bibcamp 2011, impressions twittesques de l’atelier « Construire sa bibliothèque numérique »

Le premier bibliocamp français s’est tenu à la B.U d’Angers le 15 janvier dernier. La mort dans l’âme j’ai du renoncer à participer à cet événement très attendu par la communauté des bibliothécaires français.  Une frustration qui fut atténuée grâce aux très nombreux tweets publiés par les bibliopotes qui participaient aux différents ateliers. D’ailleurs ce bibliocamp à été l’un des sujets les plus tweetés en France pendant cette journée de Samedi – l’hashtag #bibcamp11 était dans le tiercé de tête du top 10 tendances de twitter au soir du 15 janvier. Toutes les stats et les tweets sont à lire ici.

J’ai donc suivi avec beaucoup d’attention tous ces tweets. Ce ne fut pas toujours simple tant la conversation sur ce canal est volatile, où chaque message écrase le précédent parfois à une vitesse folle. Certes l’hashtag #bibcamp11 a permis de garder le cap, mais des sous-hashtags par atelier auraient été très appréciables pour ceux qui n’avaient pas la chance de les suivre IRL.

Je me suis plus particulièrement intéressé à l’atelier « Construire sa bibliothèque numérique ». Je vous propose ici une synthèse de celui-ci à partir de ce qui s’est dit sur twitter. Nous ne pouvons pas parler de compte rendu d’atelier, mais d’impressions twittesques. J’ai en fait compilé et organisé ce que les auteurs des tweets ont jugé intéressant à partager. Une synthèse totalement tributaire de cette subjectivité que j’ai néanmoins tenté  d’atténuer en confrontant les tweets entre eux. Très vite je me suis aperçu que les même remarques émergées … comme si finalement un consensus s’affirmait spontanément de ces conversations. Les réseaux sociaux déstructuraient-il le débat ?

Le manque de contradiction dans les médias sociaux - (Par respres. CC-BY-SA Source : Flickr)

C’est Julien Sicot qui animait l’atelier « Construire sa bibliothèque numérique ». Voici les pistes proposées sur le blog du bibcamp :  la bibliothèque numérique comme corpus de documents valorisé en ligne. Comment créer du matériaux numériques ? Éclatement de la bibliothèque numérique selon typologie des documents, usages, outils. Solutions unifiées ? Convergence des bibnums ?

Qu’en est-il sorti sur twitter ?

Bibliothèque numérique : une réalité multiple ?

Dès les premiers tweets, une question s’est imposée : de quoi parle t-on ? La bibliothèque numérique se limite t-elle à un fonds patrimonial numérisé ?

@mediamus : On entend pas tous la même chose lorsque l’on parle de bib numérique. C’est quoi au fait?
@tbokh:  On parle de fonds numérisés. C’est ça la bib num?
@Oisule : est-ce qu’on est obligé de faire une bib num avec des seuls fonds patrimoniaux ?

C’est finalement @Oisule qui apporte à mes yeux la réponse la plus complète : la bibliothèque numérique est multiple car les collections numériques le sont.

@Oisule : la bib num c fonds patrimonial, C fonds constitué / les abts ou achats de ressources commerciales, ou la bb num mondi en devenir ?

Lire à ce sujet l’excellent article du BBF co-écrit par Frédéric Martin et Emmanuelle Bermès « Le concept de collection numérique »

Pas de bibliothèque numérique sans médiation.

Mettre en ligne des ressources numériques en ligne n’a aucun intérêt si l’on n’organise aucun parcours d’accès. Plus simplement faire de la médiation.

@Oisule : une bib num juste c réservoir d’accès? est-ce que ça vaut le coup?
@mediamus :  Comment structurer et médiatiser des ressources numérisées hétérogènes ?
@mediamus : Comment valoriser et éditorialiser les contenus mis en ligne?
@tbokh :  Comment structurer bib numérique pour créer une médiation?

Et médiamus de citer en exemple  :

@mediamus :  Exemple de valorisation des contenus : les expos virtuelles d’Europeana
@symac : aller plus loin dans la bibnum : + value éditoriale autour du contenu numérisé …

La dissémination des ressources numériques dans les environnements numériques des usagers internautes n’est plus très loin :

@tbokh :  Jusqu’à présent les bibs num étaient très peu 2.0. Il faut favoriser la diffusion
@Oisule : exemple : rennes 2 à chaque fois qu’un ouvrage est déposé sur bib num lien vers wikipédia si notice auteur présente
@tbokh : Internet Archive propose un flux qui permet de disseminer tout son contenu, avec le format epub derrière
@Oisule : visualiseurs open source ex. internet archive propose Bookreader [
embarquable – ndlr]

Sur ces questions je vous renvoie à ma présentation faite à l’Enssib en 2010 « Bibliothèques numériques à l’heure du web 2.0″

La bibliothèque numérique au coeur de la grande conversation du web - (Par ari. CC-BY-SA Source : Flickr) -

La bibliothèque numérique est un média social !

Il s’agit donc d’apporter la bibliothèque numérique au sein des communautés de pratique et d’intérêt et de participer ainsi à la grande conversation du web qui s’organise notamment autour des réseaux sociaux

On s’interroge sur ce point :

@Oisule : quel est l’intérêt d’amener la bib num dans les réseaux sociaux? produit d’appel? extension?
@tbokh : Quel est l’intérêt de déporter la bib num sur les réseaux sociaux?

Lionel Maurel, aka @calimaq, met tout le monde d’accord :

@dbourrion une bib numérique peut tout à fait devenir un espace social dit @calimaq
@repeatagain : la bibnum comme média social cf  #gallica #maniok @calimaq

Sur ce point je ne peux que vous renvoyer aux outils de valorisation et de dissémination mis en place par la BNF pour  Gallica : Facebook, twitter, netvibes, blog, sans parler du lecteur embarquable, des dossiers thématiques , et les portails ciblés… Exemplaire !

La question des publics cibles, des communautés s’impose donc comme un préalable :

@mediamus : Quelle priorité : numérisation et mise en accès ou médiation ? Tout dépend à qui on s’adresse
@repeatagain : ok on a laché le gros mot : quelle communauté ?

Tout en restant très réaliste sur ces outils du web social : faut-il miser sur la visibilité, la présence web de nos ressources ou sur une réelle participation des usagers ?

@repeatagain :  fonds Trutat sur flick’r : enrichissement & particip. bof, plutôt accès et visibilité BT  depuis, accès via Gallica ++++
@tbokh : À un moment il faut acter le fait que nos outils ne fonctionnent pas ou ne sont pas utilisés
@tbokh : Mise à dispo d’outils de contribution pour l’enrichissement de la bib num par l’usager. Mais pas d’utilisation de ces outils…

Le souci étant à mes yeux plus un manque de masse critique qu’une réelle absence de volonté de participer.

La bibliothèque numérique : des questions en suspend !

Disséminer, diffuser mais sous quelles conditions juridiques ?

@repeatagain : accès au doc : on arrive à la ? des licences  pour la réutilisation : essentiel pour l’utilisation
@mediamus : La valorisation passe aussi par la réappropriation par les usagers : widgets, licences cc

la bibliothèque numérique : de nouveaux métiers ?

@mediamus :  Comment valoriser et éditorialiser les contenus mis en ligne? Pas toujours des compétences en interne pour celà
@tbokh : La bib num necessite de nouveaux métiers & compétence. Crée des tâches « en plus »
@Oisule : nouveaux métiers: numérisateurs?  des magasiniers à quart temps
@Thelonious_Moon : bib num: Rennes2 n’a pas vraiment créé de postes pour numérisation car peu d’ouvrages (300)
@repeatagain : sommes nous des curators ?

Le scandale des offres commerciales des éditeurs qui est un frein au développement de bibliothèques numériques dignes de ce nom :

@tbokh :  Quand le prestataire fourni les docs numérisés en double page… On sort le massicot?
@chrisvigneron : Des ebook chronodégradables ? RT @mediamus Quelles offres en ligne pour les bib. publiques mis à part des fonds patrimoniaux numérisés?

Tout cela est parcellaire et je compte sur vos commentaires et surtout sur les comptes rendus des participants pour compléter ou amender !

De la sérendipité en bibliothèque

Le 27 novembre dernier Henri Nothaft a publié sur Techcrunch un article très intéressant sur « le mythe de la sérendipité » . Xavier de la porte en propose une analyse sur Internet Actus. Nothaft nous livre une approche originale de ce concept. Selon lui, la sérendipité n’est en rien un effet du hasard, mais quelque chose qui serait organisé, provoqué. Nothaft la définit comme  « le fait de montrer aux gens ce qu’ils n’étaient pas conscients de chercher”. La trouvaille n’est plus le fruit du hasard mais celui d’un profilage réussi, écrit Xavier de la Porte. La fin d’un mythe.

Sérendipité : effet du hasard ou effet organisé ? - (Par zigazou76. CC-BY-SA Source : Flickr)

La sérendipité en bibliothèque : un hasard organisé ?

La bibliothèque se doit d’ être présente au détour des chemins de hasard empruntés par les internautes sur le web.  Tout comme Henri Nothaft, je pense que cette sérendipité doit être organisée et nous débarrasser de l’idée que seule la bonne fée sérendipité veille sur nos contenus en ligne. Car si l’usager emprunte au détour d’un clic un parcours informationnel inattendu, nous devons faire en sorte que nos contenus s’y trouvent. Il est donc nécessaire d’élaborer des dispositifs qui facilitent les chances de la découverte fortuite. Une approche très marketing au final, dirigiste pour certain, car ce n’est rien d’autre que d’élaborer des stratégies de parcours vers nos collections et ressources.  Sans oublier néanmoins, que l’ usager choisira ou pas les pistes que nous lui proposerons. Je suis persuadé que plus nous lui offrirons de parcours possibles, plus la sérendipité jouera son rôle. A condition que nos contenus soient en phase avec les codes d’usage web. A condition que ces pistes répondent bien à des usages informationnels repérés. Tout l’inverse de la prescription des accès.

Henri Nothaft  propose quatre types de sérendipité qui correspondent assez bien aux expérimentations de médiation déjà en cours dans le monde des bibliothèques.

Des sérendipités en bibliothèque : du caractère humain à l’algorithme

La sérendipité éditoriale : c’est la forme la plus ancienne, le fait de combiner des articles que nous savons vouloir lire (l’actualité du jour) avec des articles inattendus (des portraits, des critiques gastronomiques…) […] Le côté positif, c’est que le caractère humain de cette sérendipité éditoriale (le fait que ce soit quelqu’un qui décide des contenus et de leur organisation) produit, de fait, une flexibilité dans nos intérêts.

Un exemple très simple. Dans les Médiathèques du Pays de Romans nous réalisons des bibliographies que nous appelons surprenantes. Nous prenons un thème et nous essayons de « surprendre » nos usagers par le choix de nos recommandations. Ainsi avions-nous décidé de faire une bibliographie sur la cuisine avec comme ligne éditoriale de n’y mettre aucune recommandation de livres de recettes, mais de suggérer la cuisine à travers les romans, la BD, les albums jeunesses. Et surtout de ne mettre aucun résumé de quatrième de couverture, mais bien la critique faite par le bibliothécaire … le fameux caractère humain de cette sérendipité éditoriale. Le succès fut au rendez-vous.  Surprendre l’usager sur une « thème attendu » par des recommandations inattendues. Avez-vous remarqué qu’il n’y a rien de numérique ici ? Vous pouvez consulter « La casseroles dans tous ces états » ici.

Le côté négatif, c’est que cette sérendipité éditoriale est le fruit des intérêts de quelqu’un d’autre, ou au mieux, de la perception que se fait cette personne des intérêts de son public. Ce qui n’est pas toujours fiable.

D’où l’intérêt d’abandonner nos logiques bibliocentrées dans l’élaboration de dispositif de médiation et de bien partir des usagers, dans leur multiplicité.

La sérendipité sociale : La plus grande part des contenus que nous découvrons aujourd’hui nous provient de ce que notre réseau d’amitié virtuelle partage en ligne. Cette manière d’accéder à l’information par des voies sociales est tout à fait valable, non seulement pour rester à la page, mais parce que ce qui intéresse nos amis est censé nous intéresser. L’avantage de cette sérendipité sociale est que notre environnement social a toujours été le premier critère pour nous définir nous-mêmes et pour définir nos intérêts.

Les bibliothèques doivent occuper le web social en s’inscrivant au sein de communautés d’intérêt existantes et structurées qui vont bien au delà de leurs simples communautés d’usagers. Nous ne susciterons pas la sérendipité espérée si nous existons seulement sur le web social qu’en tant qu’institution. Les réseaux sociaux n’ont pas vocation de valoriser une institution mais de susciter des interactions auprès d’internautes qui ont des identités communes. Être présent sur le web social signifie donc de publier des contenus qui ne soient pas seulement spécifiques à la vie de la bibliothèque, mais partagés par le plus grand nombre. Le moteur de la sérendipité sociale est là.
Je crois beaucoup plus en la page Facebook “L’emusic box” de La Bibliothèque Francophone de Limoges, qu’à une quelconque page institutionnelle de bibliothèque.  Attention, je n’ai pas dit que cette dernière était inutile. J’y reviendrai bientôt avec un autre billet.

L’inconvénient est que ce type de sérendipité étant par définition publique, elle est une projection de nous-mêmes vers les autres, elle est une image de la manière dont nous voudrions être perçus par les autres.
Quelle identité numérique la bibliothèque veut elle donc défendre et disséminée ? Un préalable incontournable à toute réflexion sur la présence web d’une bibliothèque.
Le caractère humain au coeur des sérendipités - (Par falcifer. CC-BY Source : Flickr)
La “sérendipité crowdsourcée” : Faisant le pont entre la sérendipité éditoriale et la sérendipité sociale, la pertinence obtenue par le crowdsourcing repose sur le plus grand dénominateur commun. Certes, elle nous permet d’être au courant de qui est le plus populaire ou ce dont on parle le plus, mais elle n’est en aucun cas personnalisée. L’aspect positif, c’est la composante virale, c’est la manière dont elle nous met en contact avec ce qui se dit dans la population.
Certainement le type de sérendipité en bibliothèque que je cerne le moins.  Serait-ce par exemple, l’idée de proposer aux usagers d’organiser selon ses thèmes de prédilections des collections consultables en ligne et de ce fait susciter eux même des parcours. C’est tout le pari du Musée McCord de Montréal. Ce dernier propose à ses utilisateurs/usagers de constituer leurs propres dossiers documentaires et de les organiser en « circuits publics«. Ces parcours personnalisés sont consultables par toute la communauté des utilisateurs. De fait l’usager devient un partenaire à part entière de la sérendipité.
Son côté négatif, c’est son manque de précision et son utilité limitée.
Pour le bibliothécaire ou pour les usagers ?
La sérendipité algorithmique : A l’opposé de la sérendipité éditoriale, la sérendipité algorithmique est la plus dure à obtenir, mais la plus prometteuse en termes d’innovation. A partir d’une base de données, le contenu est personnalisé pour fournir l’information et le contenu qui sont recherchés, mais aussi d’autres contenus pertinents et reliés à nos intérêts, avec différents degrés de flexibilité qui sont définis par des informations données par l’utilisateur soit activement, soit passivement. Son avantage, c’est de replacer l’usager au centre de la définition de la pertinence. La livraison des contenus émane de l’usager, que ce soit consciemment ou à partir de comportements antérieurs.
C’est le fameux  » les personnes qui ont emprunté ce document, ont aussi emprunté … » que l’on voit au bas des notices des catalogues de bibliothèque de nouvelle génération.

Son inconvénient, c’est le risque de perdre de vue l’aspect humain, quelle que soit la finesse de l’algorithme. Et pour l’instant, les algorithmes ne sont pas assez fins.

Et force est de constater que la pertinence et la finesse de ces recommandations statistiques dans nos catalogues sont très décevantes. Car nous n’avons pas la masse critique suffisante pour ce genre d’outil et surtout nous ne pouvons pas conserver l’historique des prêts suffisamment longtemps pour permettre la finesse escomptée.
L’affirmation du lien social sur l’algorithme.

Les sérendipités éditoriales et sociales sont celles avec lesquelles nous avons le plus de chance de disséminer nos contenus et notre expertise sur un territoire numérique dans lequel les internautes partagent et font remonter les informations qu’ils jugent intéressantes à des gens qui les jugent dignes de confiance. A condition de jouer le jeu de ce web social qui voit l’affirmation du réseau face au moteur de recherche, du lien social face à l’algorithme. Réseau, lien social …. nous savons faire.

Une année à la rencontre de bibliothécaires

Une année sur la route ... la richesse des rencontres professionnelles. (Par BrunoDelzant. CC-BY-SA Source : Flickr)

Une année d’interventions, de formations, de cours. Une année où  j’ai croisé de très nombreux collègues bibliothécaires – BM, BDP, BU, CDI – avec lesquels j’ai partagé leurs expériences mais aussi leurs angoisses. Le plus frappant est de constater l’inquiétude de la profession face aux enjeux que pose le numérique aux bibliothèques. Des collègues en perte de confiance,  inquiets, presque tétanisés face aux possibilités offertes par les ressources numériques ou par la médiation numérique. Certains découvrent même qu’ils auraient un rôle essentiel à jouer dans la société de l’information. J’ai aussi le sentiment que notre profession aime bien se flageller et se répéter que nous sommes bien incapables de nous adapter aux transformations des usages. A force de se le dire, on va finir par le croire.

Et pourtant. Toutes ces discussions m’ont convaincu d’une chose : le potentiel de nos bibliothèques réside bien dans l’expertise de ses bibliothécaires et qu’au final le web social n’est qu’un outil supplémentaire mis  à notre disposition pour révéler cette expertise et pour la partager avec nos usagers  au sein des communautés d’intérêts qui animent les conversations du web. Aussi lors de mes interventions  je porte une attention toute particulière à rassurer, à expliquer que nous avons déjà les compétences naturelles – je n’ai pas dit toutes les compétences … –  pour participer à la médiation culturelle qui s’organise sur le web. Une médiation qui est aux mains aujourd’hui des grands médias et des vendeurs.

Au fil de ces rencontres, je capture sur un petit carnet, ici une remarque, là une idée qui par petites touches nourrissent ma réflexion. En voici quelques une en vrac. Tout cela est subjectif et n’apporte pas nécessairement de réponses.  A la fois un bilan et un work in progress.  Aucune prétention.

Les cadres vous êtes aussi concernés !

Je reçois très souvent des courriels de collègues qui me font part de leur déception à ne pas pouvoir mettre en oeuvre ce qu’ils ont entendu lors d’une formation ou d’une conférence sur la médiation numérique.  Ils m’expliquent qu’ils se heurtent à l’incompréhension de leurs directeurs ou de leurs bibliothécaires responsables qui au final ne perçoivent que de manière très partielle  l’intérêt de tels projets. Situation paradoxale car ce sont souvent eux qui autorisent l’agent à suivre cette formation.
Il est clair qu’il faut être plus tactique dans les propositions de formation et arriver à faire des offres qui soient très clairement cadrées pour des bibliothécaires cadres puisque ce sont eux qui peuvent impulser et défendre un projet de bibliothèque numérique.  C’est ce que nous avons fait avec mes collègues de la Biblioquest et grâce à l’ENACT. Le succès est au rendez-vous. Tant mieux !

Liseuses & livres numériques, késako ?

Un sujet qui revient systématiquement lors du fameux temps d’échanges dans les journées d’étude, si ce n’est le sujet même du colloque. Un constant : le nombre impressionnant de bibliothécaires qui n’ont jamais parcouru un livre numérique , ni même manipulé une liseuse. Une minorité sait ce qu’est un format epub, comprend ce qu’est un DRM. Et pourtant ils ont tous un avis …. bien souvent imprégné d’a priori négatif. Du coup je ne suis pas étonné de voir des bibliothèques s’abonner à des plateformes de prêts numériques aux modèles totalement inappropriés aux usages.

Pour info l’addnb, propose aux bibliothèques adhérentes un prêt de liseuses afin que leurs bibliothécaires puissent les utiliser, les manipuler … se faire un avis sur du concret.

Culture web et Creative Commons, les grands absents des services en ligne de bibliothèques ? (Par Giuli-O. CC-BY-SA Source : Flickr)

Des services en ligne dénués de culture web.

C’est ce que j’explique dans mon billet « Un blog de bibliothèque n’est pas une île déserte« . On m’interpelle régulièrement lors du lancement d’un blog ou d’un nouveau service en ligne de bibliothèque. Si la qualité des contenus est au rendez-vous, ceux ci ne tiennent que très rarement compte des règles de l’écriture web. Comme si le simple fait d’écrire en ligne suffisait pour exister. Encore une fois faire de la médiation numérique  sans faire l’effort de compréhension des rouages du territoire numérique n’a que très peu d’intérêt.

Et voila que l’éternelle question de la formation des bibliothécaires à une culture numérique pointe son nez …

Creative Commons, inconnu au bataillon.

Une remarque totalement liée à la précédente. Les bibliothèques sont de plus en plus productrices de contenus et espèrent pouvoir par ces contenus se disséminer au sein des espaces numériques de leurs usagers. Mais comment l’espérer si ces même bibliothèque ne les placent pas sous un statut juridique adapté aux pratiques d’échange, de partage, et de réutilisation,  propres au web social ? Très clairement le portail d’une bibliothèque, son blog ou encore son wiki doivent être sous licence CC. Et croyez moi, on est loin du compte.

Lionel Maurel en parle bien mieux que moi.

De moins en moins de pèlerins de la médiation numérique sur les routes …

et pourtant, jamais la demande de formation et d’accompagnement  n’a été aussi forte… si quelqu’un pouvait suggérer au big boss qu’il me file le don d’ubiquité …. ou qu’il convertisse par brouettes entières des bibliothécaires à la cause hybride 😉 #lettreaupèrenoël

Web social : de nouveaux usagers en bibliothèque ?

J’ai eu le plaisir de participer en août dernier à la conférence satellite de l’IFLA à Stockholm ayant pour thème « Marketing libraires in a web 2.0 world ». Voici la communication de mon intervention. La présentation est consultable en ligne ici.

Le monde de l’information et de l’accès à la connaissance connaît depuis quelques années un contexte de transformations intenses. En effet, la dématérialisation de l’information et le développement de l’accès à distance via internet participent à rendre les bibliothèques de moins en moins visibles. D’autant plus que la facilité d’utilisation des moteurs de recherche renforce chez l’usager un sentiment d’autonomie qui l’incite à se détourner des médiateurs traditionnels d’informations dont fait partie les bibliothèques. Un nouvel internaute usager s’affirme avec l’émergence du web social et son lot de nouveaux usages informationnels. Il n’est plus simplement un consommateur autonome d’information, il est aussi utilisateur de services web, producteurs d’informations et de métadonnées.

La légitimité des bibliothèques est elle acquise aux yeux des usagers ? (Par mkmabus. CC-BY-SA Source : Flickr)

Dans ce contexte la visibilité numérique des bibliothèques est brouillée. Ce constat découle aussi du fait que pendant longtemps, la raison d’être des bibliothèques et leur légitimité n’était pas à prouver, mais était considérée comme acquise. Les bibliothèques n’ont donc pas eu à justifier leurs activités sur le web. Désormais, cette légitimité est surtout évidente aux yeux des bibliothécaires, mais l’est nettement moins aux yeux du plus grand nombre[1]. Une légitimité écornée enfin par de très nombreux clichés négatifs liés au monde des bibliothèques[2] qui persistent et continuent d’être alimentés par les médias. Ainsi, pour le lancement en 2007 de sa nouvelle liseuse électronique « The Reader », Sony avait conçu un slogan provocateur « Sexier than a librarian », en ajoutant « Your library may vary », sous entendant que jusqu’à présent elle n’avait guère évolué et que l’on pouvait toujours l’espérer …. Légitimité et visibilité sont donc étroitement liées.

Lire la suite « Web social : de nouveaux usagers en bibliothèque ? »

La médiation numérique, un projet global de bibliothèque : l’exemple des Médiathèques du Pays de Romans – Symposium Bucarest septembre 2010

Fin septembre,  j’étais  à Bucarest où j’ai  participé au symposium international « Livre, Roumanie, Europe« .  J’intervenais plus particuliérement dans la section ayant pour thème « Francophonies et modernités dans les bibliothèques à l »ére du web 2.0« .  Une section coordonnée par Rejean Savard, professeur à l’EBSI, Université de Montréal et Chantal Stanescu, Bibliothécaire-dirigeante  de la Bibliothèque Publique Centrale pour la Région de Bruxelles-Capitale,  auxquels je renouvelle tous mes remerciements pour leur invitation.

Le programme était alléchant et a tenu toutes ses promesses tant par la qualité et l’homogénéité des interventions. Je retiens les propos d‘Eustache Megnigbeto de la République du Bénin, d’Amadou Anta Samb du Sénégal ou encore d’Ihmed Ksibi de Tunisie qui,  si ils sont convaincus de la nécessité d’élaborer et d’améliorer les services en ligne de bibliothèque,  nous ont rappelé que cela passe aussi par une incontournable information litteracy des usagers, des connexions internet et électriques pérennes et  l’accès à une information non censurée.  Un discours qui  nous raméne vers des problématiques bien plus pragmatiques et peut être essentielles. Merci à eux. Mon regard d’occidental avait besoin d’humilité.

J’ai apprécié aussi l’intervention de Jean phillipe Accart de la BU des sciences de l’université de Genève qui ouvrait le bal en expliquant ce qu’être un bibliothècaire dans un environnement numérique. Une intervention qui complétait à merveille celle de Marie Martel bibliothècaire dans le réseau des Bibliothèques de la ville de Montréal, et qui nous a décrit, entre autre, le dispositif mis en place dans ce réseau  pour forger « une culture de la médiation numérique » aux bibliothécaires.

Me concernant, j’intervenais pour défendre encore une fois le concept de médiation numérique en l’éclairant de l’expérience que nous menons dans les Médiathèques du Pays de Romans.

Ma présentation :