Ne faisons pas des abonnés de nos bibliothèques, les victimes de notre manque d’engagement. La veille apprivoisée #16

Bottez utile

Bottez utile - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

MAJ : Suite à la réponse faite par la bibliothèque de Martigues au billet de François Bon cité ci dessous, le texte de ce billet à été modifié. 

En commentaire d’un billet publié sur "Le souffle numérique" au sujet de  l’affaire Gallimard/Publie.net, le directeur le bibliothécaire responsable du portail et de l’offre numérique de la bibliothèque de Martigues écrit :

Publie.net via sa plateforme de distribution Immateriel.fr a des pratiques tout aussi douteuses que Gallimard mais vis-à-vis de ses clients et en particulier des bibliothèques.

Les livres de publie.net téléchargeables sont sans DRM. Après avoir téléchargé et payé des fichiers de Publie.net via la plateforme epagine pour les copier sur les cinq liseuses en prêt de notre médiathèque, Immateriel a décidé sans AUCUN avertissement de couper le téléchargement.

La raison ? Nous sommes une médiathèque. Et malgré notre engagement à ne copier les fichiers que sur 5 machines et à avertir nos lecteurs sur l’interdiction de copier pour eux-mêmes ces fichiers, Immateriel et donc aussi Publie.net ont refusés de nous autoriser à acheter leurs fichiers. Tout devant passer par leur plateforme de streaming – fort onéreuse – prévue pour les médiathèque.
Ne comptez donc pas sur moi pour défendre F. Bon sur cette affaire de droit d’auteur avec Gallimard. Bon et Publie.net sont pris à leur propre jeu et ne valent pas mieux que Gallimard.

L’attaque est sévère. Sur son site, François Bon fait " le rappel de quelques éléments, qui sont pourtant de la compétence de base de n’importe quelle personne avertie en bibliothèque. "

MAJ : lire la réponse et les explications d’Alexis, le responsable du portail et de l’offre numérique de la bibliothèque de Martigues, sur son blog. :

Nous disposions d’un avoir auprès de notre libraire sur sa plateforme Epagine à destination des collectivités. C’est donc avec la certitude de pouvoir utiliser un outil de téléchargement de fichiers prévu et conçu en particulier sur le plan juridique pour les médiathèques municipales que j’ai constitué le fonds.

Dans un premier temps, partageant les multiples réserves autour des DRM, je me suis orienté vers des fichiers dépourvus de cette technologie. Sur le plan artistique, il m’avait semblé intéressant, en accord avec la directrice, de privilégier les créations originales, les démarches innovantes. À ce titre, Publie.net était intéressant. J’ai donc commencé par acquérir des fichiers de cet éditeur. Puis sans aucun avertissement la transaction n’a plus été possible. Notre libraire a donc enquêté. On lui a répondu qu’Immateriel.fr, le prestataire qu’utilise Publie.net pour la distribution de ces fichiers, s’était aperçu que nous étions une médiathèque. En vertu de quoi l’acquisition des fichiers était prohibée en raison d’un risque de piratage de la part des lecteurs qui, comme on le sait, sont des pirates en puissance avant d’être des amateurs de littérature. Pourtant d’autres fichiers sans DRM provenant d’autres éditeurs ont par la suite été acquis et aucun n’a procédé de cette manière avec nous. Depuis, notre libraire, prenant acte de cette interdiction, a retiré Publie.net de son catalogue à destination des collectivités locales.

La réaction de ce directeur Le témoignage de ce bibliothécaire responsable de service est symptomatique de la  méconnaissance ou du moins de la difficulté de nombreux cadres de notre profession à comprendre les questions juridiques liées au prêt de livre numérique et des usages collectifs des contenus. Lionel Maurel nous éclaire en commentaire de l’article de François Bon :

Le droit de prêt public en Europe est encadré par une directive de 1992. Elle vaut pour tous les types d’oeuvre et établit que le prêt public relève bien du monopole exclusif des titulaires de droits et ouvre droit à une rémunération. La France n’a organisé un tel système de rémunération que dans un seul domaine, celui du prêt public de livres papier . Mais cette loi ne vaut que pour les livres papier et non pour le livre numérique.

La loi sur le prix unique du livre numérique du livre ne change rien à cet état de fait. Elle comporte des dispositions concernant la fixation du prix des offres faites à des bibliothèques universitaires ou de lecture publique, mais elle ne dit pas que l’on peut faire un usage collectif des livres numériques, notamment par le biais d’un "prêt".

Le résultat, c’est qu’il faut que les titulaires de droits proposent explicitement une offre permettant la mise à disposition des livres numériques en bibliothèques pour que cela soit possible. Inversement, cela signifie que les bibliothèques ne peuvent en aucun cas acheter des livres numériques comme le ferait des particuliers chez un distributeur et ensuite les proposer en prêt dans leur établissement. Cela viole tout simplement la directive européenne.

Et bien souvent nous habillons cette absence de conscience des cadres juridiques  d’un "droit à l’expérimentation". Mais Lionel Maurel en commentaire sur mon profil Facebook précise que " s’abriter derrière un "droit à l’expérimentation" est un non-sens, car un tel droit n’existe pas et il n’y a jamais de vide juridique, mais des violations plus ou moins conscientes du droit."

Il n’y a donc que prise de risques qui doit être assumée en tant que telle. C’est ce que confirme la conclusion de ce mémoire de fin d’étude du diplôme de conservateur de Mathilde Vergnaud sur le cadre juridique pour les services en ligne des bibliothèques.

Au quotidien, les bibliothécaires sont donc dans une situation de malaise juridique (qui lui, est de plus en plus explicite). L’incertitude juridique les amène parfois à faire passer la sécurité juridique avant le service aux usagers et à freiner leur innovation. Il est temps que les bibliothèques intègrent la part de risque juridique qui réside désormais dans leur activité : être de plus en plus intégré à la société a son prix, se soumettre à ses règles. Les bibliothèques doivent donc travailler à leur sécurisation juridique à travers une meilleure connaissance du droit (par la formation des bibliothécaires, l’élaboration de guides pratiques et toutes formes de concertation). Elles peuvent également agir par l’élaboration de contrats précis et respectueux du cadre légal. Enfin, puisque le risque juridique zéro n’existe pas, les bibliothèques doivent apprendre à développer une méthode de gestion du risque juridique.

Nous ne pouvons donc pas prendre le risque de prêter des livres numériques "hors cadre juridique" sans assumer l’éventualité d’une fin soudaine du service. Néanmoins Alexis s’interroge :

Cette maison d’édition est susceptible d’autoriser au cas par cas ce que son distributeur Immateriel interdit. Imagine-t-on une bibliothèque négocier des conditions de prêts avec chacun des éditeurs à qui elle achète des documents ?

En attendant, je reste avec mes interrogations. Que dois-je faire des fichiers téléchargés avant qu’Immateriel ne coupe le robinet en s’apercevant que nous étions une médiathèque prêtant des liseuses à des méchants pirates ? Que dois-je faire de cette chronique sur C’était de Joachim Séné si personne ne peut lire le texte parmi notre public ?

Des interrogations qui démontrent que l’évolution d’un cadre juridique plus favorable à la lecture publique ne peut faire l’économie d’un large engagement des bilbiothécaires sur une question aussi cruciale. Cette absence de prise de conscience collective a permis que des lois telles que celle sur le prix unique du livre numérique ou encore celle sur  la numérisation des oeuvres indisponibles nous soient tant défavorables.  Au moment des discussions autour de ces projets de loi, L’IABD et les quelques bibliothécaires engagés étaient bien seuls. Pendant ce temps les "gros éditeurs" polluaient l’esprit du législateur jusqu’à lui donner en partie raison.

Ainsi, le lobby de l’industrie du livre arrive à glisser dans ces débats l’argument que le prêt de livres numériques en bibliothèque cannibalise les ventes.  Marie D. Martel nous démontre au regard d’une récente étude américaine que ce point de friction entre les éditeurs et les bibliothécaires est une fiction.

" Il faut cesser d’entretenir cette croyance fausse, à savoir que les livres qui sont prêtés dans les bibliothèques sont des livres qu auraient pu être achetés. Il est plus juste de concevoir les livres prêtés comme des livres qui seront achetés, ou menant à des achats de contenu qui n’auraient pas eu lieu autrement. Les livres prêtés sont des gains à venir, et non des manques à gagner. Avec une valeur ajoutée qui est sociale.

La friction est une fiction car :

  • Les supers abonnés de bibliothèques sont des consommateurs voraces.
  • Les bibliothèques sont parmi les principaux lieux de découverte pour du contenu, que ce soit des livres ou d’autres médias. Les bibliothèques supportent les lecteurs et la littéracie.
  • Les bibliothèques ont de l’argent à dépenser pour soutenir le marché du livre.
  • Les bibliothèques constituent de puissants instruments de marketing pour le contenu dont l’efficacité est avérée. (Pas toujours pour leurs propres services mais pour le contenu !)."

Et de clamer avec Barbara Genco « Ne faites pas des abonnés des bibliothèque, les victimes des guerres du livre numérique".

Mais comment porter cette revendication et convaincre le législateur français que les bibliothèques sont un lévier majeur du marché du livre  numérique si nous, bibliothécaires, restons inaudibles sur cette question ? Comment peser dans l’écosystème du livre numérique si nous restons à l’écart des discussions ? Le Quebec semble avoir trouvé un équilibre , mais bien fragile...


"Ne pas opérer ce tournant, c’est se condamner à subir défaite sur défaite dans les débat à venir ! " écrit Lionel Maurel. C’est condamner les abonnés de nos bibliothèques à être les victimes de notre manque d’engagement.

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Nous sommes tous les ayants droit de "Le vieil homme et la mer" – La veille apprivoisée #15

Cabane de pêcheur à Key West - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Une semaine marquée par l’affaire qui oppose publie.net à Gallimard. Une pluie de réactions, souvent passionnées, d’analyses et de synthèses qui rend quasi impossible de proposer une veille apprivoisée sur ce sujet. Et pourtant, je désire manifester mon soutien à François Bon et à Publie.net.

Cette affaire confirme ce que j’ai mainte fois pointé sur ce blog :

- L’industrie culturelle se contrefiche de la création et du partage.

C’est ce que nous rappelle Hubert Guillaud dans son billet "Nous n’échapperons pas à reposer la question du droit" publié sur La Feuille

Cette histoire (une de plus) me semble emblématique d’une incompréhension de plus en plus aiguë entre la création et le droit, entre le partage et la propriété. Voilà longtemps que le droit d’auteur n’est plus l’héritier de celui qu’avaient inventé les Lumières, mais est devenu le moyen des industries culturelles pour imposer leur loi. Le droit est devenu un rempart - toujours plus haut - pour empêcher la création et le partage. Ce que montre cette histoire, à nouveau, c’est qu’il est plus que temps de mettre à plat les fondements de la création qui peu à peu ont été appropriés par les industries culturelles qui ont imposé un allongement des droits à leur profit et au détriment du partage et de la créativité. Le pire c’est que cette privatisation des biens communs que dénonçait magnifiquement déjà Lawrence Lessig dans Culture Libre ou que prolonge Philippe Aigrain dans son dernier ouvrage  n’est pas terminée, bien au contraire. ACTA est la prochaine pierre angulaire de cette privatisation juridique de la connaissance.

Ou encore Marc jajah en commentaire de ce billet d’ebouquin.

Ce dont est coupable Gallimard n’est donc pas de faire respecter le droit d’auteur (dont personne ne conteste la nécessité); ce dont Gallimard est coupable c’est d’être à la tête d’un catalogue dont la valeur sociale est inestimable et dont ils refusent aujourd’hui d’assurer non seulement la circulation mais la rénovation, c’est-à-dire l’assurance que l’oeuvre circulera bien compte tenu de l’époque dans laquelle elle s’inscrit alors. C’est une faute morale très grave : la maison Gallimard n’est plus à la hauteur des oeuvres dont elle a la charge.

- La défense du droit d’auteur est donc un prétexte. L’industrie culturelle défend un monopole.

En clair: Gallimard ne fait pas son boulot, se contentant d’engranger le fric que lui procure la vente de milliers d’exemplaires du Vieil homme et la mer dans la traduction de Jean Dutourd, à un public scolaire peu exigeant." affirme de manière virulente Laurent Margantin. Ce que confirme Clément Monjou, toujours sur ebouquin :

Les classiques sont une machine à cash dont les éditeurs auront beaucoup de mal à se défaire. Encore plus lorsque l’éditeur dispose d’un monopole (imaginez les dizaines de milliers collégiens qui achètent l’ouvrage chaque année…). Un monopole qui ne tient qu’à un contrat que la traduction de François Bon mettait potentiellement en péril (cf. article sur Actualitté). [...] Le droit d’auteur mène parfois à des aberrations qui viennent limiter la diffusion des oeuvres. On s’étonne aussi de la disproportion des acteurs, le géant qui tremble face à la jeune coopérative. Gallimard contre Publie.net, c’est un peu LVMH contre une fabrique de maroquinerie qui aurait, par mégarde, dessiné un sac trop ressemblant à un Vuitton.

Et encore la propriété industrielle est mieux traitée que la propriété intellectuelle. Hubert Guillaud :

Sincèrement, comme le disait Rémi Mathis, président de Wikimédia France sur Twitter : "après 50 ans, Le vieil homme et la mer peut-il encore légitimement appartenir à un ayant droit quand il appartient à l’imaginaire du monde entier ?" La durée d’un brevet, c’est-à-dire d’un titre de propriété industriel, en moyenne, n’est que de 20 ans. Comment peut-il être plus long pour l’art et la création ? De mon vivant, aurais-je le droit de lire une autre traduction de l’oeuvre d’Hemingway que celle de Jean Dutourd ?

- Et maintenant ?

Pour Hubert Guillaud "On ne peut en rester aux bonnes intentions sur le fond. Il faut déplacer le débat et le porter sur le terrain du droit, concrètement, et rebatir ce que nous avons laissé aux industries culturelles"

En attendant, des idées et des initiatives pour défendre le droit de création et de diffusion numérique :

- Sauver la traduction inédite de François bon en signant cette pétition.
-  Disséminer sur le réseaux l’édition censurée par Gallimard, comme l’a fait Daniel Bourrion sur son site. "Parce que je pense avec beaucoup d’autres que le patrimoine littéraire mondial n’appartient plus aux ayants-droits d’un auteur décédé depuis 51 ans, ni aux éditeurs qui vivent sur la bête : ce patrimoine nous appartient à nous, nous tous." nous explique t-il.
- Participer  à l’idée de traductions libres d’oeuvres du domaine public qu’avait lancé Lionel Maurel en Janvier dernier. Une traduction libre de droit de "le Viel homme et la mer" serait notamment possible au Québec.

Plus simplement, achetons les livres proposés par publie.net.

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Nos libertés d’utilisateur du numérique en état de siège. La veille apprivoisée #14

Bunker à Omaha Beach - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

- La seule chose que vous devez savoir à propos d’ACTA. 

A peine la fronde des internautes et des grandes sociétés de l’Internet ayant poussé le Congrés américain à ajourner la procédure législative visant à adopter les lois anti-piratage SOPA et PIPA terminée qu’une nouvelle menace pése sur un internet libre. Il s’agit de L’ACTA,  Anti-Counterfeiting Trade Agreement ou accord commercial anti-contrefaçon. Cette menace est clairement exposée  dans le texte de la pétition lancée en ligne "ACTA: la nouvelle menace pour Internet".

L’ACTA, un traité mondial, pourrait permettre à de grandes entreprises de censurer Internet. Négocié en secret par un petit nombre de pays riches et de puissantes entreprises, ce traité mettrait en place un organisme de l’ombre anti-contrefaçon permettant à des intérêts privés de surveiller tout ce que nous faisons en ligne. Il leur donnerait aussi la possibilité d’imposer des sanctions très sévères – allant jusqu’à des peines de prison – contre les personnes coupables selon eux de nuire à leur activité. L’Union Européenne est en train de décider de ratifier ou non l’ACTA — et son refus mettrait en échec cette attaque mondiale sur l’Internet libre. Nous savons qu’elle s’est opposée à l’ACTA auparavant, mais certains députés européens hésitent – donnons-leur le soutien dont ils ont besoin pour rejeter le traité. Signez la pétition dès maintenant – nous la remettrons de manière spectaculaire à Bruxelles lorsque nous aurons atteint 500 000 signatures!

La pétition a déjà rassemblé plus de 1,6 millions de signatures.

Ce traité conçu comme un  accord commercial a été négocié secrètement sans aucun débat parlementaire et sans aucune consultation des organisations internationales pour imposer une logique répressive dictée par les industries du divertissement. Philippe Aigrain, fondateur du site La Quadrature du Net et Gaëlle Krikorian, doctorante à l’EHESS  parlent dans l’article "Défendons un partage non-marchand des oeuvres !" publié sur lemonde.fr, "de vraie corruption de la décision démocratique" :

La culture numérique est un terrain d’enjeux essentiels : droits des individus à l’égard des oeuvres numériques, rémunération des créateurs de toutes sortes et conditions d’existence des oeuvres. Depuis quinze ans, des groupes d’intérêt de médias et de distribution ont poussé des politiques motivées par une obsession unique : empêcher le partage non marchand d’oeuvres numériques entre individus. [...] les conditions dans lesquelles ces politiques ont été conçues, relèvent d’une vraie corruption de la décision démocratique.

Rick Falkvinge, dans un texte paru sur son blog et traduit sur le site Framablog, "La seule chose que vous devez savoir à propos d’ACTA" parle aussi d’un travail de "corruption mentale" mené par  l’industrie du droit d’auteur  auprès des législateurs.

C’est cette industrie qui pense qu’il est convenable pour les législateurs de leur donner le pouvoir de détruire un concurrent légal se trouvant à l’étranger, en supprimant ses revenus, son site web et ses publicités, simplement en le pointant du doigt.

C’est cette industrie qui trouve normal de pouvoir demander à se trouver en tête des résultats des moteurs de recherche, et de laisser “les miettes” à ses concurrents gratuits sous couvert de la loi.

C’est cette industrie qui demande sous la menace de la loi – une industrie privée – de mettre sur écoute électronique une population entière, seulement pour voir si des gens font quelque chose qu’elle n’apprécie pas, et dans ce cas, de couper à volonté les communications de cette population.

C’est cette industrie qui fait valoir que les citoyens devraient être activement empêchés d’exercer leurs droits fondamentaux, comme la liberté de parole et d’expression, si cela risque d’empiéter sur son business.

C’est cette industrie qui pense qu’il est raisonnable de condamner un petit faiseur de Karaoke à 1,2 1,2 milliards (3 000 000 €). Oh, et une grand-mère morte.

C’est cette industrie qui utilise la pédopornographie comme bouc émissaire de sa propre censure, et qui finalement choque les jeunes et favorise l’abus d’enfants.

C’est cette industrie qui a installé des rootkits sur les CD musicaux des gens et a pris le contrôle total de leurs ordinateurs, de millions d’appareils – comprenant les webcams, les microphones, les fichiers sur le disque dur, tout. Ils se sont maintenant introduits chez nous et y ont leurs yeux et leurs oreilles.

C’est cette industrie qui, une fois que vous la pensez au fond du gouffre tant moralement qu’humainement, revient sans cesse, avec de nouvelles façons créatives de vous surprendre.

Si cette industrie veut voir appliquer ce texte législatif incroyablement mauvais. Si elle se bat pour lui comme pour sa propre vie tout en prétendant que ce n’est pas très important. Si elle se bat sans expliquer aux législateurs en quoi consiste le texte. Cela devrait suffire à n’importe qui pour réaliser que c’est un sombre concentré d’horreurs. Attendez-vous à ce que l’ACTA légalise des pratiques semblables aux exemples précédents. Et encore plus. Attendez-vous à voir pire, bien pire que SOPA.

Soulignons que cette même industrie si zélée à combattre la contrefaçon ne propose comme alternative qu’une offre légale insatisfaisante. Bluetouff la qualifie même de fumisterie sur le site reflets.info.

L’offre légale est une fumisterie et elle le restera tant que le législateur ne contraindra pas les ayants droit à ouvrir leurs catalogues, elle le restera tant que le législateur confortera la position monopolistique d’une poignée de privilégiés qui sont à la fois producteurs, distributeurs et répartiteurs

Vacuité d’une offre légale et des parlementaires promulguant des lois répressives. Nous avons là tous les ingrédients d’une guérilla citoyenne contre le système du copyright. Cory Doctorow le démontre dans ce remarquable article "On ferme ! La guerre imminente contre nos libertés d’utilisateurs"

Nous n’avons pas encore perdu, mais si nous voulons que l’internet et les PC restent libres et ouverts, nous devons d’abord gagner la guerre du copyright. À l’avenir, afin de préserver notre liberté, nous devrons être en mesure de contrôler nos appareils et d’établir des réglementations sensées les concernant, d’examiner et d’interrompre les processus logiciels qu’ils exécutent, et enfin, de les maîtriser pour qu’ils restent d’honnêtes serviteurs de notre volonté, au lieu de devenir des traîtres et des espions à la solde de criminels, de bandits et de maniaques du contrôle.

Faut-il agir et comment ? s’interroge Jean Baptiste sur presse-Citron. On ne le répétera jamais assez :

"Quoi que l’on pense de ce traité, il est probable que s’il est largement ratifié et appliqué par les pays signataires, ce soit la fin de l’Internet tel que nous le connaissons. C’est aussi une énorme consolidation du système de rémunération des ayants droit, jugé par beaucoup comme complètement injuste pour le public et les artistes contre les « majors » qui récupèrent la majeure partie des recettes sous couvert de frais de diffusion alors qu’ils s’opposent justement à la diffusion via Internet bien moins onéreuse.
Ce traité est également une porte ouverte vers une évolution durable d’internet d’un système très libre (avec les abus qu’il provoque) vers un système de contrôle des infractions majeures en premier lieu, mais beaucoup sont ceux qui ne voient là qu’une première étape vers une censure plus systématique et généralisée du contenu public sur le web. "

Agir donc. En tant que citoyen et surtout en tant que bibliothécaire. L’inter-association archives, bibliothèques et documentation, L’IABD, a signé la pétition signalée plus haut. Nous devons emboîter le pas. Il est de notre devoir de défendre la liberté d’accès à l’information et sa libre circulation. Agir c’est aussi lire et soutenir la Quadrature du net qui fait sur cette question un travail remarquable d’information et de pression sur la puissance publique.  Agir c’est enfin disséminer et expliquer autour de nous via nos blogs, nos profils sociaux ou encore dans les murs de nos bibliothèques …

- Nos libertés d’utilisateur sont en état de siège.

Soyons vigilants car nos libertés d’utilisateur du numérique sont rognées par petites touches. A l’exemple des sénateurs français qui en confirmant en décembre dernier la notion de “licéité de la source”  de la copie privée rendent quasi  impossible toute copie dans le cercle privé . "Il s’agit là de la négation du principe même des exceptions au droit d’auteur, c’est-à-dire des droits du public et d’un accès non-marchand à la culture", pour la Quadrature du net.
Sauf que "le prêt en bibliothèque ou la consultation de documents sur place constituent bien une manière licite d’accéder aux œuvres et donc des “sources licites“. Du coup, la nouvelle définition de la copie privée semble étendre avec davantage de certitude le bénéfice de cette exception aux usagers des bibliothèques" nous explique Lionel Maurel. Et une idée portée et relayéé par Silvére Mercier :

Il est désormais possible d’organiser, comme un pied de nez au climat actuel une copy-party dans une bibliothèque à ces conditions pour rester dans un cadre légal:

Les copies doivent être réalisées avec le propre matériel des usagers (leur appareil photo, leur téléphone portable, leur PC chez eux, etc). Ces copies doivent être réservées à leur usage personnel et faites à partir de documents consultés ou empruntés en bibliothèque acquis de manière légale : c’est le cas des livres (droit de prêt) des DVD (droits négociés) mais pas des CD dont le prêt n’est pas négocié, ni des jeux vidéo.  L’acte de copie ne doit pas briser une mesure de protection technique (rappelons que casser un DRM est illégal depuis la DADVSI

On pourrait donc imaginer communiquer sur le droit de copier dans les bibliothèques en citant ces conditions, donc inciter les usagers à copier chez eux les oeuvres qu’ils ont emprunté dans une bibliothèque… Voilà qui pourrait être un évènement assez fabuleux pour sensibiliser le publics aux problématiques du partage des oeuvres aujourd”hui.

La première copy-party dans une bibliothèque aura lieu le 7 Mars prochain, à la Roche-Sur-Yon. La bibliothèque, un tiers lieu de résistance légale ?

Un autre exemple du recul de nos droits d’accès et de partage de la culture avec cette décision de la Cour Suprême des États-Unis qui fait retomber des œuvres appartenant au domaine public sous la protection des droits d’auteur. Des millions d’œuvres anciennes sont concernées. Parmi les plus connues, on trouve The Shape of Things to Come de H.G. Wells, Metropolis de Fritz Lang, et les compositions d’Igor Stravinsky. Des textes de J.R.R Tolkien et George Orwell ont même déjà quitté le domaine publicWikimédia France écrit sur son blog :

Chacune de ces lois a fait reculer le domaine public, mais une constante restait : ce qui entre dans le domaine public y reste définitivement. L’URAA est allée plus loin. Pour la première fois de l’histoire des États-Unis, le domaine public a été diminué : des œuvres en ont été arrachées.
Cette décision place également les réutilisateurs d’œuvres dans une situation délicate : si l’exploitation d’œuvres du domaine public n’est soumise à aucune restriction, un domaine public changeant est synonyme d’insécurité juridique.

Et ce sont les projets portés par wikimédia qui sont mis en difficulté. "J’ai fait un cauchemar horrible cette nuit. J’ai rêvé que non content de rallonger ad nauseam la durée du copyright « ils » osaient s’en prendre au sanctuaire du domaine public…"  écrit David Kravets dans un article au titre qui ne fait aucune concession "Ils ont violé le Domaine public !" … et notre liberté d’accès à la culture avec.

Le web social en est aussi. Pour s’en convaincre lire ce billet très complet d’Olivier Ertzscheid "De la conquête du far-web à celle du near-me"

Ce billet se sera efforcé de le montrer, les affrontements dans les grands espaces du far-web se sont aujourd’hui déplacés dans un corps à corps insidieux qui se déroule sur nos propres terres documentaires (near-me). Il s’agit bien, pour les uns comme pour les autres, d’une bataille de frontières ; frontières entre ce qui relève du public et ce qui relève du privé, frontière encore entre l’information et le couple "infomercial / infotainment", frontière enfin entre le politique (cas de censure évoqués dans ce billet ou efficace "lissage" de l’opinion) et le social.

Etat de siège, guerre, bataille, corruption,  lois répressives, censure, surveillance … jamais la vigilance et le militantisme des professionnels de l’information et de la documentation n’auront été aussi nécessaires. D’autant qu’une échéance électorale majeure s’annonce …

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Les bibliothèques numériques dans les nuages sont-elles compatibles avec les missions de lecture publique ? La veille apprivoisée #13

Qu’adviendrait-il si nous n’avions plus le choix ? - Par L.Dujol. CC-BY-SA

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Les dangers du livre électronique, par Richard Stallman – Framablog

Lors d’une table ronde sur le droit d’auteur Richard Stallman a expliqué que la façon dont les livres numériques sont vendus aujourd’hui par les principaux fournisseurs, présentent un risque majeur de confidentialité que les livres physiques ne posent pas. Les systèmes d’identification et de traçabilité, les DRM ou encore les formats propriétaires sont des atteintes aux libertés d’usages des lecteurs.

Un seul de ces abus fait des livres électroniques une régression par rapport aux livres imprimés. Nous devons rejeter les e-books qui portent atteinte à nos libertés.

les entreprises qui les commercialisent prétendent qu’il est nécessaire d’empiéter sur nos libertés afin de continuer à rémunérer les auteurs. Le système actuel du copyright rétribue généreusement ces entreprises, et chichement la grande majorité des auteurs. Nous pouvons soutenir plus efficacement les auteurs par des biais qui ne requièrent pas que l’on porte atteinte à notre liberté, et même légaliser le partage. [...]

Les livres électroniques n’attaquent pas systématiquement notre liberté (ceux du Projet Gutenberg la respectent), mais ce sera le cas si nous laissons toute latitude aux entreprises. Il est de notre devoir de les en empêcher.

Paranoïaque Stallman ? Le journaliste Jean Marc Manach nous fait part du message d’un éditeur accompagnant l’envoi de la version numérique d’un livre qu’il vient d’éditer :

Ces fichiers sont tatoués. Grâce à cette mesure de protection plus « souple », vous pouvez les transmettre sur une autre adresse mail, mais vous ne pouvez pas les transmettre via internet : un système intégré permet de retrouver la personne qui dépose de tels fichiers sur Internet.

Je vous encourage à lire sa réponse. Il cite notamment la nouvelle de Stallman, "Le droit de lire" publiée en 1997, dans laquelle il explique "ce pour quoi il est dangereux de vouloir surveiller ceux qui lisent." Manach conclut :

Les éditeurs qui veulent surveiller ceux qui lisent leurs livres se tirent une balle dans le pied. D’une part parce qu’ils n’empêcheront jamais un livre d’être lisible par les abonnés de telle ou telle bibliothèque publique -sans qu’ils l’aient pourtant acheté-, mais également parce qu’il leur sera impossible d’empêcher ceux qui auront acheter leurs e-books de les revendre (ou partager) en "occasion" (ce qui ne semble pas leur poser problème pour ce qui est des livres papiers), d’autre part parce que cela ouvre la voie à un contrôle social (et politique) indigne de nos démocraties.

Les bibliothèques publiques sont évoquées. Une alternative vitale ?

- Menaces sur les prêts numériques - Threats to Digital Lending – American librairies

Overdrive, la plateforme de prêt d’ebooks pour bibliothèque,  a publié des chiffres impressionnant pour l’année 2011. 35 millions de titres ont été empruntés et certains sont si populaires que 17 millions de titres sont encore en attente de prêt. L’ accord avec Amazon à séduit les bibliothèques nord américaines.  Selon le site Actualitté, "de 11.000 établissements, OverDrive est passé à 18.000, soit près de 36 % de clients en plus. Et ce, uniquement à mettre sur le compte d’une offre de livres numériques plus importante, dans un format qui convient au lecteur ebook le plus en vogue du pays,"  à savoir le KindleDifficile de ne pas progresser lorsque l’on est la seule plateforme du marché à proposer le catalogue Amazon.

Faut il y voir un signe de bonne santé pour le prêt numérique en bibliothèque publique ? Carrie Russell ne le pense pas  et parle même d’une menace sur les prêts numériques.

S’agissant d’une location d’un droit d’accès, les bibliothèques ne possèdent en aucun cas les livres numériques prêtés les rendant ainsi dépendantes du bon vouloir des éditeurs qui peuvent du jour au lendemain décider de retirer du prêt des titres de leur catalogue. Sans parler des DRM qui limitent les libertés d’usages et rendent inéquitable le prêt de livres numériques.

La bibliothécaire américaine se demande si finalement les bibliothèques ne jettent-elles pas l’argent public par les fenêtres. Des propos qui font écho à ceux de Sarah Houghton dans cette entrevue vidéo ""Digital rights or your rights ?".  Cette liberté de lire et d’usages de  nos abonnés n’est pas nécessairement compatible avec ces services de prêt numérique proposés par des prestataires privés et financés par de l’argent public. Pour mémoire cette autre vidéo de Sarah Houghton  déjà évoquée ici :

Overdrive a essentiellement permis à Amazon de vendre leurs livres sur le Kindle de nos abonnés. Et ce sont les bibliothèques et l’argent public qui lui ait alloué qui paient pour ce privilège. Et qu’en est-il de la confidentialité des données de nos usagers utilisateurs ? Overdrive n’a pas jugé bon de s’expliquer.

Est-ce véritablement l’alternative que nous voulons offrir à nos usagers ? A vouloir absolument proposer une offre de prêt de livres numériques nous nous éloignons peut-être de l’essentiel d’un service de lecture publique : offrir de manière équitable et pérenne un accès au plus grand nombre aux ressources numériques.  Et ne croyez pas que cette histoire  ne concerne que l’Amérique du Nord. 

Heureusement il y a des éditeurs, pure player bien souvent, qui jouent le jeu. Je pense à NumérikLivres ou encore à Publie.net. Accompagnons-les. En passant, François Bon en commentaire de ce billet d’Antoine Fauchié nous interpelle :

Je ne comprends pas (je pèse mes mots) la timidité des bibs : le streaming est viable à condition d’être associé à l’accès à distance (voir Champs Libres à Rennes, ou bibs publiques de Montréal) – alors la lecture streaming n’est pas réservée aux postes de la bib, mais est autorisée à tous les usagers connectés via leur identifiant lecteur, où qu’ils soient, et sur leurs propres appareils. La vocation de publie.net c’est la découverte, l’incitation, l’écoute offerte aux nouveaux auteurs – en ce sens, le streaming c’est un outil fabuleux, du point de vue même du contenu"

La Bibliothèque comme tiers-archiveur des e-bibliothèques personnelles ? - 071625348

Il y a deux ans Amazon supprimait sans préavis des Kindles de ses clients les versions numériques de deux classiques de George Orwell, "1984" et "La Ferme des animaux".  Les possesseurs de ses Kindles pensaient posséder ses livres numériques, il n’en était rien. Le discours de Stallman refait surface. Et si les bilbiothèques publiques jouaient ce rôle de tiers de confiance ? Une idée émise sur le blog "071625348" :

Sachant que le marché des ebooks décolle ; l’ebook est une chose bien volatile : en tant que fichier (ça se perd , ça se périme, ça perd ses métadonnées…) ; en tant que droit (je peux aller le re-chercher chez le vendeur… tant qu’il existe, tant que les conditions n’ont pas changé…) ; le besoin de constituer et transmettre une bibliothèque est un besoin durable ; nous, possesseurs d’ebooks, avons besoin d’archiver nos e-bibliothèques chez un tiers-archiveur, de confiance, promis à durer ;  nous, bibliothèques publiques (Etat, universités, collectivités locales) avons la mission de durer, ne serait-ce que pour conserver du papier.

Il devrait donc être tentant pour les bibliothèques de se positionner en tant qu’archiveur des bibliothèques numériques personnelles, en mettant en avant notre capital de confiance, notre pérennité, notre capital de compétence en matière de gestion des livres (pour le dire vite).

Cela va sans dire des difficultés juridiques et techniques que pose un tel dispositif. Et pourtant l’idée d’une bibliothèque publique tiers-archiveur comme alternative à l’Amazon Cloud Drive séduit la communauté des bibliothécaires. Et pourtant une idée qui laisse sceptique certains lecteurs numériques, à l’image d’Hubet Guillaud en commentaire sur mon profil FaceBook :

Mmm. C’est vraiment une idée de bibliothécaire ça. J’ai pas vraiment envie qu’en plus des industriels qui savent ce que je lis, que ma ville me propose un coffre-fort numérique que je n’ai jamais demandé. Cette vision de la conservation, un peu comme celle que défend Moix, me semble vraiment sans intérêt.

Nos envies de bibliothécaires sont-elles compatibles avec celles de nos usagers ?

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Valoriser des contenus libres de droit en bibliothèque. Pouvoir et vouloir – La veille apprivoisée #12

Commercialisation - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Valoriser le domaine public

A quand des journées nationales du bien commun ? – Bertrand Calenge : carnet de notes

Bertrand Calenge manifeste une inquiétude bien réelle au sujet "des ressources documentaires de plus en plus réduites à la monétisation du droit à leur accès et pour les nouvelles formes numériques du savoir cantonnement juridique de l’intérêt général à des “exceptions”. Et de s’interroger sur "la libéralité d’accès et d’usage que nous autres bibliothécaires pouvons faire des objets que nous manipulons en vue d’en permettre l’appropriation par l’ensemble des publics que nous servons." Et notamment les oeuvres entrant dans le domanie public.

"Il faut s’émerveiller qu’une œuvre accède enfin au domaine public et devienne ainsi la propriété de tous, un Bien commun en somme (voir l’intéressant article d’Hervé Le Crosnier) ! Et cette accession devrait faire l’objet d’une sorte de “baptême républicain” qui pourrait se concrétiser par des Journées du Bien Commun. Au-delà de la valorisation, ce serait l’occasion de questionner offensivement la place laissée à la libre communauté des citoyens : accessibilité à des espaces publics de partage, exploitation commerciale du bien commun, alerte sur les perpétuelles tentations vers une extension du droit d’auteur, etc.

Proposons à tous les bibliothécaires de se faire les moteurs d’une manifestation nationale à inventer : les Journées nationales du Bien commun !"

Une journée internationale du domaine public existe déjà, et des bibliothécaires français vont participer à leur façon à cette célébration. Mais célébrer les auteurs du domaine public peut s’avérer être plus compliqué que prévu, du moins au Canada. C’est ce que nous explique Marie D. Martel  sur son blog.

Dans son billet "Célébrer ou pas le domaine public : je veux bien faire la fête mais pour qui ?" celle-ci fait part de sa difficulté à vouloir célébrer les auteurs québécois entrant dans le domaine public :

Alors qu’il est relativement facile de repérer les dates de décès des auteurs anglophones, l’exercice se complexifie drôlement du côté des francophones du Québec. On veut bien célébrer le domaine public, mais qui est-ce qu’on fête ? Qui est un(e) écrivain (e) du Québec décédé(e) en 1961? Où est la liste, où est la base de données ?

Une difficulté que n’est pas anodine.

Si nous obtenons cette information, à BAnQ ou ailleurs, nous serons en mesure dès lors, non seulement de documenter Wikipédia,  mais aussi d’élaborer des initiatives de médiation, des fêtes de la lecture, pour ces oeuvres que nous feront renaître tout en renaissant avec elles.

Une demande confirmée par Oliver Charbonneau sur son blog CultureLibre.ca

Un domaine public qui pourrait être mis à mal si le Ca­na­da adhé­rait aux dis­po­si­tions du Trans-Pacific Partnership (TPP) qui étendraient la durée du droit d’au­teur à 70 ans ou qui im­po­se­raient des règles en­core plus strictes de ver­rouillage nu­mé­rique. Marie D. Martel propose une traduction d’un extrait de l’ appel aux citoyens canadiens en faveur de la préservation du domaine public formulé par Michael Geist, professeur à l’Université d’Ottawa, spécialiste des questions de propriété intellectuelle.

D’autant plus compliqué si les dispositions PIPA (Protect IP Act) et SOPA (Stop Piracy Online Act) étaient elles aussi validées par le Congrès américain. Toujours sur le blog Bibliomancienne,

Les organisations et les bibliothèques localisées au-delà des États-Unis ne sont pas à l’abri. Par exemple, explique Eric Hellman, si le Project Gutenberg Australia distribuait The Great Gatsby par F. Scott Fitzgerald, une oeuvre qui est encore sous copyright aux États-Unis, les démarches légales pourraient, dans la perspective de charges criminelles, forcer le fournisseur à bloquer l’accès au site; forcer Google, ou d’autres moteurs de recherche, à ne plus afficher PGA dans ses résultats et même à couper ses revenus publicitaires; forcer Wikipédia à retrancher les liens de cet organisme dans ses pages. Et, puisque les bibliothèques développent de plus en plus de collections à l’aide de ressources issues du domaine public ou de contenus libres d’être partagés, elles seront exposés à ce type de risques extraterritoriaux. Privées de ces opportunités qui ont surgi pour elles au sein de l’économie du web, on craint pour l’avenir des bibliothèques sur le territoire numérique.

De quoi justifier le black-out de mercredi dernier. MAJ : il semblerait que le projet soit ajourné.

De quoi se convaincre que les bibliothèques publiques doivent activement s’impliquer dans la défense du domaine public et sa valorisation. Mais pas seulement …

Valoriser les créations sous licences libres : 

Ziklibrenbib ou la symbiose entre contenus libres et médiation numérique en bibliothèque - S.I.Lex

Lionel Maurel salue l’arrivée de "Ziklibrenbib, un blog collaboratif créé à l’initiative de la Médiathèque de Pacé (35) et de la Médiathèque de la CDC du Pays d’Argentan (61) entièrement consacré aux musiques en libre diffusion. Il insiste sur le  rôle essentiel des bilbiothèques publiques dans la valorisation des créations sous licences libres :

Avec les contenus libres, une véritable relation “symbiotique” pourrait s’instaurer avec les bibliothèques. En effet, les artistes qui placent leurs oeuvres sous licence libre ne bénéficient généralement pas des circuits de distribution du secteur commercial. Ils peuvent dès lors avoir du mal à se faire connaître du public et ont donc particulièrement besoin de recommandation et de médiation pour percer. De leurs côtés, les bibliothécaires ont du mal à valoriser convenablement les contenus commerciaux à cause des barrières qu’on leur impose. Il y aurait donc un bénéfice mutuel à ce que des initiatives comme Ziklibrenbib se développent, pour tous les types d’oeuvres et pas seulement pour la musique, même si c’est sans doute dans ce domaine que la production d ‘oeuvres libres est la plus abondante.

L’initiative Ziklibrenbib va bien au délà :

Ziklibrenbib joue vraiment le jeu de la Culture libre, en plaçant les critiques produites sur le site par des bibliothécaires sous licence libre à son tour (CC-BY-SA).

Et comme je l’indiquais ici même :

 Les bibliothèques sont de plus en plus productrices de contenus et espèrent pouvoir par ces contenus se disséminer au sein des espaces numériques de leurs usagers. Mais comment l’espérer si ces même bibliothèques ne les placent pas sous un statut juridique adapté aux pratiques d’échange, de partage, et de réutilisation,  propres au web social ? Très clairement le portail d’une bibliothèque, son blog ou encore son wiki doivent être sous licence CC. Et croyez moi, on est loin du compte…

Les contenus produits par les Médiathèques du Pays de Romans sont aussi sous licence CC-BY-SA

"Une initiative comme Ziklibrenbib renforce encore à mon sens la nécessité que les licences Creative Commons restent bien compatibles avec les usages collectifs en bibliothèques", termine Lionel Maurel.  A condition que les bibliothécaires veulent bien se débarrasser "d’ un “DRM mental” puissant qui joue encore dans la profession et qui empêche la synergie d’opérer. "

Pouvoir et vouloir.

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Quelle pratique de lecture pour un XXIème siècle qui sera libre ou ne sera pas ? – La veille apprivoisée #11

Liberté d'accès - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

- L’évolution des pratiques de lecture à l’aune des dynamiques générationnelles et des pesanteurs sociales – La Feuille

Olivier Donnat du Département des études statistiques (DEPS) du ministère de la Culture vient de publier une analyse rétrospective des cinq éditions de l’enquête "Pratiques culturelles des français" réalisées depuis le début des années 1970.  Hubert Guillaud nous propose sur La Feuille une synthèse de cette étude que je vous invite à  lire.

En substance. Le "volume de lecture diminue tendanciellement, plus que la proportion de non-lecteurs". "Le décrochage du monde du livre est un phénomène majoritairement masculin". "Les écarts liés aux critères de diplôme, de milieu social ou de lieu de résidence, ont peu évolué en 35 ans." Enfin, "la jeunesse (15-24 ans) est le moment où la lecture est la plus forte, proportionnellement, elle est aussi, une période où, elle se dégrade particulièrement. "

Tout comme Hubert Guillaud citons olivier Donnat.

"Dans le cas des livres, le fait que la proportion de lecteurs au sein de la population française n’ait pas augmenté depuis le début des années 1970 est en soi surprenant, compte tenu de l’augmentation générale du niveau de diplôme", estime Olivier Donnat – rappelons que la part des bacheliers et des diplômés de l’enseignement supérieur dans la population française est passée de 14% en 1973 à 31% en 2008. "Cela signifie qu’en réalité, l’intérêt des Français pour le monde des livres est aujourd’hui, pour un niveau de diplôme donné – , nettement inférieur à ce qu’il était trente-cinq ans auparavant et, surtout, cela masque le recul de la quantité de livres lus dans le cadre du temps libre. Il serait toutefois bien imprudent de conclure, sur la base de ce seul constat, que les Français lisent moins, et ce, au moins pour deux raisons : la lecture liée à l’enseignement ou à l’activité professionnelle a probablement gagné du terrain et, surtout, les actes de lecture sur écran se sont multipliés, notamment au cours de la dernière décennie ; de plus, il est probable que ce recul renvoie au moins autant à des mutations d’ordre symbolique qu’à une évolution effective des comportements de lecture : si la lecture de livres a subi ces dernières décennies la concurrence des nombreuses activités de loisir liées à la culture d’écran (télévision, jeux vidéo, ordinateur), elle a aussi perdu une partie de son pouvoir symbolique auprès des jeunes générations, notamment de sexe masculin, qui ont aujourd’hui tendance à moins surestimer leurs pratiques de lecture que leurs parents au même âge, voire même à les sous-estimer en en oubliant certaines."

A  propos de cette jeune génération, en Angleterre, Mac Donald’s et Harper collins s’associent pour faire la promotion de la lecture auprès de leurs jeunes clients en leur offrant dans chaque Happy Meal acheté un livre de Michael Morpurgo. L’affaire est loin de faire l’unanimité.

Du motivex - Bilbiomancienne

L’étude d’Oliver Donnat confirme aussi le tassement de la fréquentation des bibliothèques publiques françaises. En Angleterre on s’interroge sur la fin des bibliothèques. Dans ce contexte de crise et de pessimisme ambiant, Marie D. Martel nous offre une dose de Motivex en relayant une présentation de  Stephen Abram.

"Couper dans les bibliothèques en temps de récession, c’est comme couper dans les hôpitaux pendant la peste. Simplement, mais de façon vitale, les bibliothèques sont là pour la communauté, pour l’apprentissage, pour la découverte, pour le progrès, l’habilitation sociale, le support, pour des réponses de qualité, sans biais, pour la recherche (appliquée et théorique), pour la protection et la sauvegarde de la culture et du savoir et pour l’impact économique."

Et d’affirmer "Croyez-le ou non, mais le chaos actuel est un véritable cadeau pour les bibliothèques". Ce n’est pas rien de le dire.

- Le XXIe siècle sera libre ou ne sera pas – Framablog

Framablog nous propose une traduction d’un article très intéressant de Peter Groen "Quel est le rôle du mouvement du Logiciel Libre dans la société actuelle ?" – article en anglais.

Nous sommes en pleine transition entre l’ère industrielle du siècle passé et l’ère de l’information du XXIe siècle. Nous sommes en train de passer d’un système de protection « fermé », qui fonctionnait bien dans l’ère industrielle, vers un nouveau système, une approche « ouverte » plus efficace qui est la marque de l’ère de l’information. Nous sommes en train de passer à une nouvelle manière de faire les choses : la « Voie Libre

Lionel Maurel a publié sur son blog deux billets qui alimentent cette "Voie Libre". Il revient tout d’abord sur  la signature de l’accord entre la SACEM et Creative Commons qui permet "aux auteurs, compositeurs et éditeurs de musique membres de la Sacem  de choisir chacune des oeuvres dont ils sont ayants-droit et qu’ils souhaitent placer sous une licence Creative Commons." Lionel Maurel s’interroge sur les incidences de cet accord sur les usages collectifs et notamment certains usages en bibliothèque.

"Il ne semble pas y avoir d’obstacles à ce qu’une bibliothèque utilise un morceau sous licence NC sur un site ou un blog, pas plus que l’accord ne s’oppose à l’insertion d’un player (embed) sur une page web pour une écoute en streaming. "

Une bonne nouvelle pour valoriser et faire la médiation d’oeuvres sous licence CC en bibliothèque.

Dans cet autre  billet  Lionel Maurel nous explique que si l’oeuvre de James Joyce est entrée cette année dans le domaine public, ce n’est pas le cas de sa traduction qui reste encore protégée.

En pensant à cela, j’ai ressenti un pincement, car il m’a semblé qu’il y aurait un vrai intérêt symbolique à ce que l’oeuvre de James Joyce soit réellement libérée du droit d’auteur, y compris dans ses traductions françaises. [...]

En s’inspirant du modèle Musopen, pourquoi ne pas imaginer un projet (Tradopen ?), qui aurait pour vocation de produire des traductions sous licence libre d’oeuvres littéraires du domaine public, en commençant par exemple par les livres de James Joyce ? Pour parvenir à ce but, il me semble que l’on peut envisager deux voies : crowdfunding et /ou crowdsourcing.

Et de lancer un appel aux bonnes volontés :

Lors d’échanges sur Twitter suite aux premiers pas de cette idée lancée à la cantonnade, j’ai cru me rendre compte que certains pouvaient être intéressés par ce projet de traductions libres à partir d’oeuvres du domaine public : des wikipédiens, des bibliothécaires et des documentalistes, les journalistes d’Actualitté, l’équipe de Framasoft et peut-être d’autres encore ?

Encore une fois, les libertés se perdent lorsqu’on ne les utilise pas ! Employons celles que nous offre le domaine public pour créer à nouveau en nous appuyant sur les épaules des géants !

Il n’y a pas de raison de ne pas y arriver puisque nous sommes les 99%. Les bibliothécaires en sont. Une raison supplémentaire de rester motiv(ex).  :)

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Le livre numérique en bibliothèque, 2012 l’année de tous les dangers ? – La veille apprivoisée #10

A vendre - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Une semaine où il fut beaucoup question du livre numérique.

- Pour une définition du livre numérique -Le tiers livre

Dans ce billet remarquable, François Bon nous donne sa définition du livre numérique en posant comme axiome de départ : "on n’a pas besoin de définition du livre numérique pour le lire."

Un livre numérique est " un frag­ment re­cons­truit, fermé sans fron­tière, d’une base de don­nées pour le­quel on a pro­po­sé un sys­tème spé­ci­fique de na­vi­ga­tion com­plexe, ré­ser­vé à son conte­nu, mais en pro­po­sant une cir­cu­la­tions per­met­tant de s’en ap­pro­prier le conte­nu ca­pable de se sé­pa­rer du site source, et de se consti­tuer comme re­la­tion in­time et in­di­vi­duée avec le lec­teur qui l’a trans­por­té dans son propre éco­sys­tème d’usage"

Une définition qu’il propose sur la "base de préliminaires" qu’il développe dans ce texte, "touchant le web, la validation symbolique, et  l’appropriation des outils à lire". Et de conclure par "Voilà ce pourquoi le livre numérique existe, et qu’on y travaille avec du bonheur."

- Le livre numérique, 2012 une année charnière ? - Bibliobsession.

À l’heure du prêt de livres numériques, quel rôle pour les bibliothèques, face aux puissants libraires en ligne comme Amazon ? Une question que pose avec beaucoup de justesse Silvère Mercier.

D’autant plus que les éditeurs persistent à penser "qu’un livre emprunté dans une bibliothèque est soit disant un livre qui n’est pas acheté." Un argument qui tient plus du fantasme que d’une réalité comme le confirme Marc Jajah dans ce billet

"Contrairement à ce qu’on croit en effet trop souvent un livre numérique prêté « gratuitement » s’achète…et pas qu’une fois ! La logique est en effet implacable : comme dans une bibliothèque classique, il faut suffisamment d’exemplaires pour que plusieurs lecteurs puissent accéder au même livre; sinon, ils attendent leur tour, après réservation du titre. L’idée selon laquelle le prêt de livres numériques cannibaliserait les ventes de livres est donc fausse, et d’autant plus que le prix du livre numérique destiné au prêt n’a pas cessé d’augmenter."

A se demander si les grands éditeurs n’auraient pas la volonté de tuer le prêt de livre numérique  comme le souligne ici  Glyn Moody – article en anglais.

"D’un coté, les "petits" éditeurs innovants qui sont prêts à s’adapter et à récolter les bénéfices de leur volonté de répondre à la demande croissante en livres numériques des bibliothèques publiques par un effet d’entrainement sur leurs ventes. Et de l’autre, les "gros" éditeurs sclérosés et qui résistent à essayer de nouveaux modèles économiques, préférant rendre le prêt de livres numériques le plus inconfortable possible dans le vain espoir que les lecteurs préféreront acheter plutôt qu’emprunter. " 

Ne pas prendre au sérieux le numérique risque de bien être un péchè mortel pour ces éditeurs :

"Tout ce qui touchait à l’électronique pure était perçu comme relevant du "gadget. Quand il a commencé à émerger, le numérique n’a pas été pris au sérieux par les responsables de l’entreprise. Aux yeux de ses dirigeants, Kodak semblait insubmersible. Ils ont sans doute péché par orgueil, persuadés que l’entreprise réussirait à imposer dans la durée sa vision de l’image". 

Toute ressemblance avec des éditeurs hexagonaux existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur…

Ce même Laurent Margatin interroge aussi les auteurs :

"La question que je me pose aujourd’hui est donc celle-ci: en quoi ces écrivains refusant le net comme espace d’écriture et de publication écrivent-ils désormais des oeuvres qui sont, d’une certaine manière, déjà mortes, faute d’être engagées dans cette mutation énorme du rapport au réel – et par conséquent à notre imaginaire – que nous sommes en train de vivre ?"

Silvère Mercier continue sa réflexion dans le billet cité plus haut. Puisque "les bibliothèques ne sont pas perçues et reconnues comme nécessaires pour accéder à des livres numériques" et sans le soutien des pouvoirs publics nous "risquons fort de subir la loi du marché et plus précisément d’accepter qu’un tiers comme Amazon se positionne à ses conditions entre les éditeurs et les bibliothèques" à l’image de l’alliance Overdrive/Amazon aux Etats Unis. Jean Michel Salaün s’interroge :

"La mission des bibliothèques est de retirer les contenus des contraintes commerciales pour les proposer au public. Il est donc contradictoire pour elles qu’un prêt se conclut par une offre commerciale exclusive. Mais les bibliothèques francophones, même en consortium, ne pèsent pas lourd vis-à-vis des stratégies des Big Five. Aussi la seule voie pour préserver le service public de la lecture semble la voie légale ou réglementaire."

Et Silvère de poser l’enjeu principal :

"Faut-il plutôt promouvoir des offres de prêt de livres numériques propres aux bibliothèques comme c’est déjà le cas, au risque d’avoir une visibilité très faible dans un marché qui sera dominé par des écosystèmes propriétaires couplant catalogues de contenus et objets nomades. On peut légitimement penser que dans quelques années, ne pas être dans l’Appstore ou dans le catalogue d’Amazon ou celui de Google sera équivalent à une disparition de la surface lisible du web pour les éditeurs comme pour les bibliothécaires et le service de prêt ou de médiation qu’ils prétendent fournir."

- Le livre numérique et sa médiation en bibliothèque : Lire nous ouvre de nouvelles voies neuronales – Idboox

Changez le mot éditeur par bibliothécaire et vous aurez la clef du mystère :

La capacité offerte par des appareils comme des readers, des smartphones et des tablettes à tenir dans une main une bibliothèque entière est une formidable opportunité. Comme éditeurs, nous devons utiliser chaque nouvelle technologie pour développer la lecture dans notre culture. Nous devrions nous concentrer sur le message et non rejeter la technologie. Nous devrions être agnostiques sur la plate-forme et évangéliques sur le contenu.

- Le livre numérique du point de vue du lecteur : Sociale la lecture ? - Hubert Guillaud.

En septembre dernier, le Cléo organisait sa deuxième université d’été de l’édition électronique ouverte.  Hubert Guillaud y a donné un cours intitulé "Sociale la lecture" dont l’enregistrement vidéo est disponible ici. A voir +++

La lecture de demain sera éminemment sociale prédit Bob Stein. Qu’est-ce que la lecture sociale ? En quoi est-elle importante ? Que peut-on faire pour la développer ? En parcourant quelques outils du web social (Librarything, GoodReads, RethinkBooks…)

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