Ne faisons pas des abonnés de nos bibliothèques, les victimes de notre manque d’engagement. La veille apprivoisée #16

Bottez utile

Bottez utile - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

MAJ : Suite à la réponse faite par la bibliothèque de Martigues au billet de François Bon cité ci dessous, le texte de ce billet à été modifié. 

En commentaire d’un billet publié sur "Le souffle numérique" au sujet de  l’affaire Gallimard/Publie.net, le directeur le bibliothécaire responsable du portail et de l’offre numérique de la bibliothèque de Martigues écrit :

Publie.net via sa plateforme de distribution Immateriel.fr a des pratiques tout aussi douteuses que Gallimard mais vis-à-vis de ses clients et en particulier des bibliothèques.

Les livres de publie.net téléchargeables sont sans DRM. Après avoir téléchargé et payé des fichiers de Publie.net via la plateforme epagine pour les copier sur les cinq liseuses en prêt de notre médiathèque, Immateriel a décidé sans AUCUN avertissement de couper le téléchargement.

La raison ? Nous sommes une médiathèque. Et malgré notre engagement à ne copier les fichiers que sur 5 machines et à avertir nos lecteurs sur l’interdiction de copier pour eux-mêmes ces fichiers, Immateriel et donc aussi Publie.net ont refusés de nous autoriser à acheter leurs fichiers. Tout devant passer par leur plateforme de streaming – fort onéreuse – prévue pour les médiathèque.
Ne comptez donc pas sur moi pour défendre F. Bon sur cette affaire de droit d’auteur avec Gallimard. Bon et Publie.net sont pris à leur propre jeu et ne valent pas mieux que Gallimard.

L’attaque est sévère. Sur son site, François Bon fait " le rappel de quelques éléments, qui sont pourtant de la compétence de base de n’importe quelle personne avertie en bibliothèque. "

MAJ : lire la réponse et les explications d’Alexis, le responsable du portail et de l’offre numérique de la bibliothèque de Martigues, sur son blog. :

Nous disposions d’un avoir auprès de notre libraire sur sa plateforme Epagine à destination des collectivités. C’est donc avec la certitude de pouvoir utiliser un outil de téléchargement de fichiers prévu et conçu en particulier sur le plan juridique pour les médiathèques municipales que j’ai constitué le fonds.

Dans un premier temps, partageant les multiples réserves autour des DRM, je me suis orienté vers des fichiers dépourvus de cette technologie. Sur le plan artistique, il m’avait semblé intéressant, en accord avec la directrice, de privilégier les créations originales, les démarches innovantes. À ce titre, Publie.net était intéressant. J’ai donc commencé par acquérir des fichiers de cet éditeur. Puis sans aucun avertissement la transaction n’a plus été possible. Notre libraire a donc enquêté. On lui a répondu qu’Immateriel.fr, le prestataire qu’utilise Publie.net pour la distribution de ces fichiers, s’était aperçu que nous étions une médiathèque. En vertu de quoi l’acquisition des fichiers était prohibée en raison d’un risque de piratage de la part des lecteurs qui, comme on le sait, sont des pirates en puissance avant d’être des amateurs de littérature. Pourtant d’autres fichiers sans DRM provenant d’autres éditeurs ont par la suite été acquis et aucun n’a procédé de cette manière avec nous. Depuis, notre libraire, prenant acte de cette interdiction, a retiré Publie.net de son catalogue à destination des collectivités locales.

La réaction de ce directeur Le témoignage de ce bibliothécaire responsable de service est symptomatique de la  méconnaissance ou du moins de la difficulté de nombreux cadres de notre profession à comprendre les questions juridiques liées au prêt de livre numérique et des usages collectifs des contenus. Lionel Maurel nous éclaire en commentaire de l’article de François Bon :

Le droit de prêt public en Europe est encadré par une directive de 1992. Elle vaut pour tous les types d’oeuvre et établit que le prêt public relève bien du monopole exclusif des titulaires de droits et ouvre droit à une rémunération. La France n’a organisé un tel système de rémunération que dans un seul domaine, celui du prêt public de livres papier . Mais cette loi ne vaut que pour les livres papier et non pour le livre numérique.

La loi sur le prix unique du livre numérique du livre ne change rien à cet état de fait. Elle comporte des dispositions concernant la fixation du prix des offres faites à des bibliothèques universitaires ou de lecture publique, mais elle ne dit pas que l’on peut faire un usage collectif des livres numériques, notamment par le biais d’un "prêt".

Le résultat, c’est qu’il faut que les titulaires de droits proposent explicitement une offre permettant la mise à disposition des livres numériques en bibliothèques pour que cela soit possible. Inversement, cela signifie que les bibliothèques ne peuvent en aucun cas acheter des livres numériques comme le ferait des particuliers chez un distributeur et ensuite les proposer en prêt dans leur établissement. Cela viole tout simplement la directive européenne.

Et bien souvent nous habillons cette absence de conscience des cadres juridiques  d’un "droit à l’expérimentation". Mais Lionel Maurel en commentaire sur mon profil Facebook précise que " s’abriter derrière un "droit à l’expérimentation" est un non-sens, car un tel droit n’existe pas et il n’y a jamais de vide juridique, mais des violations plus ou moins conscientes du droit."

Il n’y a donc que prise de risques qui doit être assumée en tant que telle. C’est ce que confirme la conclusion de ce mémoire de fin d’étude du diplôme de conservateur de Mathilde Vergnaud sur le cadre juridique pour les services en ligne des bibliothèques.

Au quotidien, les bibliothécaires sont donc dans une situation de malaise juridique (qui lui, est de plus en plus explicite). L’incertitude juridique les amène parfois à faire passer la sécurité juridique avant le service aux usagers et à freiner leur innovation. Il est temps que les bibliothèques intègrent la part de risque juridique qui réside désormais dans leur activité : être de plus en plus intégré à la société a son prix, se soumettre à ses règles. Les bibliothèques doivent donc travailler à leur sécurisation juridique à travers une meilleure connaissance du droit (par la formation des bibliothécaires, l’élaboration de guides pratiques et toutes formes de concertation). Elles peuvent également agir par l’élaboration de contrats précis et respectueux du cadre légal. Enfin, puisque le risque juridique zéro n’existe pas, les bibliothèques doivent apprendre à développer une méthode de gestion du risque juridique.

Nous ne pouvons donc pas prendre le risque de prêter des livres numériques "hors cadre juridique" sans assumer l’éventualité d’une fin soudaine du service. Néanmoins Alexis s’interroge :

Cette maison d’édition est susceptible d’autoriser au cas par cas ce que son distributeur Immateriel interdit. Imagine-t-on une bibliothèque négocier des conditions de prêts avec chacun des éditeurs à qui elle achète des documents ?

En attendant, je reste avec mes interrogations. Que dois-je faire des fichiers téléchargés avant qu’Immateriel ne coupe le robinet en s’apercevant que nous étions une médiathèque prêtant des liseuses à des méchants pirates ? Que dois-je faire de cette chronique sur C’était de Joachim Séné si personne ne peut lire le texte parmi notre public ?

Des interrogations qui démontrent que l’évolution d’un cadre juridique plus favorable à la lecture publique ne peut faire l’économie d’un large engagement des bilbiothécaires sur une question aussi cruciale. Cette absence de prise de conscience collective a permis que des lois telles que celle sur le prix unique du livre numérique ou encore celle sur  la numérisation des oeuvres indisponibles nous soient tant défavorables.  Au moment des discussions autour de ces projets de loi, L’IABD et les quelques bibliothécaires engagés étaient bien seuls. Pendant ce temps les "gros éditeurs" polluaient l’esprit du législateur jusqu’à lui donner en partie raison.

Ainsi, le lobby de l’industrie du livre arrive à glisser dans ces débats l’argument que le prêt de livres numériques en bibliothèque cannibalise les ventes.  Marie D. Martel nous démontre au regard d’une récente étude américaine que ce point de friction entre les éditeurs et les bibliothécaires est une fiction.

" Il faut cesser d’entretenir cette croyance fausse, à savoir que les livres qui sont prêtés dans les bibliothèques sont des livres qu auraient pu être achetés. Il est plus juste de concevoir les livres prêtés comme des livres qui seront achetés, ou menant à des achats de contenu qui n’auraient pas eu lieu autrement. Les livres prêtés sont des gains à venir, et non des manques à gagner. Avec une valeur ajoutée qui est sociale.

La friction est une fiction car :

  • Les supers abonnés de bibliothèques sont des consommateurs voraces.
  • Les bibliothèques sont parmi les principaux lieux de découverte pour du contenu, que ce soit des livres ou d’autres médias. Les bibliothèques supportent les lecteurs et la littéracie.
  • Les bibliothèques ont de l’argent à dépenser pour soutenir le marché du livre.
  • Les bibliothèques constituent de puissants instruments de marketing pour le contenu dont l’efficacité est avérée. (Pas toujours pour leurs propres services mais pour le contenu !)."

Et de clamer avec Barbara Genco « Ne faites pas des abonnés des bibliothèque, les victimes des guerres du livre numérique".

Mais comment porter cette revendication et convaincre le législateur français que les bibliothèques sont un lévier majeur du marché du livre  numérique si nous, bibliothécaires, restons inaudibles sur cette question ? Comment peser dans l’écosystème du livre numérique si nous restons à l’écart des discussions ? Le Quebec semble avoir trouvé un équilibre , mais bien fragile...


"Ne pas opérer ce tournant, c’est se condamner à subir défaite sur défaite dans les débat à venir ! " écrit Lionel Maurel. C’est condamner les abonnés de nos bibliothèques à être les victimes de notre manque d’engagement.

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Nous sommes tous les ayants droit de "Le vieil homme et la mer" – La veille apprivoisée #15

Cabane de pêcheur à Key West - Par L.Dujol. CC-BY-SA

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Une semaine marquée par l’affaire qui oppose publie.net à Gallimard. Une pluie de réactions, souvent passionnées, d’analyses et de synthèses qui rend quasi impossible de proposer une veille apprivoisée sur ce sujet. Et pourtant, je désire manifester mon soutien à François Bon et à Publie.net.

Cette affaire confirme ce que j’ai mainte fois pointé sur ce blog :

- L’industrie culturelle se contrefiche de la création et du partage.

C’est ce que nous rappelle Hubert Guillaud dans son billet "Nous n’échapperons pas à reposer la question du droit" publié sur La Feuille

Cette histoire (une de plus) me semble emblématique d’une incompréhension de plus en plus aiguë entre la création et le droit, entre le partage et la propriété. Voilà longtemps que le droit d’auteur n’est plus l’héritier de celui qu’avaient inventé les Lumières, mais est devenu le moyen des industries culturelles pour imposer leur loi. Le droit est devenu un rempart - toujours plus haut - pour empêcher la création et le partage. Ce que montre cette histoire, à nouveau, c’est qu’il est plus que temps de mettre à plat les fondements de la création qui peu à peu ont été appropriés par les industries culturelles qui ont imposé un allongement des droits à leur profit et au détriment du partage et de la créativité. Le pire c’est que cette privatisation des biens communs que dénonçait magnifiquement déjà Lawrence Lessig dans Culture Libre ou que prolonge Philippe Aigrain dans son dernier ouvrage  n’est pas terminée, bien au contraire. ACTA est la prochaine pierre angulaire de cette privatisation juridique de la connaissance.

Ou encore Marc jajah en commentaire de ce billet d’ebouquin.

Ce dont est coupable Gallimard n’est donc pas de faire respecter le droit d’auteur (dont personne ne conteste la nécessité); ce dont Gallimard est coupable c’est d’être à la tête d’un catalogue dont la valeur sociale est inestimable et dont ils refusent aujourd’hui d’assurer non seulement la circulation mais la rénovation, c’est-à-dire l’assurance que l’oeuvre circulera bien compte tenu de l’époque dans laquelle elle s’inscrit alors. C’est une faute morale très grave : la maison Gallimard n’est plus à la hauteur des oeuvres dont elle a la charge.

- La défense du droit d’auteur est donc un prétexte. L’industrie culturelle défend un monopole.

En clair: Gallimard ne fait pas son boulot, se contentant d’engranger le fric que lui procure la vente de milliers d’exemplaires du Vieil homme et la mer dans la traduction de Jean Dutourd, à un public scolaire peu exigeant." affirme de manière virulente Laurent Margantin. Ce que confirme Clément Monjou, toujours sur ebouquin :

Les classiques sont une machine à cash dont les éditeurs auront beaucoup de mal à se défaire. Encore plus lorsque l’éditeur dispose d’un monopole (imaginez les dizaines de milliers collégiens qui achètent l’ouvrage chaque année…). Un monopole qui ne tient qu’à un contrat que la traduction de François Bon mettait potentiellement en péril (cf. article sur Actualitté). [...] Le droit d’auteur mène parfois à des aberrations qui viennent limiter la diffusion des oeuvres. On s’étonne aussi de la disproportion des acteurs, le géant qui tremble face à la jeune coopérative. Gallimard contre Publie.net, c’est un peu LVMH contre une fabrique de maroquinerie qui aurait, par mégarde, dessiné un sac trop ressemblant à un Vuitton.

Et encore la propriété industrielle est mieux traitée que la propriété intellectuelle. Hubert Guillaud :

Sincèrement, comme le disait Rémi Mathis, président de Wikimédia France sur Twitter : "après 50 ans, Le vieil homme et la mer peut-il encore légitimement appartenir à un ayant droit quand il appartient à l’imaginaire du monde entier ?" La durée d’un brevet, c’est-à-dire d’un titre de propriété industriel, en moyenne, n’est que de 20 ans. Comment peut-il être plus long pour l’art et la création ? De mon vivant, aurais-je le droit de lire une autre traduction de l’oeuvre d’Hemingway que celle de Jean Dutourd ?

- Et maintenant ?

Pour Hubert Guillaud "On ne peut en rester aux bonnes intentions sur le fond. Il faut déplacer le débat et le porter sur le terrain du droit, concrètement, et rebatir ce que nous avons laissé aux industries culturelles"

En attendant, des idées et des initiatives pour défendre le droit de création et de diffusion numérique :

- Sauver la traduction inédite de François bon en signant cette pétition.
-  Disséminer sur le réseaux l’édition censurée par Gallimard, comme l’a fait Daniel Bourrion sur son site. "Parce que je pense avec beaucoup d’autres que le patrimoine littéraire mondial n’appartient plus aux ayants-droits d’un auteur décédé depuis 51 ans, ni aux éditeurs qui vivent sur la bête : ce patrimoine nous appartient à nous, nous tous." nous explique t-il.
- Participer  à l’idée de traductions libres d’oeuvres du domaine public qu’avait lancé Lionel Maurel en Janvier dernier. Une traduction libre de droit de "le Viel homme et la mer" serait notamment possible au Québec.

Plus simplement, achetons les livres proposés par publie.net.

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Les bibliothèques numériques dans les nuages sont-elles compatibles avec les missions de lecture publique ? La veille apprivoisée #13

Qu’adviendrait-il si nous n’avions plus le choix ? - Par L.Dujol. CC-BY-SA

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Les dangers du livre électronique, par Richard Stallman – Framablog

Lors d’une table ronde sur le droit d’auteur Richard Stallman a expliqué que la façon dont les livres numériques sont vendus aujourd’hui par les principaux fournisseurs, présentent un risque majeur de confidentialité que les livres physiques ne posent pas. Les systèmes d’identification et de traçabilité, les DRM ou encore les formats propriétaires sont des atteintes aux libertés d’usages des lecteurs.

Un seul de ces abus fait des livres électroniques une régression par rapport aux livres imprimés. Nous devons rejeter les e-books qui portent atteinte à nos libertés.

les entreprises qui les commercialisent prétendent qu’il est nécessaire d’empiéter sur nos libertés afin de continuer à rémunérer les auteurs. Le système actuel du copyright rétribue généreusement ces entreprises, et chichement la grande majorité des auteurs. Nous pouvons soutenir plus efficacement les auteurs par des biais qui ne requièrent pas que l’on porte atteinte à notre liberté, et même légaliser le partage. [...]

Les livres électroniques n’attaquent pas systématiquement notre liberté (ceux du Projet Gutenberg la respectent), mais ce sera le cas si nous laissons toute latitude aux entreprises. Il est de notre devoir de les en empêcher.

Paranoïaque Stallman ? Le journaliste Jean Marc Manach nous fait part du message d’un éditeur accompagnant l’envoi de la version numérique d’un livre qu’il vient d’éditer :

Ces fichiers sont tatoués. Grâce à cette mesure de protection plus « souple », vous pouvez les transmettre sur une autre adresse mail, mais vous ne pouvez pas les transmettre via internet : un système intégré permet de retrouver la personne qui dépose de tels fichiers sur Internet.

Je vous encourage à lire sa réponse. Il cite notamment la nouvelle de Stallman, "Le droit de lire" publiée en 1997, dans laquelle il explique "ce pour quoi il est dangereux de vouloir surveiller ceux qui lisent." Manach conclut :

Les éditeurs qui veulent surveiller ceux qui lisent leurs livres se tirent une balle dans le pied. D’une part parce qu’ils n’empêcheront jamais un livre d’être lisible par les abonnés de telle ou telle bibliothèque publique -sans qu’ils l’aient pourtant acheté-, mais également parce qu’il leur sera impossible d’empêcher ceux qui auront acheter leurs e-books de les revendre (ou partager) en "occasion" (ce qui ne semble pas leur poser problème pour ce qui est des livres papiers), d’autre part parce que cela ouvre la voie à un contrôle social (et politique) indigne de nos démocraties.

Les bibliothèques publiques sont évoquées. Une alternative vitale ?

- Menaces sur les prêts numériques - Threats to Digital Lending – American librairies

Overdrive, la plateforme de prêt d’ebooks pour bibliothèque,  a publié des chiffres impressionnant pour l’année 2011. 35 millions de titres ont été empruntés et certains sont si populaires que 17 millions de titres sont encore en attente de prêt. L’ accord avec Amazon à séduit les bibliothèques nord américaines.  Selon le site Actualitté, "de 11.000 établissements, OverDrive est passé à 18.000, soit près de 36 % de clients en plus. Et ce, uniquement à mettre sur le compte d’une offre de livres numériques plus importante, dans un format qui convient au lecteur ebook le plus en vogue du pays,"  à savoir le KindleDifficile de ne pas progresser lorsque l’on est la seule plateforme du marché à proposer le catalogue Amazon.

Faut il y voir un signe de bonne santé pour le prêt numérique en bibliothèque publique ? Carrie Russell ne le pense pas  et parle même d’une menace sur les prêts numériques.

S’agissant d’une location d’un droit d’accès, les bibliothèques ne possèdent en aucun cas les livres numériques prêtés les rendant ainsi dépendantes du bon vouloir des éditeurs qui peuvent du jour au lendemain décider de retirer du prêt des titres de leur catalogue. Sans parler des DRM qui limitent les libertés d’usages et rendent inéquitable le prêt de livres numériques.

La bibliothécaire américaine se demande si finalement les bibliothèques ne jettent-elles pas l’argent public par les fenêtres. Des propos qui font écho à ceux de Sarah Houghton dans cette entrevue vidéo ""Digital rights or your rights ?".  Cette liberté de lire et d’usages de  nos abonnés n’est pas nécessairement compatible avec ces services de prêt numérique proposés par des prestataires privés et financés par de l’argent public. Pour mémoire cette autre vidéo de Sarah Houghton  déjà évoquée ici :

Overdrive a essentiellement permis à Amazon de vendre leurs livres sur le Kindle de nos abonnés. Et ce sont les bibliothèques et l’argent public qui lui ait alloué qui paient pour ce privilège. Et qu’en est-il de la confidentialité des données de nos usagers utilisateurs ? Overdrive n’a pas jugé bon de s’expliquer.

Est-ce véritablement l’alternative que nous voulons offrir à nos usagers ? A vouloir absolument proposer une offre de prêt de livres numériques nous nous éloignons peut-être de l’essentiel d’un service de lecture publique : offrir de manière équitable et pérenne un accès au plus grand nombre aux ressources numériques.  Et ne croyez pas que cette histoire  ne concerne que l’Amérique du Nord. 

Heureusement il y a des éditeurs, pure player bien souvent, qui jouent le jeu. Je pense à NumérikLivres ou encore à Publie.net. Accompagnons-les. En passant, François Bon en commentaire de ce billet d’Antoine Fauchié nous interpelle :

Je ne comprends pas (je pèse mes mots) la timidité des bibs : le streaming est viable à condition d’être associé à l’accès à distance (voir Champs Libres à Rennes, ou bibs publiques de Montréal) – alors la lecture streaming n’est pas réservée aux postes de la bib, mais est autorisée à tous les usagers connectés via leur identifiant lecteur, où qu’ils soient, et sur leurs propres appareils. La vocation de publie.net c’est la découverte, l’incitation, l’écoute offerte aux nouveaux auteurs – en ce sens, le streaming c’est un outil fabuleux, du point de vue même du contenu"

La Bibliothèque comme tiers-archiveur des e-bibliothèques personnelles ? - 071625348

Il y a deux ans Amazon supprimait sans préavis des Kindles de ses clients les versions numériques de deux classiques de George Orwell, "1984" et "La Ferme des animaux".  Les possesseurs de ses Kindles pensaient posséder ses livres numériques, il n’en était rien. Le discours de Stallman refait surface. Et si les bilbiothèques publiques jouaient ce rôle de tiers de confiance ? Une idée émise sur le blog "071625348" :

Sachant que le marché des ebooks décolle ; l’ebook est une chose bien volatile : en tant que fichier (ça se perd , ça se périme, ça perd ses métadonnées…) ; en tant que droit (je peux aller le re-chercher chez le vendeur… tant qu’il existe, tant que les conditions n’ont pas changé…) ; le besoin de constituer et transmettre une bibliothèque est un besoin durable ; nous, possesseurs d’ebooks, avons besoin d’archiver nos e-bibliothèques chez un tiers-archiveur, de confiance, promis à durer ;  nous, bibliothèques publiques (Etat, universités, collectivités locales) avons la mission de durer, ne serait-ce que pour conserver du papier.

Il devrait donc être tentant pour les bibliothèques de se positionner en tant qu’archiveur des bibliothèques numériques personnelles, en mettant en avant notre capital de confiance, notre pérennité, notre capital de compétence en matière de gestion des livres (pour le dire vite).

Cela va sans dire des difficultés juridiques et techniques que pose un tel dispositif. Et pourtant l’idée d’une bibliothèque publique tiers-archiveur comme alternative à l’Amazon Cloud Drive séduit la communauté des bibliothécaires. Et pourtant une idée qui laisse sceptique certains lecteurs numériques, à l’image d’Hubet Guillaud en commentaire sur mon profil FaceBook :

Mmm. C’est vraiment une idée de bibliothécaire ça. J’ai pas vraiment envie qu’en plus des industriels qui savent ce que je lis, que ma ville me propose un coffre-fort numérique que je n’ai jamais demandé. Cette vision de la conservation, un peu comme celle que défend Moix, me semble vraiment sans intérêt.

Nos envies de bibliothécaires sont-elles compatibles avec celles de nos usagers ?

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Le livre numérique en bibliothèque, 2012 l’année de tous les dangers ? – La veille apprivoisée #10

A vendre - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Une semaine où il fut beaucoup question du livre numérique.

- Pour une définition du livre numérique -Le tiers livre

Dans ce billet remarquable, François Bon nous donne sa définition du livre numérique en posant comme axiome de départ : "on n’a pas besoin de définition du livre numérique pour le lire."

Un livre numérique est " un frag­ment re­cons­truit, fermé sans fron­tière, d’une base de don­nées pour le­quel on a pro­po­sé un sys­tème spé­ci­fique de na­vi­ga­tion com­plexe, ré­ser­vé à son conte­nu, mais en pro­po­sant une cir­cu­la­tions per­met­tant de s’en ap­pro­prier le conte­nu ca­pable de se sé­pa­rer du site source, et de se consti­tuer comme re­la­tion in­time et in­di­vi­duée avec le lec­teur qui l’a trans­por­té dans son propre éco­sys­tème d’usage"

Une définition qu’il propose sur la "base de préliminaires" qu’il développe dans ce texte, "touchant le web, la validation symbolique, et  l’appropriation des outils à lire". Et de conclure par "Voilà ce pourquoi le livre numérique existe, et qu’on y travaille avec du bonheur."

- Le livre numérique, 2012 une année charnière ? - Bibliobsession.

À l’heure du prêt de livres numériques, quel rôle pour les bibliothèques, face aux puissants libraires en ligne comme Amazon ? Une question que pose avec beaucoup de justesse Silvère Mercier.

D’autant plus que les éditeurs persistent à penser "qu’un livre emprunté dans une bibliothèque est soit disant un livre qui n’est pas acheté." Un argument qui tient plus du fantasme que d’une réalité comme le confirme Marc Jajah dans ce billet

"Contrairement à ce qu’on croit en effet trop souvent un livre numérique prêté « gratuitement » s’achète…et pas qu’une fois ! La logique est en effet implacable : comme dans une bibliothèque classique, il faut suffisamment d’exemplaires pour que plusieurs lecteurs puissent accéder au même livre; sinon, ils attendent leur tour, après réservation du titre. L’idée selon laquelle le prêt de livres numériques cannibaliserait les ventes de livres est donc fausse, et d’autant plus que le prix du livre numérique destiné au prêt n’a pas cessé d’augmenter."

A se demander si les grands éditeurs n’auraient pas la volonté de tuer le prêt de livre numérique  comme le souligne ici  Glyn Moody – article en anglais.

"D’un coté, les "petits" éditeurs innovants qui sont prêts à s’adapter et à récolter les bénéfices de leur volonté de répondre à la demande croissante en livres numériques des bibliothèques publiques par un effet d’entrainement sur leurs ventes. Et de l’autre, les "gros" éditeurs sclérosés et qui résistent à essayer de nouveaux modèles économiques, préférant rendre le prêt de livres numériques le plus inconfortable possible dans le vain espoir que les lecteurs préféreront acheter plutôt qu’emprunter. " 

Ne pas prendre au sérieux le numérique risque de bien être un péchè mortel pour ces éditeurs :

"Tout ce qui touchait à l’électronique pure était perçu comme relevant du "gadget. Quand il a commencé à émerger, le numérique n’a pas été pris au sérieux par les responsables de l’entreprise. Aux yeux de ses dirigeants, Kodak semblait insubmersible. Ils ont sans doute péché par orgueil, persuadés que l’entreprise réussirait à imposer dans la durée sa vision de l’image". 

Toute ressemblance avec des éditeurs hexagonaux existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur…

Ce même Laurent Margatin interroge aussi les auteurs :

"La question que je me pose aujourd’hui est donc celle-ci: en quoi ces écrivains refusant le net comme espace d’écriture et de publication écrivent-ils désormais des oeuvres qui sont, d’une certaine manière, déjà mortes, faute d’être engagées dans cette mutation énorme du rapport au réel – et par conséquent à notre imaginaire – que nous sommes en train de vivre ?"

Silvère Mercier continue sa réflexion dans le billet cité plus haut. Puisque "les bibliothèques ne sont pas perçues et reconnues comme nécessaires pour accéder à des livres numériques" et sans le soutien des pouvoirs publics nous "risquons fort de subir la loi du marché et plus précisément d’accepter qu’un tiers comme Amazon se positionne à ses conditions entre les éditeurs et les bibliothèques" à l’image de l’alliance Overdrive/Amazon aux Etats Unis. Jean Michel Salaün s’interroge :

"La mission des bibliothèques est de retirer les contenus des contraintes commerciales pour les proposer au public. Il est donc contradictoire pour elles qu’un prêt se conclut par une offre commerciale exclusive. Mais les bibliothèques francophones, même en consortium, ne pèsent pas lourd vis-à-vis des stratégies des Big Five. Aussi la seule voie pour préserver le service public de la lecture semble la voie légale ou réglementaire."

Et Silvère de poser l’enjeu principal :

"Faut-il plutôt promouvoir des offres de prêt de livres numériques propres aux bibliothèques comme c’est déjà le cas, au risque d’avoir une visibilité très faible dans un marché qui sera dominé par des écosystèmes propriétaires couplant catalogues de contenus et objets nomades. On peut légitimement penser que dans quelques années, ne pas être dans l’Appstore ou dans le catalogue d’Amazon ou celui de Google sera équivalent à une disparition de la surface lisible du web pour les éditeurs comme pour les bibliothécaires et le service de prêt ou de médiation qu’ils prétendent fournir."

- Le livre numérique et sa médiation en bibliothèque : Lire nous ouvre de nouvelles voies neuronales – Idboox

Changez le mot éditeur par bibliothécaire et vous aurez la clef du mystère :

La capacité offerte par des appareils comme des readers, des smartphones et des tablettes à tenir dans une main une bibliothèque entière est une formidable opportunité. Comme éditeurs, nous devons utiliser chaque nouvelle technologie pour développer la lecture dans notre culture. Nous devrions nous concentrer sur le message et non rejeter la technologie. Nous devrions être agnostiques sur la plate-forme et évangéliques sur le contenu.

- Le livre numérique du point de vue du lecteur : Sociale la lecture ? - Hubert Guillaud.

En septembre dernier, le Cléo organisait sa deuxième université d’été de l’édition électronique ouverte.  Hubert Guillaud y a donné un cours intitulé "Sociale la lecture" dont l’enregistrement vidéo est disponible ici. A voir +++

La lecture de demain sera éminemment sociale prédit Bob Stein. Qu’est-ce que la lecture sociale ? En quoi est-elle importante ? Que peut-on faire pour la développer ? En parcourant quelques outils du web social (Librarything, GoodReads, RethinkBooks…)

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La veille apprivoisée #9 : la fin des libraires, des espaces émergents et une "washing machine"

Espaces - Par L.Dujol. CC-BY-SA

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- La fin de la librairie : Pourquoi nous sommes-nous détournés des librairies ? - La Feuille

Deux billets remarquables d’ Hubert Guillaud sur la fin – annoncée ? – de la librairie. Dans un premier article Hubert démontre que ce n’est pas  l’internet qui a tué la librairie mais

"plutôt les conditions commerciales imposées par la distribution, qui impose aux petits magasins de proximités que forment le coeur de la librairie, des conditions commerciales de plus en plus semblables à celles qu’elle accorde aux grandes surfaces (GS) et aux grandes surfaces spécialisées (GSS). La librairie est le commerce de détail qui a la marge la plus faible : on comprend que ce soit pour beaucoup d’entre eux, intenables." 

Mais la transformation des pratiques commerciales, n’explique pas à elle seule les difficultés des libraires. Celles-ci reposent  aussi dans les transformations de nos pratiques culturelles. C’est tout le propos du second billet "Pourquoi nous sommes-nous détournés des librairies ? ".

Qu’on s’en désole ou qu’on s’en félicite, nos modalités de consommation, à l’heure de l’hyperconsommation [...]  me semblent également à prendre en cause. Nous n’avons plus le même rapport à la culture, à l’écrit, qu’il y a 30 ans, date de l’instauration de la loi sur le prix unique du livre. Le livre est devenu un produit de l’industrie culturelle comme les autres, que nous ne consommons plus de manière isolée – pour ceux qui le consomment encore.

S’il reste encore des gens qui ont la culture de l’imprimé et uniquement de l’imprimé, les plus gros lecteurs sont devenus des gens aux pratiques culturelles multiples, qui ont intégré les écrans dans leurs modes de consommation culturelle. Pas les libraires.

Un passage m’a particulièrement frappé :

‎La proximité physique et le conseil, les deux vertus de la librairie ne sont plus de mises. Visiblement, le confort de l’algorithme et de la sérendipité leur suffit largement ! Le lecteur occasionnel est devenu autonome. Il a largement le choix dans ce qu’il veut lire et il est peu probable que l’élitisme de la librairie se retrouve en adéquation avec ce type de lecteur. Le conseil des moteurs de recommandations, aussi imparfait soit-il, est parfois bien plus riche que le regard condescendant d’un libraire ou son conseil qui tombe à côté. La complexité des mobilités et des parcours d’achats, rendent peut-être aujourd’hui plus facile, pour des consommateurs occasionnels, un achat groupé avec d’autres achats ou une commande sur l’internet, que de passer à la librairie du bas de la rue."

Un constat que l’on peut appliquer aussi aux bibliothèques.

Un billet à lire absolument et qui a le mérite d’appuyer là ou ça fait mal …

Espaces émergents, nouvelles pratiques et bibliothèques publiques – Vincent Chapdelaine. 

Une présentation incontournable de Vincent Chapdelaine qui s’interroge sur ce qui doit caractériser une bilbiothèque publique en tant qu’espace.

"De nouveaux modèles d’espaces physiques, ouverts sur la communauté et favorisant la collaboration et l’apprentissage, sont en émergence partout dans le monde, dont à Montréal. Alors que des projets de coworkings, fablabs et living labs sont en développement, d’autres propositions, comme le Uni à New York et l’Atomized Library, remettent en question de manière radicale le modèle des bibliothèques publiques. En parallèle, de nombreux cafés de quartier se transforment naturellement en espaces conviviaux d’étude, de travail et de tenue d’événements de partage de connaissances: rencontres littéraires, universités populaires, conférences, microconférences et anticonférences.
Toutes ces initiatives ont en commun de répondre, sans trop en avoir conscience, à une mission traditionnellement associée à celle des bibliothèques publiques, soit celle de garantir un accès démocratique à la connaissance au sein de communautés locales. Elles ont également pour effet de transformer le visage des villes, en favorisant l’émergence de nouveaux lieux et en transformant ceux, existants, qui démontrent une compréhension des codes d’une culture fortement en phase avec le numérique, sensible à l’importance du design et de l’expérience sociale.

Cette conférence se veut une introduction à cet écosystème d’espaces et de pratiques émergentes, illustrés par plusieurs projets concrets en cours à Montréal et ailleurs. Nous poserons également la question suivante: quels rôles les bibliothèques publiques, et les professionnels de l’information, peuvent-ils et devraient-ils jouer dans ce nouvel environnement? "


“Washing Machine” : une collection pour lire et comprendre le web - InternetActu.net

InternetActu.net lance chez Publie.net  “Washing Machine” une collection de livres numériques cherchant à changer notre regard sur les enjeux du numérique, au croisement des technologies et de leurs usages. A priori, la collection accueillera 8 à 10 titres par an, pour l’essentiel provenant de contenus publiés sur InternetActu.net.

Les deux premiers titres de “Washing Machine” s’intitulent Comprendre l’innovation sociale et Est-ce que la technologie sauvera le monde ?

Longue vie à la Washing Machine !

La veille apprivoisée #8

Fotomat - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

- La lente érosion des inscrits en bibliothèque – Enssibrèves

Depuis 2003, la perte d’inscrits est de 16,5% pour les bibliothèques publiques, et de 14% pour les bibliothèques de l’enseignement supérieur. Il en est malheureusement de même pour la fréquentation des "non inscrits".

Christelle Di Pietro indique dans cette brève un article de C. Poissenot dans lequel il fait un constat tout aussi alarmant : Entre 2004 et 2009, ce sont les trois quarts des bibliothèques centrales de communes de plus de 50 000 habitants qui sont frappés par une baisse de leur fréquentation. Les établissements qui représentent la lecture publique par des bâtiments d’envergure sont encore plus touchés que les autres. Même des réalisations récentes, qui ont fait la fierté de la profession, sont délaissées par les citoyens : Vénissieux (– 31 %), Évreux (– 30 %), Orléans (– 28 %), Villeurbanne (– 24 %), Nice (– 23 %), Poitiers (– 22 %), Châlons-en-Champagne (– 20 %), Limoges (– 20 %), Blois (– 17 %), La Rochelle (– 17 %), Chambéry (– 16 %), Reims (– 16 %), Toulouse (– 10 %), Montpellier (– 9 %) …

Olivier Tacheau met le doigt sur l’une des raisons de la baisse de la fréquentation des bilbiothèques, à savoir des horaires d’ouverture inadaptées.  Sur son blog, il fait le constat suivant "J’ ai trouvé plus d’une trentaine de B.U fermées en ce lendemain de 11 novembre en moins de 10 minutes sur Google, sans aller plus loin". Et de s’emporter :

" sur l’assentiment collectif et l’irresponsable légèreté avec laquelle les BU ouvrent ou plutôt ferment leurs portes pour un oui ou pour un non, sans aucune raison objective ! Je sais, vous allez encore me faire le coup des étudiants qui sont rentrés chez papa/maman ou de la fac qui coupe le chauffage… et je vous répondrai juste que cette manière de penser et de toujours se disculper est suicidaire. Si les étudiants ne viennent pas c’est parce qu’on est fermés, pas l’inverse, et qu’on les oblige à nous vous regarder d’un œil désabusé et résigné devant tant de mépris de leur condition et de leurs besoins."

Le Motif s’est effetivemment interrogé sur l’impact des horaires d’ouverture sur les usages et fréquentations en bibliothèque publique.  L’étude conclut à une effective corrélation entre les horaires d’ouverture et les profils d’usagers accueillis. L’élargissement et l’adaptation des horaires contribuent donc à attirer de nouveaux publics et accroître la fréquentation des publics habituels.


- Architecture des bibliothèques : que nous apprend la science-fiction ? – Enssibrèves

L’architecte Carla Leitao vient de publier dans le HuffingtonPost une série de trois articles – en anglais – consacrés à l’architecture des bibliothèques. Le premier article est consacré aux bâtiments actuels et note notamment la place qu’y occupent désormais le multimédia, les lieux de production, de convivialité et de formation. Le second article est consacré à l’histoire des espaces des bibliothèques. Le dernier article, le plus intéressant,  étudie le futur des bibliothèques à partir de la vision qu’en donnent les auteurs de science-fiction.

En écho et en français, lire le remarquable article de Mario Tessier publié sur la Revue Argus "Les bibliothèques du futur en science-fiction"

Jean Michèle Salaun nous explique qu’avec le numérique le bilbiothécaire devient lui aussi un architecte, un architecte de l’information.

"Il est aujourd’hui indispensable, pour des sites web riches en contenus, des sites de grandes institutions, à but lucratif ou non, de faire appel à des spécialistes de l’organisation et du repérage de l’information, de même qu’à des spécialistes de l’expérience des utilisateurs. Ces deux types d’expertises convergent vers un même objectif : garantir un accès intuitif et facile au contenu, pour l’utilisateur d’une application ou d’un portail web (ou, plus généralement, de tout système d’information). On appelle les professionnels détenant ces expertises des Information Architects, « des architectes de l’information

L’enjeu pour ces nouveaux professionnels (…) construire à la fois des prestations et des institutions qui soient réellement dédiées à la communauté qu’ils servent, reprenant à leur compte la longue tradition des infrastructures épistémiques, sans l’inféoder aux stratégies industrielles qui visent à verrouiller le Web ni la réduire à la logique performative des ingénieurs. "

Il n’existe au Québec et en France à ce jour aucune formation en architecture de l’information. Et ce n’est pas de la science fiction …
- Amazon : l’industrialisation de la fidélisation – La Feuille

Hubert Guillaud nous fait brillamment la démonstration qu’Amazon est tout sauf une bibliothèque comme l’on a essayé de nous faire croire la semaine dernière.

Il faut prendre la mesure qu’Amazon est une industrie, dans l’acception la plus capitaliste du terme. Mais ce n’est pas qu’une industrie qui repose sur l’exploitation de la force de travail. C’est aussi une industrie du marketing, qui repose sur l’exploitation de tous nos biais cognitifs pour favoriser la commercialisation de ses produits.

Reste que c’est seulement en comprenant en profondeur son fonctionnement qu’on saura trouver des parades et développer des offres alternatives à l’omnipotence d’Amazon comme des autres grandes industries de l’internet.

 

- Yes we camp and read : la bibliothèque des peuples à Occupons Montréal - Bilbiomancienne

Marie D. Martel, très impliquée dans la bilbiothèque des indignès de Montréal, continue à nous faire partager le quotidien de cette "bibliothèque clandestine" :

Le jour tombe quand j’arrive.  Le temps qu’on fasse un brin de conversation, il fait noir. Éric me propose une chandelle. Mais le vent l’éteint tout de suite. La génératrice se met en marche, Jamie réussit à brancher une ampoule. Une fois, deux, trois de suite, c’est le black out qui se répète. Jamie lance que ça doit être comme ça à Bagdad et nous rions. J’en suis à me demander si je vais pouvoir finir de ranger : mon iPhone s’est épuisé à servir de flashlight. Puis, Walter surgit avec une petite lampe dell. Je le remercie et je lui dit que ça me donne l’idée de traîner une lampe frontale dans mon kit. «Like a miner’s lamp?» No Walter, a lamp for literature mining!

En attendant les indignés français tentent de s’installer … mais les compagnies de CRS veillent. Difficile dans ces conditions de tenir une bibliothèque du peuple …

La veille apprivoisée #7

Signet - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

- Et Amazon réinventa la bibliothèque – Ecrans

"Amazon vient d’ouvrir un nouvel espace sur son site permettant de télécharger des livres sur sa liseuse Kindle pour un temps limité, sans payer le prix de leur acquisition. Bref, de les emprunter — exactement comme on a l’habitude quasi-ancestrale de le faire à la bibliothèque municipale."

En regardant de plus prés les modalités de prêt, on ne peut emprunter qu’un seul livre à la fois, et pas plus d’un par mois. La possibilité de télécharger un nouveau titre se débloque lorsqu’on « rend » le précédent. La lecture d’un livre emprunté est limitée aux seuls appareils de la marque Kindle. Le catalogue comprend plus de 5 000 titres mais très peu de Best-Sellers. Contrairement à ce que laisse croire le titre de l’article publié sur Ecrans, Amazon ne réinvente pas la bibliothèque.

C’est ce que nous confirme Andy Woodworth sur son blog "Agnostic May Be". L’arrivée du service de prêt de livres numériques d’Amazon n’annonce pas l’apocalypse pour les bibliothèques, pour la simple raison que la valeur ajoutée des services de bibliothèque ne se résume au simple prêt de livres.

A ce propos, une plateforme de prêt de livres numériques dans les bibliothèques québécoises portée par l’agrégateur ANEL-De Marque sera présentée lors du prochain congrès des milieux documentaires à Montréal. En attente de connaitre ce qui est le plus important dans l’affaire : les conditions de prêts et les libertés d’usage des emprunteurs …

- Foire de Francfort (3/3) : regard mondial et prix du livre numérique – SoBookOnline

"Les prix détermineront en partie l’adoption du livre numérique. La tarification est cependant bien plus complexe qu’on ne le croit et il ne suffit pas de baisser le prix d’un livre pour voir ses ventes augmentées. C’est en fait le juste prix qui est difficile à déterminer, compte tenu de la perception qu’a un lecteur de chaque réalisation et de chaque projet…"

Question, donc : quel est le juste prix d’un livre numérique ? le prix accepté serait fonction de la valeur perçue par le client.

La gratuiteté ne semble pas être la solution à en croire Julien Simon, éditeur de livres numériques. "Pour 1000 livres gratuits téléchargés, il se vend 1 livre payant en moyenne". En outre il fait "un constat de vampirisation du payant par le gratuit". Manifestement l’économie Freemium appliquée aux livres ne fonctionne pas.

A noter les résultats 2011 encourageants de Publie.net et une entrevue de François Bon à lire pour comprendre l’esprit Publie.net.

- Wikipedia : l’encyclopédie, une bibliothèque, ‘un refuge pour l’esprit’ - Actualitté

« Wikipedia est particulière. Elle est comme une bibliothèque ou un jardin public. Comme un refuge pour l’esprit. C’est un endroit où nous pouvons tous nous rendre pour réfléchir, apprendre et partager notre connaissance avec d’autres. ». Jimmy Wales – Fondateur de Wikipédia

Un simple don de 7 € de tous les lecteurs limiterait alors l’appel au don à une journée par an. Pour ma part c’est fait.

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La veille apprivoisée #5

Pink Head - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

- Choisir, acheter une liseuse – Le tiers livre

Une synthèse pour franchir le pas. Les bibliothécaires doivent ABSOLUMENT lire ce texte de Francois Bon ! Les commentaires sont passionnants et passionnés

- Libraries Got Screwed by Amazon and Overdrive - Librarian in black

Le point de vue de Sarah Houghton, concernant l’accord Overdrive/Amazon et les bibliothèques publiques. " Overdrive a essentiellement permis à Amazon de vendre leurs livres sur le Kindle de nos abonnés. Et ce sont les bilbiothèques et l’argent public qui lui ait alloué qui paient pour ce privilège. Et qu’en est-il de la confidentialité des données de nos usagers utilisateurs ? Overdrive n’a pas jugé bon de s’expliquer". Ne signez pas automatiquement les contrats que l’on vous tend, faites savoir votre désaccord avec ces méthodes, mieux rejetez le deal !
Ce billet a secoué la biblioblogosphère américaine. Le meilleur est ici.

- La représentation des bibliothèques au cinéma – Bibliothèque numérique de l’Enssib

Comment les bibliothèques apparaissent au cinéma, via l’examen de trois grandes thématiques : la mise en image du lieu, ses habitants (bibliothécaires, usagers, protagonistes se rendant à la bibliothèque), les rôles qui lui sont dévolus. Une interrogation sur la représentation de la lecture, de la profession de bibliothécaire, de l’usager légitime.
En écho la présentation de Pascal Siegel et cette communication de Marianne Pernoo. Les italiens travaillent aussi sur ce thème – Merci Sabrina Bombassei ;-)

- Le "trésor de guerre" de Google Books – Frédéric Kaplan

Le taux d’ouvrage soumis au droit d’auteur est de 80% des fonds de Google Books. 20% des ouvrages sont libres de droits. "Une composition donc bien différente de celle de Hathi Trust, Gallica et Europeana qui ensemble approchent les 10 millions de titres numérisés mais provenant uniquement du domaine publique. Le coeur de la base de Google Books est donc bien constitué par des livres récents, exploitables commercialement. Pour reprendre les expressions d’Alain Jacqueson, viendra bientôt le temps de la « grande négociation » où Google Books devra monnayer globalement ce « trésor de guerre fabuleux », engrangé grâce à la bienveillance des bibliothèques."

Lionel Maurel précise en commentaire sur mon profil Facebook : "Erreur ! HahtiTrust ne contient pas uniquement des ouvrages du domaine public, mais les copies des ouvrages scannés par Google Books et versés par certaines bibliothèques partenaires, et notamment celles comme la bibliothèque de Michigan, qui ont permis la numérisation d’oeuvres sous droits. :-( "

- Libérez les soupes ! – S.I.Lex

‘Participer au festival de la soupe à Brest et publier les recettes sous licence libre sur un portail dédié au sein de WikiBrest, l’encyclopédie collaborative locale du pays de Brest. Quel meilleur exemple que celui des recettes de cuisine pour faire toucher du doigt ce qu’est la notion de biens communs, à travers la mise en partage et la transmission des connaissances ?"

- Espace média ou le nouveau récit technologique des bibliothèques – Marie D. Martel

"La bibliothèque est plus qu’un lieu, c’est un projet, un espace de création de liens, un incubateur social, une coopérative du futur pour des citoyens et des communautés, pour plus d’accès et de participation à la culture et au savoir".

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Réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture à l’heure du numérique – Bookcamp Montréal 2011

Lucie B. Bernier et André Roussil ont produit un document vidéo sur le dernier Bookcamp de Montréal.  Une dizaine de minutes où ils ont brillament restitué l’esprit des bookcamps qui se veulent être un bouillonnement d’idées et de réflexions collectives sur l’avenir du livre.

Le débat sur la question des  DRM est abordé à partir de la 6ème minute du document. Une bilbiothécaire explique que si les bibliothèques québécoises n’avaient pas adopté les DRM, il n’y aurait toujours pas d’offres de livres numériques dans ces équipements. "Cela permet d’avancer malgré tout. Il faut que l’on apprenne à vivre avec"en attendant mieux, continue t-elle. C’est une approche consensuelle que je comprends totalement, d’autant que la demande semble être plus forte au Québec qu’en France,  mais que je ne partage pas. Croire qu’en donnant aujourd’hui crédit à ces modèles avec DRM annonce des lendemains meilleurs est illusoire. J’ai déjà longuement expliqué ici ma position qui est celle de boycotter les plateformes de prêts numérique ayant des DRM qui sont une atteinte scandaleuse aux droits numériques fondamentaux de nos usagers lecteurs. J’ai bien conscience que cela est radical.

Tout est dit par l’un des participants, à 10 min 30 dans le document.

" La corporation des bibliothécaires devraient prendre une position publique pour réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture " à l’heure du numérique.

OUI, OUI et OUI, que cela soit au Québec ou en France – l’IABD s’y active –  car ce n’est pas les grands marchands du livre qui le feront ! Ne soyons pas leur complice !

La veille apprivoisée #4

Colleurs d'affiche - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Vers des livres vivants - InternetActu

"Faire subir des ajustements à un livre pour le faire passer d’une époque à une autre n’est pas nouveau. La différence importante entre un livre numérique remis à jour et une édition imprimée révisée, au-delà du temps et du coût : dans la première, la révision remplace littéralement le livre qui précède. Une fois téléchargé, dans la plupart des cas, un nouveau livre numérique supplante la version originale, comme si la première version n’avait jamais existé– un livre numérique élimine le souvenir de qui l’a précédé."

 - Casser la page - La feuille

Des interrogations sur la conception des livres numériques. L’arc narratif étant transformé, quid des outils de création ? Quid des outils qui permettent aux lecteurs de naviguer convenablement et facilement dans ce qu’ils cherchent? Quid de la disparition de l’indexation des livres numériques ?

Making Ebooks Visible at Academic Libraries - The digital shift

Comment rendre visible son offre d’ebooks en bibliothèque universitaire ?
Dans le même esprit lire cet article de David Lee King qui nous explique comment ne pas séparer le numérique du physique. Promouvoir la présence numérique de la bibliothèque ( Facebook, Twiter, Youtube …) dans les murs par une signalétique dans les salles de travail, la machine à café, dans les rayonnages avec nos livres, en fond d’écran des postes de consultation …

7 Things You Should Know About Service Design - iLibrarian

Le design des services en 7 questions essentielles. Sur le même sujet, voir cette présentation de Zaana Howard

Gamification: la slideshareatture – Ludicité

Une sélection de ressources très intéressantes pour comprendre le concept de gamification. La définition de Thierry Robert : "Intégration de mécaniques ludiques dans l’espace public pour favoriser la participation citoyenne par l’éducation, la sensibilisation et l’engagement."

Vers la fin du RSS ? – Bibliothèques [Reloaded]

Firefox a retiré son icône RSS de la barre d’URL, Twitter le lien « RSS » sur la page d’un profil, Google annonce que Google Reader va disparaître de la barre de navigation depuis Gmail. Allons nous vers la fin du RSS ? Plutôt vers la fin d’un RSS « grand public », qui préfère suivre l’actu via les réseaux sociaux, et un repositionnent vers certaines communautés d’utilisateurs dont les professionnels de l’information. Un billet qui a fait débat. Etienne Cavalié a fait une mise au point.

Guide pratique pour un portail web en bibliothèque – bibliothèque numérique de l’Ennsib

Le Guide pratique pour un portail web de bibliothèque est un outil visant à aider les professionnels des bibliothèques à concevoir le portail web de leur établissement, à saisir certains enjeux, à se positionner sur des services et à élaborer un cahier des charges pour leur prestataire informatique. Très utile.

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