La veille apprivoisée #2

Baywatch cabin - Par iuk. CC-BY-SA Source : Flickr

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Médiation numérique : réappropriation vs autonomie – Bilbiobsession

« En reléguant le travail des bibliothécaires à du culturel, nous sommes coupés d’une part des enjeux d’accès à l’information tout court. Il y a là un élément très important à comprendre pour faire en sorte que la médiation numérique ne soit pas perçue comme enjeu lié à un seul type d’équipement, les EPN OU les bibliothèques et se transforme en une manière déguisée de remobiliser des élus autour d’équipements au financement public en déclin. Il nous faut penser de nouveaux dispositifs de médiation. » Lire les commentaires sur ce lien.

La guerre des supports : la réponse marketing d’Amazon – La feuille

« Les liseuses et tablettes sont bien en train de bouleverser le marché de l’informatique pour le faire passer d’un marché centré sur la technologie à un marché centré sur les contenus. Et dans ce domaine, c’est le marketing qui devient le coeur de la guerre »

On a piraté le droit de propriété intellectuelle – Homo numericus

« Les extrémistes du copyright ont étendu au cours des 25 dernières années l’application du droit de propriété intellectuelle à un point qui menace les fondements même de nos sociétés : la liberté d’expression, le droit d’information, la culture, l’éducation et même la santé publique. Autrement dit, c’est le bien public qui est pris en otage par des intérêts privés au nom d’un droit devenu absolu et opposable à tout. »

– Avons-nous un parti pris contre la créativité ? – Internet Actu

« Les gens affirment explicitement apprécier les idées créatives, mais bien souvent, ils les considèrent négativement et ont tendance à les rejeter car elles ont tendances à générer un sentiment d’incertitude. Mieux au sein d’une organisation. Le créatif fait un piètre manager car aux yeux de ses subordonnés : un leader crédible doit être sérieux plutôt qu’original. » ça vous parle amis bibliothécaires 😉 ? Lire les commentaires sur ce lien.

Le contenu n’a plus de valeur – Zéro seconde

« Quand le temps de présence en ligne passe par un réseau social, il faut compter sur les citations, et uniquement les citations, pour espérer avoir de la visibilité. le contenu n’a plus de valeur, mais que c’est la référence qui en a. » Le régne des influenceurs sur la qualité des contenus ? Lire les commentaires sur ce lien

Pourquoi les avis négatifs ont-ils un impact positif sur les ventes ? Internet Actu

“les critiques négatives, argumentées et bien écrites, ont tendance à favoriser les ventes d’un produit car elles permettent à l’utilisateur de mesurer le risque qu’il prend” Voila de quoi relancer le débat sur l’idée que la médiation ne se résume pas à une valorisation des coups de coeur.

Les bibliothèques publiques de Toronto évitent les coupures dans un nouvel écosystème des médias – Bibliomancienne

Les habitants de Toronto ce sont mobilisés avec succès pour éviter les coupes budgétaires des bilbiothèques publiques. Qu’en est il des citoyens Montréalais lorsque l’on apprend dans les commentaires du billet de Bibliomancienne la fermeture de la section adulte de la bibliothèque Georges-Vanier. Un silence assourdissant, non ?

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La veille apprivoisée : une revue de web en info-doc

Portrait of - Par pedrovezini. CC-BY-SA Source : Flickr

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Je tiens à remercier Bibliomancienne de m’avoir donné en publiant sa nanoveille la clef d’une diffusion durable et capitalisable de ma veille.

– Médiabitus : devenir médiateur numérique au quotidien

Comment identifier rapidement et efficacement une communauté d’intérêt pour y entrer ? Comment recommander ses trouvailles efficacement, éclairer des choix, devenir un médiateur identifié sur un thème, concrètement ? Mediabitus !

– Pour des collections numériques appropriables

Questionnements actuels autour de la place des collections dans le nouvel environnement numérique. L’occasion d’imaginer ce que pourra être la façon de se construire une culture pour les futures générations de digital natives.

– L’indexation est-elle soluble dans le(s) bouton(s) ?

 » Mais là où les folksonomies créaient une valeur / valorisation documentaire partageable par tous et accessible à chacun, les boutons improprement désignés comme boutons « de partage » laissent toute la valorisation, toute la thésaurisation à la seule discrétion des sites hôtes (Google pour le +1, Facebook pour le Like, etc.). Ce partage là est l’avatar d’un libéralisme cognitif qui vise à mettre à disposition de quelques-uns l’usufruit du labeur documentaire de chacun d’entre nous  »

– DRM: près de 200 éditeurs disent non (Aldus – depuis 2006)

« Le chiffre des éditeurs NO-DRM a presque doublé, c’est désormais presque 200 éditeurs qui ont compris les problèmes dans l’interprofession et surtout le respect, la confiance qu’ils devaient à leurs propres lecteurs. Libérons nos livres. »

– Pays-Bas : La gare de Harleem s’équipe d’une bibliothèque ActuaLitté – Les univers du livre

« les gens veulent lire, mais il n’ont pas le temps d’aller à la bibliothèque » A Harleem à 20 km à l’ouest de Amsterdam se trouve une gare, qui offre aux usagers de pouvoir emprunter un livre, pour leurs trans ports quotidiens. Un belle application du concept de la « bibliothèque atomisée« .

– Amazon lance le prêt en bibliothèques de livres pour Kindle  

Amazon permet désormais d’emprunter des livres électroniques pour son Kindle via le site Internet de 11 000 bibliothèques américaines, en bénéficiant des fonctionnalités de notes et de marquages de l’appareil. Amazon transforme les bibliothèques en librairies…

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Un exemple de projet de médiation globale dans les Médiathèques du Pays du Romans

Le dernier numéro de la revue professionnelle québécoise Argus propose un dossier sur la Médiation. J’ai eu le plaisir d’y écrire un article que je vous livre ici.

La facilité d’utilisation des moteurs de recherche et la force de la recommandation entre amis renforcent chez l’internaute usager un sentiment d’autonomie qui l’incite à se détourner des médiateurs traditionnels d’informations dont fait partie les bibliothèques. Nous ne pouvons plus demander à l’usager de s’adapter à l’univers bibliothéconomique, beaucoup trop hermétique pour le néophyte. C’est à la bibliothèque de s’adapter à l’environnement numérique de l’usager en y positionnant ses ressources et contenus.

La bibliothèque acteur de la médiation culturelle numérique

La médiation numérique est un dispositif technique, éditorial ou interactif mis en œuvre par des professionnels de l’information-documentation favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuite à tout contenu proposé par une bibliothèque. Parce que l’usager a une réalité multiple, la bibliothèque se doit de proposer le plus grand nombre possible de portes d’entrée vers ses ressources documentaires afin d’en favoriser la découverte. Aux bibliothécaires d’orienter l’usager plutôt que lui prescrire un parcours. Le portail institutionnel est une piste. D’autres sont possibles. De nombreuses bibliothèques ont déjà engagé ce travail en s’emparant des nombreux outils du web social tel que les blogs ou encore les réseaux sociaux.

Mais ces outils ne suffisent pas, il faut aussi proposer et disséminer des contenus éditorialisés présentant une valeur ajoutée informationnelle certaine. Cette large diffusion est une condition nécessaire pour susciter des interactions avec des usagers internautes et pour participer à la médiation culturelle sur internet qui est aujourd’hui organisée par les vendeurs et les grands médias. Il ne s’agit donc pas de se demander ce que le web peut apporter à la bibliothèque, mais bien de s’interroger sur ce que la bibliothèque peut apporter au web.

En avril 2006 la bibliothèque municipale de Lyon lance « Point d’Actu !« , un magazine en ligne défini comme un service d’orientation documentaire axé sur l’actualité. Les bibliothécaires s’emparent d’une question d’actualité, la mettent en perspective, proposent des références pour mieux comprendre et élargir le débat. Alors que les sujets d’actualités sont largement relayés par les médias et qu’ils constituent l’une des premières requêtes dans les moteurs de recherche, «Points d’Actu !» a pour objectif de proposer un éclairage complémentaire. Ce service ne vise pas tant à promouvoir la collection de la bibliothèque mais de mettre à disposition de tous une expertise bibliothécaire. Ce service porte l’image de l’institution sous l’angle des contenus proposés.

Cet exemple démontre que si la gestion d’un fonds documentaire reste un pilier de notre métier, il n’est plus exclusif. La gestion de « leur visibilité » et l’animation du réseau de lecteurs et/ou des communautés d’intérêts potentiels rattachés à ces documents sont d’une importance égale si ce n’est plus. La bibliothèque s’éditorialise, le bibliothécaire devient « le journaliste » de ses collections.

La réussite de ces dispositifs suppose donc un projet éditorial et une (ré) organisation de la bibliothèque. Un projet de médiation numérique est un projet global au carrefour de nombreuses activités de la bibliothèque, sans pour autant se fondre dans l’une d’elle :

– Valorisation des ressources documentaires de la bibliothèque par des outils numériques.
– La veille documentaire thématique des acquéreurs.
– Administration du SIGB pour mettre en œuvre des services. Mais la médiation numérique ne s’y résume pas.
– Activités de l’espace multimédia de la bibliothèque qui est l’un des acteurs de la médiation in situ.
– Le département marketing/communication de la bibliothèque. La médiation numérique suppose une communication efficace, sur le site et en dehors.
– Le département action culturelle de la bibliothèque.

A Romans sur Isère, la médiation numérique ne reste pas dans les nuages - (Par tryphon4. CC-BY-SA Source : Flickr )

Un projet de médiation numérique des collections dans le réseau des Médiathèques du Pays de Romans.

Everitouthèque : de l’expérimentation à la validation.

Everitouthèque a été mis en ligne le 1er avril 2006. Le point de départ est une frustration. L’ergonomie rigide de l’OPAC ne permettait pas d’avoir un espace numérique digne de ce nom. L’idée d’un blog ait vite venu : créer un espace moins institutionnel de recommandations de documents avec toutes les possibilités offertes par le web. Avec un objectif simple, la mise en valeur du fonds à travers des thèmes et des genres forts. L’écriture est collaborative. Une vingtaine de bibliothécaires, des lecteurs, des libraires locaux, des partenaires contribuent.

Le succès de ce blog à permis de valider le projet de médiation numérique des collections au sein des Médiathèques du Pays de Romans. Cela s’est traduit par la création d’un poste de responsable de la médiation numérique des collections, la révision des profils de postes des agents et par l’intégration dans l’organigramme d’un pôle numérique regroupant les responsables de la médiation numérique, de l’informatique documentaire et des services multimédias. Ils réfléchissent ensemble sur la mise en œuvre de la bibliothèque sur le territoire numérique.

Lire la suite « Un exemple de projet de médiation globale dans les Médiathèques du Pays du Romans »

La bibliothèque, un plus pour le web social

La revue Archimag vient de publier un numéro spécial intitulé « Bibliothèques : les nouveaux usages ».  J’ai eu le plaisir d’écrire l’article que je vous livre ici.

L'affirmation du lien social face à l’algorithme ? - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

En mars 2010 aux Etats Unis et sur une semaine entière, un réseau social, Facebook, a devancé Google par son trafic. De peu, certes. Non pas que Google perd du terrain, mais parce que l’audience de Facebook se développe plus vite que lui. Un fait qui révèle une mutation forte : l’affirmation du réseau face au moteur de recherche, du lien social face à l’algorithme. L’affirmation d’un web social dans lequel des internautes partagent et font remonter les informations qu’ils jugent intéressantes à des gens qui les jugent dignes de confiance.

Le monde des bibliothèques s’interroge aujourd’hui sur sa présence web. Si ce web social était un territoire, Facebook serait le 3ème pays le plus peuplé du monde. Où serait la bibliothèque sur ce territoire ? S’il est aujourd’hui admis que la bibliothèque doit être là où sont les usagers, reste à savoir sous quelle forme et dans quel but.

Promouvoir la bibliothèque et ses services

De nombreux blogs, comptes Twitter ou encore pages et profils Facebook de bibliothèques sont utilisés pour promouvoir leur établissement dans des espaces numériques utilisés au quotidien par leurs usagers. Globalement nous y trouvons une information factuelle sur le fonctionnement de la bibliothèque (horaires, date de fermeture, mode d’emploi), les activités et des annonces d’événements. Parfois un retour d’animation via publication de photos et/ou d’articles. Les collections sont mises en valeur par l’annonce de nouvelles acquisitions ou de nouveaux abonnements à des revues. Au final des espaces pensés comme des annexes du site de la bibliothèque sur le web social. Des outils de dissémination de l’information institutionnelle qui s’inscrivent dans une stratégie de communication afin de faire mieux connaître l’institution et donner une image moderne de la bibliothèque et de ses agents. Un indéniable levier d’audience et de notoriété.

Améliorer la relation bibliothécaire /usager

Le web social par ses fonctionnalités participatives que sont les commentaires, les annotations, les recommandations créée une proximité nouvelle entre les usagers et la bibliothèque. Des usagers qui n’hésitent plus à se manifester.
Ainsi les bibliothèques universitaires d’Angers disposent de deux pages Facebook qui rassemblent chacune d’elles plus de 1000 amis. Les bibliothécaires sollicitent régulièrement cette communauté pour recueillir leur avis sur un service, une animation en cours mais parfois pour débattre. Lire notamment les échanges sur la page Facebook de la BU de Saint Serge au sujet des réactions passionnés de certains étudiants déclenchées par l’exposition « vaticane ». Des échanges auxquels participent bien évidemment les bibliothécaires ayant bien compris qu’il s’agissait là de moments privilégiés pour connaître et accompagner ses usagers, permettre une amélioration et peut être une meilleure compréhension des services. La valeur ajoutée ici, n’est pas Facebook mais bien le travail d’animation de la communauté en ligne effectué par les bibliothécaires.

 

Se positionner sur des communautés d’intérêt qui vont bien au delà des usagers de la bibliothèque - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

Une approche locale dans un web global

Quelle soit marketing ou communicationnelle cette démarche présente une limite ; elle est trop biblio-centrée car elle ne s’adresse qu’à la communauté locale des usagers de la bibliothèque et ne vise qu’à défendre l’image de l’institution. Car au delà des usagers du service public local, qui à la volonté d’être ami avec une bibliothèque sur Facebook pour partager des horaires et de nouvelles acquisitions ? Le web social est utilisé par les internautes pour converser, échanger, partager au sein de communautés globales d’intérêt – fan de bd, d’un artiste, de ma ville … Il est dommage que la bibliothèque n’essaie pas de se positionner aussi sur ces communautés d’intérêt qui vont bien au delà des usagers de la bibliothèque.

Au final, beaucoup de bibliothèques se sont inscrites sur ce territoire numérique en se demandant uniquement ce que le web social pourrait apporter à leur service local.

Le risque est de se contenter d’y aller par ce qu’il faut y être, comme une fin en soi. Ne serait-il pas plus audacieux de se demander ce que la bibliothèque peut apporter au web social ?

Ce que les bibliothèques ont à apporter au web social

Les réseaux sociaux n’ont pas vocation de valoriser une institution mais de susciter des interactions auprès d’internautes qui ont des identités communes. Être présent sur le web social signifie de publier des contenus qui ne soient pas spécifiques à la vie de la bibliothèque, mais partagés par le plus grand nombre.

La Bibliothèque Francophone de Limoge est présente sur Facebook via une page “L’emusic boxqui se veut être un jukebox virtuel qui propose à l’écoute des artistes musiciens de la région Limousin. La page permet également de suivre l’actualité des artistes et annonce leurs concerts. La bibliothèque se positionne comme l’un des animateurs de cette scène locale en offrant des espaces numériques dans lesquels cette communauté accède à des contenus, partage ou converse. La page Facebook rassemble aujourd’hui 694 amis, mais aussi 736 amis sur Myspace, 213 abonnés sur Twitter. Tous ne sont pas des « amis » de la bibliothèque mais des « fans » des artistes locaux portés et défendus par les bibliothécaires de Limoges.
Le blog Médiamus de la médiathèque municipale de Dole est perçu d’abord comme un blog thématique musical avant d’apparaître comme un service de la bibliothèque. Ce positionnement lui a permis d’être très bien classé dans la communauté d’intérêt des amateurs de musique.

Le bibliothécaire,  journaliste de ses collections ?

Ces exemples démontrent que si la gestion d’un fonds documentaire reste un pilier de notre métier, il n’est plus exclusif. La gestion de « sa visibilité », la recommandation de ressources externes et l’animation du réseau des lecteurs et/ou des communautés d’intérêts potentiels rattachés à ces documents sont d’une importance égale si ce n’est plus à l’heure du web social. La bibliothèque s’éditorialiste, le bibliothécaire devient le journaliste de ses collections et des ressources web qu’il aura repérées.

Ce travail de médiation numérique ne s’improvise pas et ne se résume donc pas au simple fait d’ouvrir un blog ou une page sur Facebook. La réussite de ces dispositifs suppose  un projet éditorial et une (ré) organisation de la bibliothèque. Il s’agit d’organiser une chaîne de publication et de validation des contenus proposés par la bibliothèque, d’intégrer ce travail dans le temps de travail effectif des agents; de revoir les profils de postes, de prévoir un plan de formation professionnelle afin qu’une culture numérique commune existe au sein de l’équipe, permettre aussi l’auto-formation et veiller à avoir un accès non bridé à internet sur les postes des agents …

 

La bibliothèque s’ouvre à un nouveau type d’usagers - - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

De nouveaux usagers ?

Nous connaissons une transformation majeure de l’espace temps des bibliothèques : à coté de l’espace physique et ses usages territorialisés s’ajoute celui de l’immensité du web et du flux. La bibliothèque s’ouvre à un nouveau type d’usagers : emprunteur ou simple consultant, inscrit ou non inscrit, usager internaute de la bibliothèque hybride ou internaute usager de la bibliothèque en ligne seulement, habitant du territoire physique ou habitant du territoire numérique. Toutes les combinaisons sont possibles. La bibliothèque se doit de proposer autant de parcours.

Une nécessaire mutualisation des contenus à valeurs ajoutées produits par les bibliothèques

Cette production de contenu à valeur ajoutée par des professionnels de l’info-doc est une véritable force à l’heure où beaucoup d’usagers internautes se perdent dans la jungle informationnelle et sont demandeurs de recommandations, de pistes à explorer.

Cette présence web des bibliothèques par la production de contenu ne pourra faire l’économie d’une mutualisation. Seul un média public du type « Le choix des Libraires » permettrait de valoriser ses contenus et en développer une large diffusion sur le web. N’oublions pas que les bibliothèques sont quasi absentes de la médiation culturelle sur internet qui s’organise aujourd’hui autour des vendeurs et des grands médias. Cette mutualisation reste à inventer…

Des documents, des contenus, des machines, des hommes et des QR codes

 

Inventé au japon en 1994, le QR code est sous licence libre depuis 1999 - (Par jory. CC-BY-SA Source : Flickr)-

Voila plusieurs semaines que je réfléchis à la possibilité de mettre des QR codes sur les documents empruntables dans les Médiathèques du Pays de Romans. Pour alimenter ma réflexion,  j’ai écrit ce petit mémo. Rien de très nouveau dans le propos. Un état de l’art et quelques éléments de perspective. Juste pour partager.

Qu’est ce qu’un QR code ?

Quick Reponses code, QR code, est un code barre 2D qui prend la forme d’un pictogramme et qui peut être lu par un lecteur dédié  ou un smartphone. Il a l’avantage de pouvoir stocker plus d’informations qu’un code à barres traditionnel telles que des URL,  un fil rss, du texte, un numéro de téléphone, une adresse courriel, un sms ou encore une vidéo.

Les avantages du QR code sont nombreux. Il est simple à déployer, puisqu’il suffit de l’imprimer. Il s’adapte donc à tout type de supports. Le décodage est rapide même si le code est très dégradé. Il est non- intrusif puisque l’action de décodage est à l’initiative de l’utilisateur. Enfin il est peu onéreux, de nombreux générateurs de QR codes sont disponibles en ligne gratuitement. Il existe même des extensions QR code pour Google Chrome.

L’intérêt principal de ces codes 2D, est qu’ils permettent de créer des passerelles entre des supports tangibles et des contenus numériques. Il suffit de scanner avec son smartphone le code pour être redirigé vers le contenu associé. Très populaire au Japon, ils commencent à se répandre en France. Nous croisons régulièrement des QR codes dans les magazines, sur les affiches et quelques livres papiers. Rappelons l’expérience de l’hyper Livre de Jacques Attali « Le sens des choses » paru en 2009.

En outre, les chiffres d’audience de l’internet mobile en France du quatrième trimestre 2010 dévoilés ces derniers jours par Médiamétrie font ressortir une véritable appropriation de l’internet mobile par les utilisateurs : il y a désormais 15,5 millions de mobinautes en France sur 43,4 millions de personnes équipées de téléphone mobile. En un an, 3,3 millions de Français supplémentaires ont été séduits par la possibilité d’accéder à de nouveaux services et contenus médias à partir de leur téléphone. L’internet mobile n’est plus une histoire de Geeks.
Est-ce une raison suffisante de croire qu’il est temps pour les bibliothèques françaises de s’emparer plus massivement des possibilités offertes par les QR codes ?

 

Le site mobile d'un bibliothèque canadienne en vitrine - (Par T-Robertson. CC-BY-SA Source : Flickr)

QR code en bibliothèque : documenter la réalité.

Quelques bibliothèques françaises ont tenté l’expérience. Mais il est très difficile de les repérer. J’ai touvé quelques bribes d’informations au détour de commentaires laissés sur des blogs ou sur les réseaux sociaux. Il est regrettable de ne pas avoir une page dédiée à ces expérimentations francophones sur bibliopedia – oui je sais, je n’ai qu’à la créer au lieu de raler ;-).  Par contre je vous encourage à consulter cette page du wiki libsucces.org qui référence des expérementations menées dans des bibliothèques essentiellement nord américaines.

[MAJ] : lire l’expérimentation de la Bibliothèque municipale de Toulouse sur le blog de Michel Fauchié.

Disséminer des informations pratiques

Le premier de ces usages est de donner accès à des informations d’ordre pratique :   les heures d’ouverture, les informations de contact de la bibliothèque ou des bibliothécaires, l’adresse du site de la bibliothèque… Vous aurez remarqué que ces codes peuvent aussi bien être lus sur un écran que sur un support papier. D’autres les utilisent pour offrir une visite virtuelle de la bibliothèque. Ainsi la BU de la Brigham Young University  propose un « audio tour » de la bibliothèque en ayant disséminé des QR codes à tous les étages du bâtiment. Ou encore la Lawrence University Seeley G. Mudd Library dont les pictogrammes renvoient vers un guide d’orientation en ligne. Plus original, ce jeu de piste élaboré par la Lafayette College Library pour apprendre aux étudiants de première année à bien utiliser le service.
Thomas Chaimbault signale sur son blog l’initiative de la Barton College Library qui a créé un tutoriel vidéo expliquant l’utilisation de la photocopieuse via un QR code collé sur l’appareil. Enfin, la possibilité de réserver une salle de travail en scannant le code placardé sur la porte de celle-ci dans la George Fox University Library.

Disséminer les usages documentaires

Certaines bibliothèques ont fait le pari de faciliter l’usage des services documentaires via ces codes barre 2D. La bibliothèque du Dundee Collège en Grande Bretagne propose des marques pages sur lesquels figurent des QR codes permettant d’aller prolonger en ligne ses prêts ou d’accèder à son compte emprunteur. L’université de Technologie de Sidney propose un guide pour apprendre à utiliser le catalogue. Voir aussi les propositions d’Etienne cavalié sur son blog, notamment une passerelle vers le service de référence Rue des Facs ou encore une incitation à réserver un livre absent des rayons.
Les QR codes sont aussi utilisés pour enrichir le catalogue. Je vous renvoie vers le billet de Silvère Mercier qui décrit l’expérimentation de codes barre 2D  au sein des notices du catalogue de la bibliothèque universitaire de Bath.

Documenter « les objets culturels »

Un billet dans lequel Silvère pointe ce qui est à mon avis l’immense potentiel des QR codes, à savoir documenter les « objets culturels » disponibles dans nos bibliothèques. Les possibilités sont infinies. La BFM de Limoges nous donnes des pistes avec cette vidéo publiée sur Youtube. En vrac.

Relier les documents aux avis des bibliothécaires publiés sur un blog  ou ceux de lecteurs vers Babelio ou LibraryThing. Relier les documents vers des extraits musicaux, des bandes annonces, des discographies ou filmographies. Relier un essai vers une conférence en ligne de l’auteur. Renvoi vers la bibliographie dans lequel figure ce livre –je pense notamment aux bibliographies commentées que nous réalisons à Romans sur Isère. Renvoi aux nouveautés d’un genre via un QR code collé sur le rayonnage. Complément d’informations sur les œuvres dans le cadre d’une exposition, les relier à une vidéo, à un catalogue d’exposition … Relier des livres, des journaux à leur version numérique…

Je parle souvent sur ce blog de la médiation numérique et de l’importance de disséminer les services et les contenus de bibliothèque dans le web social. J’insiste aussi sur l’indispensable ré-impactage de ce travail dans ce qui fait la bibliothèque réelle et tangible. Ce travail d’hybridation est nécessaire pour que les sphères numériques et réelles ne soient pas des espaces clos et hermétiques. La bibliothèque hybride doit être constituée de passerelles entre ces deux sphères. Le réel se révélant dans le numérique et le numérique dans le réel.  L’usage des QR codes peut être l’un de ces dispositifs à mettre en oeuvre au sein de la bibliothèque hybride.

Ces pictogrammes sont-ils compréhensibles des usagers ? - (Par cocreatr. BY-SA Source : Flickr)

QR codes : pas si simple que cela !

Malgré sa simplicité d’utilisation et d’implantation le QR code n’est pas sans inconvénient.

L’usager doit être équipé d’un smartphone capable de lire ce genre de code barre. Si ce n’est pas le cas il faudra qu’il installe lui-même un lecteur compatible. Ce genre de manipulation est toujours un frein au développement d’un usage. Un lecteur peut être installé sur un ordinateur équipé d’une webcam et mis à disposition des usagers au sein même de la bibliothèque afin qu’ils puissent accéder aux contenus numériques associés aux documents. Une manière d’ouvrir le service au plus grand nombre.

Nous l’avons vu, créer un flashcode est simplissime. Encore faut il apporter un service et une expérience de qualité à l’utilisateur. Or beaucoup trop de sites de bibliothèque, de catalogues, de blogs  ne sont pas adaptés à une lecture mobile. Sans parler des gros risques d’incompatibilité selon le smartphones (flash, video, scripts…). Cohérence et intégration.

Au-delà des questions techniques, les usagers vont-ils adopter ce nouveau service ? Car si les mobinautes sont là, l’utilisation des QR codes est encore marginale en France. L’ annexe de Beaubreuil du réseau des médiathèques de Limoges qui a équipé ces CDs du fonds Limousin de QR codes renvoyant vers les fiches des artistes sur l’e-music box, avoue en commentaire sur mon profil Facebook avoir moins de 5 connexions/mois par le biais de ce dispositif. Un poste dédié, équipé d’une webcam, était à disposition du public au lancement… @lebartok explique ici qu’à la bibliothèque de Saint-Nazaire des QR codes ont été intégrés sur une grille thématique de la discothèque renvoyant vers le site d’un label. Malgré la présence d’un petit mode d’emploi, pas ou peu d’utilisations.

Je rejoins l’analyse d’Hubert Guillaud qui explique sur Internet Actu que si ces pictogrammes sont compréhensibles par un logiciel, ils demeurent incompréhensibles des humains. Ce genre de service ne peut donc se faire sans un accompagnement des usagers et des bibliothécaires. Encore une fois, une technologie ne génère pas de génération spontanée d’utilisateurs.

Le NFC arrive. Bye bye les QR codes ?

Et si l’année 2011, était celle des puces NFC. Cette technologie est basée sur la transmission en hautes fréquences radio entre 2 puces : une dans le smartphone et une insérée dans le support qui devient ainsi interactif. Les NFC vont être démocratisé en 2011 par Google qui va intégrer la gestion des puces NFC à partir de la version 2.3 d’Android et certainement par Apple qui devrait l’intégrer dans la prochaine version de son iphone. En terme d’usage on ne peut pas faire plus simple. Il suffit d’approcher le téléphone d’une puce pour accéder au contenu.

Alors pourquoi continuer avec les QR codes ? Le nombre des  téléphones compatibles ne sera pas conséquent avant 18 à 24 mois. L’implatation est loin d’être aussi simple que le QR Code . Enfin, le coût ne sera pas le même. Et je pense notamment aux petites et moyennes bibliothèques en écrivent cela. L’option QR code est donc loin d’être obsolète.  Reste à trouver ses utilisateurs …