de Sidney propose un guide pour apprendre à utiliser le catalogue. Voir aussi les propositions d’Etienne cavalié sur son blog, notamment une passerelle vers le service de référence Rue des Facs ou encore une incitation à réserver un livre absent des rayons.
Les QR codes sont aussi utilisés pour enrichir le catalogue. Je vous renvoie vers le billet de Silvère Mercier qui décrit l’expérimentation de codes barre 2D  au sein des notices du catalogue de la bibliothèque universitaire de Bath.

Documenter « les objets culturels »

Un billet dans lequel Silvère pointe ce qui est à mon avis l’immense potentiel des QR codes, à savoir documenter les « objets culturels » disponibles dans nos bibliothèques. Les possibilités sont infinies. La BFM de Limoges nous donnes des pistes avec cette vidéo publiée sur Youtube. En vrac.

Relier les documents aux avis des bibliothécaires publiés sur un blog  ou ceux de lecteurs vers Babelio ou LibraryThing. Relier les documents vers des extraits musicaux, des bandes annonces, des discographies ou filmographies. Relier un essai vers une conférence en ligne de l’auteur. Renvoi vers la bibliographie dans lequel figure ce livre –je pense notamment aux bibliographies commentées que nous réalisons à Romans sur Isère. Renvoi aux nouveautés d’un genre via un QR code collé sur le rayonnage. Complément d’informations sur les œuvres dans le cadre d’une exposition, les relier à une vidéo, à un catalogue d’exposition … Relier des livres, des journaux à leur version numérique…

Je parle souvent sur ce blog de la médiation numérique et de l’importance de disséminer les services et les contenus de bibliothèque dans le web social. J’insiste aussi sur l’indispensable ré-impactage de ce travail dans ce qui fait la bibliothèque réelle et tangible. Ce travail d’hybridation est nécessaire pour que les sphères numériques et réelles ne soient pas des espaces clos et hermétiques. La bibliothèque hybride doit être constituée de passerelles entre ces deux sphères. Le réel se révélant dans le numérique et le numérique dans le réel.  L’usage des QR codes peut être l’un de ces dispositifs à mettre en oeuvre au sein de la bibliothèque hybride.

Ces pictogrammes sont-ils compréhensibles des usagers ? - (Par cocreatr. BY-SA Source : Flickr)

QR codes : pas si simple que cela !

Malgré sa simplicité d’utilisation et d’implantation le QR code n’est pas sans inconvénient.

L’usager doit être équipé d’un smartphone capable de lire ce genre de code barre. Si ce n’est pas le cas il faudra qu’il installe lui-même un lecteur compatible. Ce genre de manipulation est toujours un frein au développement d’un usage. Un lecteur peut être installé sur un ordinateur équipé d’une webcam et mis à disposition des usagers au sein même de la bibliothèque afin qu’ils puissent accéder aux contenus numériques associés aux documents. Une manière d’ouvrir le service au plus grand nombre.

Nous l’avons vu, créer un flashcode est simplissime. Encore faut il apporter un service et une expérience de qualité à l’utilisateur. Or beaucoup trop de sites de bibliothèque, de catalogues, de blogs  ne sont pas adaptés à une lecture mobile. Sans parler des gros risques d’incompatibilité selon le smartphones (flash, video, scripts…). Cohérence et intégration.

Au-delà des questions techniques, les usagers vont-ils adopter ce nouveau service ? Car si les mobinautes sont là, l’utilisation des QR codes est encore marginale en France. L’ annexe de Beaubreuil du réseau des médiathèques de Limoges qui a équipé ces CDs du fonds Limousin de QR codes renvoyant vers les fiches des artistes sur l’e-music box, avoue en commentaire sur mon profil Facebook avoir moins de 5 connexions/mois par le biais de ce dispositif. Un poste dédié, équipé d’une webcam, était à disposition du public au lancement… @lebartok explique ici qu’à la bibliothèque de Saint-Nazaire des QR codes ont été intégrés sur une grille thématique de la discothèque renvoyant vers le site d’un label. Malgré la présence d’un petit mode d’emploi, pas ou peu d’utilisations.

Je rejoins l’analyse d’Hubert Guillaud qui explique sur Internet Actu que si ces pictogrammes sont compréhensibles par un logiciel, ils demeurent incompréhensibles des humains. Ce genre de service ne peut donc se faire sans un accompagnement des usagers et des bibliothécaires. Encore une fois, une technologie ne génère pas de génération spontanée d’utilisateurs.

Le NFC arrive. Bye bye les QR codes ?

Et si l’année 2011, était celle des puces NFC. Cette technologie est basée sur la transmission en hautes fréquences radio entre 2 puces : une dans le smartphone et une insérée dans le support qui devient ainsi interactif. Les NFC vont être démocratisé en 2011 par Google qui va intégrer la gestion des puces NFC à partir de la version 2.3 d’Android et certainement par Apple qui devrait l’intégrer dans la prochaine version de son iphone. En terme d’usage on ne peut pas faire plus simple. Il suffit d’approcher le téléphone d’une puce pour accéder au contenu.

Alors pourquoi continuer avec les QR codes ? Le nombre des  téléphones compatibles ne sera pas conséquent avant 18 à 24 mois. L’implatation est loin d’être aussi simple que le QR Code . Enfin, le coût ne sera pas le même. Et je pense notamment aux petites et moyennes bibliothèques en écrivent cela. L’option QR code est donc loin d’être obsolète.  Reste à trouver ses utilisateurs …

De la sérendipité en bibliothèque

Le 27 novembre dernier Henri Nothaft a publié sur Techcrunch un article très intéressant sur « le mythe de la sérendipité » . Xavier de la porte en propose une analyse sur Internet Actus. Nothaft nous livre une approche originale de ce concept. Selon lui, la sérendipité n’est en rien un effet du hasard, mais quelque chose qui serait organisé, provoqué. Nothaft la définit comme  « le fait de montrer aux gens ce qu’ils n’étaient pas conscients de chercher”. La trouvaille n’est plus le fruit du hasard mais celui d’un profilage réussi, écrit Xavier de la Porte. La fin d’un mythe.

Sérendipité : effet du hasard ou effet organisé ? - (Par zigazou76. CC-BY-SA Source : Flickr)

La sérendipité en bibliothèque : un hasard organisé ?

La bibliothèque se doit d’ être présente au détour des chemins de hasard empruntés par les internautes sur le web.  Tout comme Henri Nothaft, je pense que cette sérendipité doit être organisée et nous débarrasser de l’idée que seule la bonne fée sérendipité veille sur nos contenus en ligne. Car si l’usager emprunte au détour d’un clic un parcours informationnel inattendu, nous devons faire en sorte que nos contenus s’y trouvent. Il est donc nécessaire d’élaborer des dispositifs qui facilitent les chances de la découverte fortuite. Une approche très marketing au final, dirigiste pour certain, car ce n’est rien d’autre que d’élaborer des stratégies de parcours vers nos collections et ressources.  Sans oublier néanmoins, que l’ usager choisira ou pas les pistes que nous lui proposerons. Je suis persuadé que plus nous lui offrirons de parcours possibles, plus la sérendipité jouera son rôle. A condition que nos contenus soient en phase avec les codes d’usage web. A condition que ces pistes répondent bien à des usages informationnels repérés. Tout l’inverse de la prescription des accès.

Henri Nothaft  propose quatre types de sérendipité qui correspondent assez bien aux expérimentations de médiation déjà en cours dans le monde des bibliothèques.

Des sérendipités en bibliothèque : du caractère humain à l’algorithme

La sérendipité éditoriale : c’est la forme la plus ancienne, le fait de combiner des articles que nous savons vouloir lire (l’actualité du jour) avec des articles inattendus (des portraits, des critiques gastronomiques…) […] Le côté positif, c’est que le caractère humain de cette sérendipité éditoriale (le fait que ce soit quelqu’un qui décide des contenus et de leur organisation) produit, de fait, une flexibilité dans nos intérêts.

Un exemple très simple. Dans les Médiathèques du Pays de Romans nous réalisons des bibliographies que nous appelons surprenantes. Nous prenons un thème et nous essayons de « surprendre » nos usagers par le choix de nos recommandations. Ainsi avions-nous décidé de faire une bibliographie sur la cuisine avec comme ligne éditoriale de n’y mettre aucune recommandation de livres de recettes, mais de suggérer la cuisine à travers les romans, la BD, les albums jeunesses. Et surtout de ne mettre aucun résumé de quatrième de couverture, mais bien la critique faite par le bibliothécaire … le fameux caractère humain de cette sérendipité éditoriale. Le succès fut au rendez-vous.  Surprendre l’usager sur une « thème attendu » par des recommandations inattendues. Avez-vous remarqué qu’il n’y a rien de numérique ici ? Vous pouvez consulter « La casseroles dans tous ces états » ici.

Le côté négatif, c’est que cette sérendipité éditoriale est le fruit des intérêts de quelqu’un d’autre, ou au mieux, de la perception que se fait cette personne des intérêts de son public. Ce qui n’est pas toujours fiable.

D’où l’intérêt d’abandonner nos logiques bibliocentrées dans l’élaboration de dispositif de médiation et de bien partir des usagers, dans leur multiplicité.

La sérendipité sociale : La plus grande part des contenus que nous découvrons aujourd’hui nous provient de ce que notre réseau d’amitié virtuelle partage en ligne. Cette manière d’accéder à l’information par des voies sociales est tout à fait valable, non seulement pour rester à la page, mais parce que ce qui intéresse nos amis est censé nous intéresser. L’avantage de cette sérendipité sociale est que notre environnement social a toujours été le premier critère pour nous définir nous-mêmes et pour définir nos intérêts.

Les bibliothèques doivent occuper le web social en s’inscrivant au sein de communautés d’intérêt existantes et structurées qui vont bien au delà de leurs simples communautés d’usagers. Nous ne susciterons pas la sérendipité espérée si nous existons seulement sur le web social qu’en tant qu’institution. Les réseaux sociaux n’ont pas vocation de valoriser une institution mais de susciter des interactions auprès d’internautes qui ont des identités communes. Être présent sur le web social signifie donc de publier des contenus qui ne soient pas seulement spécifiques à la vie de la bibliothèque, mais partagés par le plus grand nombre. Le moteur de la sérendipité sociale est là.
Je crois beaucoup plus en la page Facebook “L’emusic box” de La Bibliothèque Francophone de Limoges, qu’à une quelconque page institutionnelle de bibliothèque.  Attention, je n’ai pas dit que cette dernière était inutile. J’y reviendrai bientôt avec un autre billet.

L’inconvénient est que ce type de sérendipité étant par définition publique, elle est une projection de nous-mêmes vers les autres, elle est une image de la manière dont nous voudrions être perçus par les autres.
Quelle identité numérique la bibliothèque veut elle donc défendre et disséminée ? Un préalable incontournable à toute réflexion sur la présence web d’une bibliothèque.
Le caractère humain au coeur des sérendipités - (Par falcifer. CC-BY Source : Flickr)
La “sérendipité crowdsourcée” : Faisant le pont entre la sérendipité éditoriale et la sérendipité sociale, la pertinence obtenue par le crowdsourcing repose sur le plus grand dénominateur commun. Certes, elle nous permet d’être au courant de qui est le plus populaire ou ce dont on parle le plus, mais elle n’est en aucun cas personnalisée. L’aspect positif, c’est la composante virale, c’est la manière dont elle nous met en contact avec ce qui se dit dans la population.
Certainement le type de sérendipité en bibliothèque que je cerne le moins.  Serait-ce par exemple, l’idée de proposer aux usagers d’organiser selon ses thèmes de prédilections des collections consultables en ligne et de ce fait susciter eux même des parcours. C’est tout le pari du Musée McCord de Montréal. Ce dernier propose à ses utilisateurs/usagers de constituer leurs propres dossiers documentaires et de les organiser en « circuits publics«. Ces parcours personnalisés sont consultables par toute la communauté des utilisateurs. De fait l’usager devient un partenaire à part entière de la sérendipité.
Son côté négatif, c’est son manque de précision et son utilité limitée.
Pour le bibliothécaire ou pour les usagers ?
La sérendipité algorithmique : A l’opposé de la sérendipité éditoriale, la sérendipité algorithmique est la plus dure à obtenir, mais la plus prometteuse en termes d’innovation. A partir d’une base de données, le contenu est personnalisé pour fournir l’information et le contenu qui sont recherchés, mais aussi d’autres contenus pertinents et reliés à nos intérêts, avec différents degrés de flexibilité qui sont définis par des informations données par l’utilisateur soit activement, soit passivement. Son avantage, c’est de replacer l’usager au centre de la définition de la pertinence. La livraison des contenus émane de l’usager, que ce soit consciemment ou à partir de comportements antérieurs.
C’est le fameux  » les personnes qui ont emprunté ce document, ont aussi emprunté … » que l’on voit au bas des notices des catalogues de bibliothèque de nouvelle génération.

Son inconvénient, c’est le risque de perdre de vue l’aspect humain, quelle que soit la finesse de l’algorithme. Et pour l’instant, les algorithmes ne sont pas assez fins.

Et force est de constater que la pertinence et la finesse de ces recommandations statistiques dans nos catalogues sont très décevantes. Car nous n’avons pas la masse critique suffisante pour ce genre d’outil et surtout nous ne pouvons pas conserver l’historique des prêts suffisamment longtemps pour permettre la finesse escomptée.
L’affirmation du lien social sur l’algorithme.

Les sérendipités éditoriales et sociales sont celles avec lesquelles nous avons le plus de chance de disséminer nos contenus et notre expertise sur un territoire numérique dans lequel les internautes partagent et font remonter les informations qu’ils jugent intéressantes à des gens qui les jugent dignes de confiance. A condition de jouer le jeu de ce web social qui voit l’affirmation du réseau face au moteur de recherche, du lien social face à l’algorithme. Réseau, lien social …. nous savons faire.

Livres numériques & mépris du lecteur : éditeurs et bibliothèques complices ?

Les usagers nous suivront-ils dans cette impasse - (Par bladsurb. CC-BY-SA Source : Flickr)

Je ne peux que vous encourager à aller lire le Dossier sur le livre numérique dirigé Remi Mathis pour nonfiction.fr, avec des contributions de Calimaq Silex , de Mathieu Perona et de Constance Krebs.

Mon attention s’est portée sur le texte introductif de Rémi Mathis « Le mépris du lecteur » sans aucune complaisance pour les éditeurs :

Les éditeurs ne semblent avoir aucune conscience et même aucun égard pour leurs lecteurs. Peu leur importent les pratiques, les envies, les besoins de ces derniers. Incapables de comprendre leurs lecteurs, il se contentent d’agiter l’épouvantail du piratage en espérant que ce qui a tant fait scandale pour la musique devrait bien faire de même pour les livres. Ne vaudrait-il pas mieux regarder la réalité en face ? Accepter que 94% des livres piratés le sont… parce que l’offre légale n’existe pas . Reconnaître que pour les 6% restant c’est l’inadaptation de l’offre qui est largement la cause du piratage : le lecteur va vers le plus facile à utiliser et… ce n’est actuellement pas l’offre légale, hélas.

Tout cela est criant de vérité et je ne peux que me féliciter que cela soit un bibliothécaire qui l’écrive. Car je ne vous cache pas que je considère les bibliothèques publiques bien souvent complices de ce mépris du lecteur, pas nécessairement de manière consciente. En proposant sur nos portails des offres de prêt de livres numériques qui transpirent les DRM et qui ne donnent aucune liberté d’usages nous ne faisons que porter crédit à ce modèle mort né.

Les éditeurs ne m’ont jamais interdit de prêter le livre à un ami, de le revendre ou de l’utiliser en plusieurs lieux. Ils ne m’ont jamais interdit de me servir de la 2e de couverture pour noter mes impressions de voyage, une marge pour me souvenir d’acheter du chocolat ou me rappeler le numéro d’un ami. Pourquoi alors les DRM de POL m’interdisent-ils de prendre des notes sur le livre que j’ai acheté ? Alors que la lecture est une des activités les plus sociales qui existent – discuter d’un roman est aussi agréable que le lire ; la lecture savante se nourrit de commentaires et comptes rendus – les éditeurs décideraient que nous n’avons brusquement plus le droit de prêter notre propre livre à un ami ?

C’est cela que nous voulons offrir à nos usagers ? Dois je rappeler que ces offres nous coûtent une fortune et que nous cherchons encore les usagers qui devaient s’y précipiter …

PS : un propos peu nuancé … mais je compte sur vous 😉