Les bibliothèques numériques dans les nuages sont-elles compatibles avec les missions de lecture publique ? La veille apprivoisée #13

Qu’adviendrait-il si nous n’avions plus le choix ? - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

– Les dangers du livre électronique, par Richard Stallman – Framablog

Lors d’une table ronde sur le droit d’auteur Richard Stallman a expliqué que la façon dont les livres numériques sont vendus aujourd’hui par les principaux fournisseurs, présentent un risque majeur de confidentialité que les livres physiques ne posent pas. Les systèmes d’identification et de traçabilité, les DRM ou encore les formats propriétaires sont des atteintes aux libertés d’usages des lecteurs.

Un seul de ces abus fait des livres électroniques une régression par rapport aux livres imprimés. Nous devons rejeter les e-books qui portent atteinte à nos libertés.

les entreprises qui les commercialisent prétendent qu’il est nécessaire d’empiéter sur nos libertés afin de continuer à rémunérer les auteurs. Le système actuel du copyright rétribue généreusement ces entreprises, et chichement la grande majorité des auteurs. Nous pouvons soutenir plus efficacement les auteurs par des biais qui ne requièrent pas que l’on porte atteinte à notre liberté, et même légaliser le partage. […]

Les livres électroniques n’attaquent pas systématiquement notre liberté (ceux du Projet Gutenberg la respectent), mais ce sera le cas si nous laissons toute latitude aux entreprises. Il est de notre devoir de les en empêcher.

Paranoïaque Stallman ? Le journaliste Jean Marc Manach nous fait part du message d’un éditeur accompagnant l’envoi de la version numérique d’un livre qu’il vient d’éditer :

Ces fichiers sont tatoués. Grâce à cette mesure de protection plus « souple », vous pouvez les transmettre sur une autre adresse mail, mais vous ne pouvez pas les transmettre via internet : un système intégré permet de retrouver la personne qui dépose de tels fichiers sur Internet.

Je vous encourage à lire sa réponse. Il cite notamment la nouvelle de Stallman, « Le droit de lire » publiée en 1997, dans laquelle il explique « ce pour quoi il est dangereux de vouloir surveiller ceux qui lisent. » Manach conclut :

Les éditeurs qui veulent surveiller ceux qui lisent leurs livres se tirent une balle dans le pied. D’une part parce qu’ils n’empêcheront jamais un livre d’être lisible par les abonnés de telle ou telle bibliothèque publique -sans qu’ils l’aient pourtant acheté-, mais également parce qu’il leur sera impossible d’empêcher ceux qui auront acheter leurs e-books de les revendre (ou partager) en « occasion » (ce qui ne semble pas leur poser problème pour ce qui est des livres papiers), d’autre part parce que cela ouvre la voie à un contrôle social (et politique) indigne de nos démocraties.

Les bibliothèques publiques sont évoquées. Une alternative vitale ?

Menaces sur les prêts numériques – Threats to Digital Lending – American librairies

Overdrive, la plateforme de prêt d’ebooks pour bibliothèque,  a publié des chiffres impressionnant pour l’année 2011. 35 millions de titres ont été empruntés et certains sont si populaires que 17 millions de titres sont encore en attente de prêt. L’ accord avec Amazon à séduit les bibliothèques nord américaines.  Selon le site Actualitté, « de 11.000 établissements, OverDrive est passé à 18.000, soit près de 36 % de clients en plus. Et ce, uniquement à mettre sur le compte d’une offre de livres numériques plus importante, dans un format qui convient au lecteur ebook le plus en vogue du pays, »  à savoir le KindleDifficile de ne pas progresser lorsque l’on est la seule plateforme du marché à proposer le catalogue Amazon.

Faut il y voir un signe de bonne santé pour le prêt numérique en bibliothèque publique ? Carrie Russell ne le pense pas  et parle même d’une menace sur les prêts numériques.

S’agissant d’une location d’un droit d’accès, les bibliothèques ne possèdent en aucun cas les livres numériques prêtés les rendant ainsi dépendantes du bon vouloir des éditeurs qui peuvent du jour au lendemain décider de retirer du prêt des titres de leur catalogue. Sans parler des DRM qui limitent les libertés d’usages et rendent inéquitable le prêt de livres numériques.

La bibliothécaire américaine se demande si finalement les bibliothèques ne jettent-elles pas l’argent public par les fenêtres. Des propos qui font écho à ceux de Sarah Houghton dans cette entrevue vidéo «  »Digital rights or your rights ? ».  Cette liberté de lire et d’usages de  nos abonnés n’est pas nécessairement compatible avec ces services de prêt numérique proposés par des prestataires privés et financés par de l’argent public. Pour mémoire cette autre vidéo de Sarah Houghton  déjà évoquée ici :

Overdrive a essentiellement permis à Amazon de vendre leurs livres sur le Kindle de nos abonnés. Et ce sont les bibliothèques et l’argent public qui lui ait alloué qui paient pour ce privilège. Et qu’en est-il de la confidentialité des données de nos usagers utilisateurs ? Overdrive n’a pas jugé bon de s’expliquer.

Est-ce véritablement l’alternative que nous voulons offrir à nos usagers ? A vouloir absolument proposer une offre de prêt de livres numériques nous nous éloignons peut-être de l’essentiel d’un service de lecture publique : offrir de manière équitable et pérenne un accès au plus grand nombre aux ressources numériques.  Et ne croyez pas que cette histoire  ne concerne que l’Amérique du Nord. 

Heureusement il y a des éditeurs, pure player bien souvent, qui jouent le jeu. Je pense à NumérikLivres ou encore à Publie.net. Accompagnons-les. En passant, François Bon en commentaire de ce billet d’Antoine Fauchié nous interpelle :

Je ne comprends pas (je pèse mes mots) la timidité des bibs : le streaming est viable à condition d’être associé à l’accès à distance (voir Champs Libres à Rennes, ou bibs publiques de Montréal) – alors la lecture streaming n’est pas réservée aux postes de la bib, mais est autorisée à tous les usagers connectés via leur identifiant lecteur, où qu’ils soient, et sur leurs propres appareils. La vocation de publie.net c’est la découverte, l’incitation, l’écoute offerte aux nouveaux auteurs – en ce sens, le streaming c’est un outil fabuleux, du point de vue même du contenu »

La Bibliothèque comme tiers-archiveur des e-bibliothèques personnelles ? – 071625348

Il y a deux ans Amazon supprimait sans préavis des Kindles de ses clients les versions numériques de deux classiques de George Orwell, « 1984 » et « La Ferme des animaux ».  Les possesseurs de ses Kindles pensaient posséder ses livres numériques, il n’en était rien. Le discours de Stallman refait surface. Et si les bilbiothèques publiques jouaient ce rôle de tiers de confiance ? Une idée émise sur le blog « 071625348 » :

Sachant que le marché des ebooks décolle ; l’ebook est une chose bien volatile : en tant que fichier (ça se perd , ça se périme, ça perd ses métadonnées…) ; en tant que droit (je peux aller le re-chercher chez le vendeur… tant qu’il existe, tant que les conditions n’ont pas changé…) ; le besoin de constituer et transmettre une bibliothèque est un besoin durable ; nous, possesseurs d’ebooks, avons besoin d’archiver nos e-bibliothèques chez un tiers-archiveur, de confiance, promis à durer ;  nous, bibliothèques publiques (Etat, universités, collectivités locales) avons la mission de durer, ne serait-ce que pour conserver du papier.

Il devrait donc être tentant pour les bibliothèques de se positionner en tant qu’archiveur des bibliothèques numériques personnelles, en mettant en avant notre capital de confiance, notre pérennité, notre capital de compétence en matière de gestion des livres (pour le dire vite).

Cela va sans dire des difficultés juridiques et techniques que pose un tel dispositif. Et pourtant l’idée d’une bibliothèque publique tiers-archiveur comme alternative à l’Amazon Cloud Drive séduit la communauté des bibliothécaires. Et pourtant une idée qui laisse sceptique certains lecteurs numériques, à l’image d’Hubet Guillaud en commentaire sur mon profil FaceBook :

Mmm. C’est vraiment une idée de bibliothécaire ça. J’ai pas vraiment envie qu’en plus des industriels qui savent ce que je lis, que ma ville me propose un coffre-fort numérique que je n’ai jamais demandé. Cette vision de la conservation, un peu comme celle que défend Moix, me semble vraiment sans intérêt.

Nos envies de bibliothécaires sont-elles compatibles avec celles de nos usagers ?

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La veille apprivoisée #8

Fotomat - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

– La lente érosion des inscrits en bibliothèque – Enssibrèves

Depuis 2003, la perte d’inscrits est de 16,5% pour les bibliothèques publiques, et de 14% pour les bibliothèques de l’enseignement supérieur. Il en est malheureusement de même pour la fréquentation des « non inscrits ».

Christelle Di Pietro indique dans cette brève un article de C. Poissenot dans lequel il fait un constat tout aussi alarmant : Entre 2004 et 2009, ce sont les trois quarts des bibliothèques centrales de communes de plus de 50 000 habitants qui sont frappés par une baisse de leur fréquentation. Les établissements qui représentent la lecture publique par des bâtiments d’envergure sont encore plus touchés que les autres. Même des réalisations récentes, qui ont fait la fierté de la profession, sont délaissées par les citoyens : Vénissieux (– 31 %), Évreux (– 30 %), Orléans (– 28 %), Villeurbanne (– 24 %), Nice (– 23 %), Poitiers (– 22 %), Châlons-en-Champagne (– 20 %), Limoges (– 20 %), Blois (– 17 %), La Rochelle (– 17 %), Chambéry (– 16 %), Reims (– 16 %), Toulouse (– 10 %), Montpellier (– 9 %) …

Olivier Tacheau met le doigt sur l’une des raisons de la baisse de la fréquentation des bilbiothèques, à savoir des horaires d’ouverture inadaptées.  Sur son blog, il fait le constat suivant « J’ ai trouvé plus d’une trentaine de B.U fermées en ce lendemain de 11 novembre en moins de 10 minutes sur Google, sans aller plus loin ». Et de s’emporter :

 » sur l’assentiment collectif et l’irresponsable légèreté avec laquelle les BU ouvrent ou plutôt ferment leurs portes pour un oui ou pour un non, sans aucune raison objective ! Je sais, vous allez encore me faire le coup des étudiants qui sont rentrés chez papa/maman ou de la fac qui coupe le chauffage… et je vous répondrai juste que cette manière de penser et de toujours se disculper est suicidaire. Si les étudiants ne viennent pas c’est parce qu’on est fermés, pas l’inverse, et qu’on les oblige à nous vous regarder d’un œil désabusé et résigné devant tant de mépris de leur condition et de leurs besoins. »

Le Motif s’est effetivemment interrogé sur l’impact des horaires d’ouverture sur les usages et fréquentations en bibliothèque publique.  L’étude conclut à une effective corrélation entre les horaires d’ouverture et les profils d’usagers accueillis. L’élargissement et l’adaptation des horaires contribuent donc à attirer de nouveaux publics et accroître la fréquentation des publics habituels.


Architecture des bibliothèques : que nous apprend la science-fiction ? – Enssibrèves

L’architecte Carla Leitao vient de publier dans le HuffingtonPost une série de trois articles – en anglais – consacrés à l’architecture des bibliothèques. Le premier article est consacré aux bâtiments actuels et note notamment la place qu’y occupent désormais le multimédia, les lieux de production, de convivialité et de formation. Le second article est consacré à l’histoire des espaces des bibliothèques. Le dernier article, le plus intéressant,  étudie le futur des bibliothèques à partir de la vision qu’en donnent les auteurs de science-fiction.

En écho et en français, lire le remarquable article de Mario Tessier publié sur la Revue Argus « Les bibliothèques du futur en science-fiction »

Jean Michèle Salaun nous explique qu’avec le numérique le bilbiothécaire devient lui aussi un architecte, un architecte de l’information.

« Il est aujourd’hui indispensable, pour des sites web riches en contenus, des sites de grandes institutions, à but lucratif ou non, de faire appel à des spécialistes de l’organisation et du repérage de l’information, de même qu’à des spécialistes de l’expérience des utilisateurs. Ces deux types d’expertises convergent vers un même objectif : garantir un accès intuitif et facile au contenu, pour l’utilisateur d’une application ou d’un portail web (ou, plus généralement, de tout système d’information). On appelle les professionnels détenant ces expertises des Information Architects, « des architectes de l’information

L’enjeu pour ces nouveaux professionnels (…) construire à la fois des prestations et des institutions qui soient réellement dédiées à la communauté qu’ils servent, reprenant à leur compte la longue tradition des infrastructures épistémiques, sans l’inféoder aux stratégies industrielles qui visent à verrouiller le Web ni la réduire à la logique performative des ingénieurs. « 

Il n’existe au Québec et en France à ce jour aucune formation en architecture de l’information. Et ce n’est pas de la science fiction …
Amazon : l’industrialisation de la fidélisation – La Feuille

Hubert Guillaud nous fait brillamment la démonstration qu’Amazon est tout sauf une bibliothèque comme l’on a essayé de nous faire croire la semaine dernière.

Il faut prendre la mesure qu’Amazon est une industrie, dans l’acception la plus capitaliste du terme. Mais ce n’est pas qu’une industrie qui repose sur l’exploitation de la force de travail. C’est aussi une industrie du marketing, qui repose sur l’exploitation de tous nos biais cognitifs pour favoriser la commercialisation de ses produits.

Reste que c’est seulement en comprenant en profondeur son fonctionnement qu’on saura trouver des parades et développer des offres alternatives à l’omnipotence d’Amazon comme des autres grandes industries de l’internet.

 

Yes we camp and read : la bibliothèque des peuples à Occupons Montréal – Bilbiomancienne

Marie D. Martel, très impliquée dans la bilbiothèque des indignès de Montréal, continue à nous faire partager le quotidien de cette « bibliothèque clandestine » :

Le jour tombe quand j’arrive.  Le temps qu’on fasse un brin de conversation, il fait noir. Éric me propose une chandelle. Mais le vent l’éteint tout de suite. La génératrice se met en marche, Jamie réussit à brancher une ampoule. Une fois, deux, trois de suite, c’est le black out qui se répète. Jamie lance que ça doit être comme ça à Bagdad et nous rions. J’en suis à me demander si je vais pouvoir finir de ranger : mon iPhone s’est épuisé à servir de flashlight. Puis, Walter surgit avec une petite lampe dell. Je le remercie et je lui dit que ça me donne l’idée de traîner une lampe frontale dans mon kit. «Like a miner’s lamp?» No Walter, a lamp for literature mining!

En attendant les indignés français tentent de s’installer … mais les compagnies de CRS veillent. Difficile dans ces conditions de tenir une bibliothèque du peuple …

Réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture à l’heure du numérique – Bookcamp Montréal 2011

Lucie B. Bernier et André Roussil ont produit un document vidéo sur le dernier Bookcamp de Montréal.  Une dizaine de minutes où ils ont brillament restitué l’esprit des bookcamps qui se veulent être un bouillonnement d’idées et de réflexions collectives sur l’avenir du livre.

Le débat sur la question des  DRM est abordé à partir de la 6ème minute du document. Une bilbiothécaire explique que si les bibliothèques québécoises n’avaient pas adopté les DRM, il n’y aurait toujours pas d’offres de livres numériques dans ces équipements. « Cela permet d’avancer malgré tout. Il faut que l’on apprenne à vivre avec »en attendant mieux, continue t-elle. C’est une approche consensuelle que je comprends totalement, d’autant que la demande semble être plus forte au Québec qu’en France,  mais que je ne partage pas. Croire qu’en donnant aujourd’hui crédit à ces modèles avec DRM annonce des lendemains meilleurs est illusoire. J’ai déjà longuement expliqué ici ma position qui est celle de boycotter les plateformes de prêts numérique ayant des DRM qui sont une atteinte scandaleuse aux droits numériques fondamentaux de nos usagers lecteurs. J’ai bien conscience que cela est radical.

Tout est dit par l’un des participants, à 10 min 30 dans le document.

 » La corporation des bibliothécaires devraient prendre une position publique pour réaffirmer les grands principes d’accessibilité à la culture  » à l’heure du numérique.

OUI, OUI et OUI, que cela soit au Québec ou en France – l’IABD s’y active –  car ce n’est pas les grands marchands du livre qui le feront ! Ne soyons pas leur complice !

le bibliothécaire est une rockstar !

 

Pour casser les a priori négatifs et tenaces : être une rockstar ! - (Par cclstaff. CC-BY-SA Source : Flickr)

 

 

Je vous recommande vivement de lire ce billet de David Lee King, responsable des services numériques de la Topeka & Shawnee County Public Library, « The librarain is the rockstar « 

Il y a un an, je twitté ceci:
Je vous laisse  avec ceci à méditer: vos bibliothécaires sont-ils vos rockstars dans votre communauté ? Devraient-ils être?  Si oui, comment  y arriver?

Voici où je voulais en venir avec ce tweet: il y a quelque temps, le responsable de la communication de ma bibliothèque dit ceci à l’une de nos bibliothécaires, qui craignait qu’un article publié dans le bulletin de notre bibliothèque focalise un peu trop sur elle : « Hé ! – mon but est de faire de toi une rockstar, pas moi. »

Notre responsable du marketing a compris que l’un des atouts considérables de notre bibliothèque et donc de notre communauté … sont nos bibliothécaires. Il est donc parfois important de se concentrer sur notre personnel, plutôt que sur ce qui se passe dans nos murs.

Pourquoi ne pas faire de certains de nos bibliothécaires la « vitrine » de nos services ?

La suite est à lire ici – article en anglais

Je ne cesse de le répéter en intervention : la valeur ajoutée de nos bibliothèques est humaine. Ce qui fait la valeur de nos services, c’est le bibliothécaire. Et paradoxalement nous ne mettons que trop rarement en avant cette expertise dans la promotion de nos services. Ces personnes ressources sont parties intégrantes de l’identité de nos institutions.  j’irai même plus loin, elles sont une identité à part entière de nos institutions. « Apprenons à positionner l’institution en
retrait des individus qui la compose  » écrit Silvère sur son blog ! Le seul moyen de casser les a priori négatifs et  tenaces qui pèsent sur notre profession.

Au fait, nous avons nos rockstars en France : se sont les Geemiks !

Bibliothècaire et service informatique, je t’aime moi non plus ?

url1Débattre de la bibliothèque 2.0 c’est bien, mais l’expérimenter c’est mieux ! Sauf que bien des collègues me font part de leur difficulté à expérimenter ces nouveaux services en ligne du fait d’un accès à internet bridé au sein de leur établissement. Myspace, Facebook, Twitter et autres you tube sont tout simplement interdits d’écran dans les bureaux de nombreuses médiathèques. Le comble est que le public a parfois plus d’accès que les professionnels qui sont censés les accompagner …

Les services informatiques se défendent en mettant en avant  l’aspect sécurité. Dans de nombreux cas  le réseau  interne de la Médiathèque est intégré à celui de sa collectivité  et en subit donc les restrictions. Il y a aussi des raisons plus pragmatiques. You tube, Deezer sont des services très gourmands en bande passante et bloquer leur accès c’est assurer un débit convenable sur l’ensemble du réseau –  Ayons aussi   l’honnêteté de reconnaitre qu’ils existent ici et là des débordements … Mais derrière ce constat il y aussi un argument moins avouable mais bien présent chez certains cadres : un bibliothécaire qui a sur son bureau un accès libre à internet , c’est un bibliothécaire qui glandouille. Remarquez je me demande comment les bibliothèques françaises arrivent à fonctionner avec des hommes qui passent leur temps à lire l’Equipe au bureau, et des femmes qui ne cessent de feuilleter le dernier Elle Magazine…..  😉

Si ces restrictions sont compréhensibles elles ne  peuvent convenir aux professionnels de l’information et de la documentation que nous sommes. Nos besoins sont d’abord bien spécifiques par rapport à ceux de la majorité des agents administratifs.  Nous avons des exigences  de service aux publics aussi incontournable que les nécessités de sécurité.  Comment accompagner, expliquer, médialphabétiser l’usager si nous même dans le cadre de notre travail nous ne pouvons expérimenter le web ? Comment proposer un service de mise en valeur de la scène locale, par exemple, si nous ne pouvons accéder à Myspace ? Comment offrir une offre de contenus numériques tel que la VOD en ligne si le bibliothécaire ne peut visionner en streaming sur son poste les œuvres … ?
Imaginez une seconde que votre tutelle vienne vous expliquer que vous ne pouvez avoir en libre accès qu’à 20 % de votre fonds mais qu’en outre il vous donne la liste des documents autorisés à consulter …. inimaginable et pourtant c’est exactement le même raisonnement qui est tenu avec l’accès limité au web.  Bref, comment peut on imaginer une seule seconde qu’à l’heure où internet devient le premier média d’accès à l’information, les professionnels de l’info-doc  en soit bridés dans son usage professionnel ? Bon j’arrête … 😦

Quelles solutions ? Celle que nous avons à Romans sur Isère me paraît être le meilleur dispositif. Nous avons un accès interne spécifique pour la médiathèque. Nous pouvons ainsi accéder à internet en dehors du réseau sécurisé de notre collectivité et ce sur chaque poste des bibliothécaires. Ce n’est pas un hasard si tous mes collègues ont suivi des projets tel qu’ Everitouthèque ou la mise en place d’un netvibes interne. Ça ne fait pas tout non plus …

Les relations avec nos collègues du service informatique sont donc complexes, comme s’il fallait justifier de sa façon de travailler quand on demande à avoir accès à des podcasts. Pas toujours non plus et heuresement – je peux en témoigner pour ma collectivité. Il y aussi beaucoup d’incompréhension que j’attribue notamment à notre incapacité à communiquer auprès de nos élus et autres cadres des évolutions majeures que connaît notre profession et des nouvelles exigences et compétences inhérentes à ces changements.

La bilbiothèque comme lieu des possibles …

Je suis d’assez près les écrits du philosophe Jacques Rancière et notamment tous ses travaux sur sa philosophie de l’émancipation intellectuelle qui s’appuie sur l’affirmation de l’égalité des intelligences.

Il a donné dernièrement une interview aux inrockuptibles à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Le spectateur émancipé« . A lire absolument.

Réagissant aux propos tenus dans un article par Pierre Rosenberg, ancien directeur du Louvre, sur la différence entre les visiteurs touristes et les vrais spectateurs des œuvres exposées.

On voit bien comment ça reconstitue une opposition entre un troupeau supposément imbécile et un « vrai spectateur ». Dans le même article, il demandait qu’il y ait des cours d’histoire de l’art à l’école, enseignés par de « vrais historiens de l’art ». Et à ce moment là, on produira «  »les vrais spectateurs « …

Plus que le souci d’une fabrique de bons spectateurs, instruits, légitimes, il faut pouvoir donner sa chance à un spectateur qui puisse trouver autre chose que ce qu’il est venu chercher. Sans prédétermination de ce qu’il verra et de ce qu’il doit penser. Un spectateur doit pouvoir voir n’importe quoi, en sortant des schémas pédagogiques extrêmement lourds du monde de l’art aujourd’hui, qui dicte aux gens ce qu’ils voient. Il faut que le spectateur ait la plus grande latitude possible de négocier seul ce qu’il voit.

En lisant ces lignes je ne peux que penser au monde des bibliothèques et à son regard sur l’usager encore trop souvent prescripteur. Proposant une offre documentaire et de services pour un usager tel qu’il devrait être et non pour ce qu’il est. Rancière insiste sur le fait qu’aucune institution, dont la bibliothèque, n’est elle même émancipatrice. Selon lui nous devons partir de l’exigence égalitaire.

C’est à dire de multiplier pour des individus la possibilité de révéler leurs propres capacités. L’essentiel est d’aider les gens à basculer d’un état d’incapacité reconnue à un état d’égalité où on se considère capable de tout parce qu’on considère aussi les autres comme capables de tout.

La bibliothèque comme lieu des possibles … un lieu de tous les cheminements … un lieu où l’on mise sur l’intelligence, les intelligences de l’usager.


Réinventer les services en ligne de bibliothèque

Demain j’aurai le plaisir d’intervenir à l‘Enssib sur les enjeux de la bibliothèque 2.0. Une intervention de 6 heures, un vrai confort qui me permettra d’aller au fond de la problématique.

Cette intervention s’articulera sur l’idée que les services en ligne de bibliothèques doivent s’organiser en deux pôles. Un premier concerne l’approfondissement des services qui facilite l’accès à la bibliothèque physique et à ses collection, ainsi que l’amélioration de la relation à l’usager -« Du catalogue au portail de services en ligne ». Un second pôle de services à pour objectif de disséminer l’expertise de la bibliothèque sur le web en proposant des sites dédiés à des usages particuliers – « Disséminer la bibliothèque ».
Dans le premier cas nous poserons la question « qu’est ce que le web peut apporter à la bibliothèque ? ». Dans le second « Qu’est ce que la bibliothèque peut apporter au web ? ». Deux question indissociables.

Je vais aussi évoquer la nécessité d’impacter nos services virtuels dans le réel. J’évoquerai ce qu’appelle Daniel, l’ubibliothèque. La bibliothèque présente et disponible partout, tout le temps, sur tous les outils.

Une tentative de synthèse bien imparfaite …. mais j’ai hâte d’échanger avec les stagiaires sur ces questions.