La veille apprivoisée #2

Baywatch cabin - Par iuk. CC-BY-SA Source : Flickr

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Médiation numérique : réappropriation vs autonomie – Bilbiobsession

« En reléguant le travail des bibliothécaires à du culturel, nous sommes coupés d’une part des enjeux d’accès à l’information tout court. Il y a là un élément très important à comprendre pour faire en sorte que la médiation numérique ne soit pas perçue comme enjeu lié à un seul type d’équipement, les EPN OU les bibliothèques et se transforme en une manière déguisée de remobiliser des élus autour d’équipements au financement public en déclin. Il nous faut penser de nouveaux dispositifs de médiation. » Lire les commentaires sur ce lien.

La guerre des supports : la réponse marketing d’Amazon – La feuille

« Les liseuses et tablettes sont bien en train de bouleverser le marché de l’informatique pour le faire passer d’un marché centré sur la technologie à un marché centré sur les contenus. Et dans ce domaine, c’est le marketing qui devient le coeur de la guerre »

On a piraté le droit de propriété intellectuelle – Homo numericus

« Les extrémistes du copyright ont étendu au cours des 25 dernières années l’application du droit de propriété intellectuelle à un point qui menace les fondements même de nos sociétés : la liberté d’expression, le droit d’information, la culture, l’éducation et même la santé publique. Autrement dit, c’est le bien public qui est pris en otage par des intérêts privés au nom d’un droit devenu absolu et opposable à tout. »

– Avons-nous un parti pris contre la créativité ? – Internet Actu

« Les gens affirment explicitement apprécier les idées créatives, mais bien souvent, ils les considèrent négativement et ont tendance à les rejeter car elles ont tendances à générer un sentiment d’incertitude. Mieux au sein d’une organisation. Le créatif fait un piètre manager car aux yeux de ses subordonnés : un leader crédible doit être sérieux plutôt qu’original. » ça vous parle amis bibliothécaires 😉 ? Lire les commentaires sur ce lien.

Le contenu n’a plus de valeur – Zéro seconde

« Quand le temps de présence en ligne passe par un réseau social, il faut compter sur les citations, et uniquement les citations, pour espérer avoir de la visibilité. le contenu n’a plus de valeur, mais que c’est la référence qui en a. » Le régne des influenceurs sur la qualité des contenus ? Lire les commentaires sur ce lien

Pourquoi les avis négatifs ont-ils un impact positif sur les ventes ? Internet Actu

“les critiques négatives, argumentées et bien écrites, ont tendance à favoriser les ventes d’un produit car elles permettent à l’utilisateur de mesurer le risque qu’il prend” Voila de quoi relancer le débat sur l’idée que la médiation ne se résume pas à une valorisation des coups de coeur.

Les bibliothèques publiques de Toronto évitent les coupures dans un nouvel écosystème des médias – Bibliomancienne

Les habitants de Toronto ce sont mobilisés avec succès pour éviter les coupes budgétaires des bilbiothèques publiques. Qu’en est il des citoyens Montréalais lorsque l’on apprend dans les commentaires du billet de Bibliomancienne la fermeture de la section adulte de la bibliothèque Georges-Vanier. Un silence assourdissant, non ?

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Les représentations des bibliothèques : l’impact des clichés culturels relatifs aux bibliothèques et aux bibliothécaires sur le public et les personnels par Pascal Siegel

Je viens de participer à un colloque en Roumanie ayant pour thème la formation des bibliothécaires. J’ai eu le plaisir d’écouter la remarquable communication de Pascal Siegel, responsable de la politique documentaire et de la chaîne de traitement du document au SCD de Lille 3.  Celui-ci  a tenté d’identifier les principaux clichès relatifs aux bibliothèques et aux bilbiothécaires et a souligné  l’impact que ces clichés ont sur le public mais également sur le personnel de bibliothèques.

Pourquoi s’interesser à  ces clichés ? D’une part, ils restent pour le public la vitrine de notre métier. Même faux ils constituent des référents par rapport auxquels le public se situe peu ou prou. D’autre part ces clichés influent également les personnels des bilbiothéques : en amont, car ils sont à l’origine de certaines vocations professionnelles – le fameux j’aime les livres; en aval, car ils incitent certains bilbiothécaires à vouloir à tout prix s’en démarquer.

« Autant de facteur qui font de ces clichés un réalité sociologique qui a un impact décisif dont nos formations devraient davantage tenir compte » conclut l’auteur.

Avec l’accord de Pascal Siegel, je publie ci dessous sa présentation. Merci à lui.

Télécharger la version avec les menus interactifs;

En complément : ce minisite : L’image des professionnels de l’information dans les œuvres de l’esprit et cet article du bbf Entre clichés anciens et représentations réalistes Quelques images récentes de bibliothécaires.

La bibliothèque, un plus pour le web social

La revue Archimag vient de publier un numéro spécial intitulé « Bibliothèques : les nouveaux usages ».  J’ai eu le plaisir d’écrire l’article que je vous livre ici.

L'affirmation du lien social face à l’algorithme ? - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

En mars 2010 aux Etats Unis et sur une semaine entière, un réseau social, Facebook, a devancé Google par son trafic. De peu, certes. Non pas que Google perd du terrain, mais parce que l’audience de Facebook se développe plus vite que lui. Un fait qui révèle une mutation forte : l’affirmation du réseau face au moteur de recherche, du lien social face à l’algorithme. L’affirmation d’un web social dans lequel des internautes partagent et font remonter les informations qu’ils jugent intéressantes à des gens qui les jugent dignes de confiance.

Le monde des bibliothèques s’interroge aujourd’hui sur sa présence web. Si ce web social était un territoire, Facebook serait le 3ème pays le plus peuplé du monde. Où serait la bibliothèque sur ce territoire ? S’il est aujourd’hui admis que la bibliothèque doit être là où sont les usagers, reste à savoir sous quelle forme et dans quel but.

Promouvoir la bibliothèque et ses services

De nombreux blogs, comptes Twitter ou encore pages et profils Facebook de bibliothèques sont utilisés pour promouvoir leur établissement dans des espaces numériques utilisés au quotidien par leurs usagers. Globalement nous y trouvons une information factuelle sur le fonctionnement de la bibliothèque (horaires, date de fermeture, mode d’emploi), les activités et des annonces d’événements. Parfois un retour d’animation via publication de photos et/ou d’articles. Les collections sont mises en valeur par l’annonce de nouvelles acquisitions ou de nouveaux abonnements à des revues. Au final des espaces pensés comme des annexes du site de la bibliothèque sur le web social. Des outils de dissémination de l’information institutionnelle qui s’inscrivent dans une stratégie de communication afin de faire mieux connaître l’institution et donner une image moderne de la bibliothèque et de ses agents. Un indéniable levier d’audience et de notoriété.

Améliorer la relation bibliothécaire /usager

Le web social par ses fonctionnalités participatives que sont les commentaires, les annotations, les recommandations créée une proximité nouvelle entre les usagers et la bibliothèque. Des usagers qui n’hésitent plus à se manifester.
Ainsi les bibliothèques universitaires d’Angers disposent de deux pages Facebook qui rassemblent chacune d’elles plus de 1000 amis. Les bibliothécaires sollicitent régulièrement cette communauté pour recueillir leur avis sur un service, une animation en cours mais parfois pour débattre. Lire notamment les échanges sur la page Facebook de la BU de Saint Serge au sujet des réactions passionnés de certains étudiants déclenchées par l’exposition « vaticane ». Des échanges auxquels participent bien évidemment les bibliothécaires ayant bien compris qu’il s’agissait là de moments privilégiés pour connaître et accompagner ses usagers, permettre une amélioration et peut être une meilleure compréhension des services. La valeur ajoutée ici, n’est pas Facebook mais bien le travail d’animation de la communauté en ligne effectué par les bibliothécaires.

 

Se positionner sur des communautés d’intérêt qui vont bien au delà des usagers de la bibliothèque - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

Une approche locale dans un web global

Quelle soit marketing ou communicationnelle cette démarche présente une limite ; elle est trop biblio-centrée car elle ne s’adresse qu’à la communauté locale des usagers de la bibliothèque et ne vise qu’à défendre l’image de l’institution. Car au delà des usagers du service public local, qui à la volonté d’être ami avec une bibliothèque sur Facebook pour partager des horaires et de nouvelles acquisitions ? Le web social est utilisé par les internautes pour converser, échanger, partager au sein de communautés globales d’intérêt – fan de bd, d’un artiste, de ma ville … Il est dommage que la bibliothèque n’essaie pas de se positionner aussi sur ces communautés d’intérêt qui vont bien au delà des usagers de la bibliothèque.

Au final, beaucoup de bibliothèques se sont inscrites sur ce territoire numérique en se demandant uniquement ce que le web social pourrait apporter à leur service local.

Le risque est de se contenter d’y aller par ce qu’il faut y être, comme une fin en soi. Ne serait-il pas plus audacieux de se demander ce que la bibliothèque peut apporter au web social ?

Ce que les bibliothèques ont à apporter au web social

Les réseaux sociaux n’ont pas vocation de valoriser une institution mais de susciter des interactions auprès d’internautes qui ont des identités communes. Être présent sur le web social signifie de publier des contenus qui ne soient pas spécifiques à la vie de la bibliothèque, mais partagés par le plus grand nombre.

La Bibliothèque Francophone de Limoge est présente sur Facebook via une page “L’emusic boxqui se veut être un jukebox virtuel qui propose à l’écoute des artistes musiciens de la région Limousin. La page permet également de suivre l’actualité des artistes et annonce leurs concerts. La bibliothèque se positionne comme l’un des animateurs de cette scène locale en offrant des espaces numériques dans lesquels cette communauté accède à des contenus, partage ou converse. La page Facebook rassemble aujourd’hui 694 amis, mais aussi 736 amis sur Myspace, 213 abonnés sur Twitter. Tous ne sont pas des « amis » de la bibliothèque mais des « fans » des artistes locaux portés et défendus par les bibliothécaires de Limoges.
Le blog Médiamus de la médiathèque municipale de Dole est perçu d’abord comme un blog thématique musical avant d’apparaître comme un service de la bibliothèque. Ce positionnement lui a permis d’être très bien classé dans la communauté d’intérêt des amateurs de musique.

Le bibliothécaire,  journaliste de ses collections ?

Ces exemples démontrent que si la gestion d’un fonds documentaire reste un pilier de notre métier, il n’est plus exclusif. La gestion de « sa visibilité », la recommandation de ressources externes et l’animation du réseau des lecteurs et/ou des communautés d’intérêts potentiels rattachés à ces documents sont d’une importance égale si ce n’est plus à l’heure du web social. La bibliothèque s’éditorialiste, le bibliothécaire devient le journaliste de ses collections et des ressources web qu’il aura repérées.

Ce travail de médiation numérique ne s’improvise pas et ne se résume donc pas au simple fait d’ouvrir un blog ou une page sur Facebook. La réussite de ces dispositifs suppose  un projet éditorial et une (ré) organisation de la bibliothèque. Il s’agit d’organiser une chaîne de publication et de validation des contenus proposés par la bibliothèque, d’intégrer ce travail dans le temps de travail effectif des agents; de revoir les profils de postes, de prévoir un plan de formation professionnelle afin qu’une culture numérique commune existe au sein de l’équipe, permettre aussi l’auto-formation et veiller à avoir un accès non bridé à internet sur les postes des agents …

 

La bibliothèque s’ouvre à un nouveau type d’usagers - - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

De nouveaux usagers ?

Nous connaissons une transformation majeure de l’espace temps des bibliothèques : à coté de l’espace physique et ses usages territorialisés s’ajoute celui de l’immensité du web et du flux. La bibliothèque s’ouvre à un nouveau type d’usagers : emprunteur ou simple consultant, inscrit ou non inscrit, usager internaute de la bibliothèque hybride ou internaute usager de la bibliothèque en ligne seulement, habitant du territoire physique ou habitant du territoire numérique. Toutes les combinaisons sont possibles. La bibliothèque se doit de proposer autant de parcours.

Une nécessaire mutualisation des contenus à valeurs ajoutées produits par les bibliothèques

Cette production de contenu à valeur ajoutée par des professionnels de l’info-doc est une véritable force à l’heure où beaucoup d’usagers internautes se perdent dans la jungle informationnelle et sont demandeurs de recommandations, de pistes à explorer.

Cette présence web des bibliothèques par la production de contenu ne pourra faire l’économie d’une mutualisation. Seul un média public du type « Le choix des Libraires » permettrait de valoriser ses contenus et en développer une large diffusion sur le web. N’oublions pas que les bibliothèques sont quasi absentes de la médiation culturelle sur internet qui s’organise aujourd’hui autour des vendeurs et des grands médias. Cette mutualisation reste à inventer…

le bibliothécaire est une rockstar !

 

Pour casser les a priori négatifs et tenaces : être une rockstar ! - (Par cclstaff. CC-BY-SA Source : Flickr)

 

 

Je vous recommande vivement de lire ce billet de David Lee King, responsable des services numériques de la Topeka & Shawnee County Public Library, « The librarain is the rockstar « 

Il y a un an, je twitté ceci:
Je vous laisse  avec ceci à méditer: vos bibliothécaires sont-ils vos rockstars dans votre communauté ? Devraient-ils être?  Si oui, comment  y arriver?

Voici où je voulais en venir avec ce tweet: il y a quelque temps, le responsable de la communication de ma bibliothèque dit ceci à l’une de nos bibliothécaires, qui craignait qu’un article publié dans le bulletin de notre bibliothèque focalise un peu trop sur elle : « Hé ! – mon but est de faire de toi une rockstar, pas moi. »

Notre responsable du marketing a compris que l’un des atouts considérables de notre bibliothèque et donc de notre communauté … sont nos bibliothécaires. Il est donc parfois important de se concentrer sur notre personnel, plutôt que sur ce qui se passe dans nos murs.

Pourquoi ne pas faire de certains de nos bibliothécaires la « vitrine » de nos services ?

La suite est à lire ici – article en anglais

Je ne cesse de le répéter en intervention : la valeur ajoutée de nos bibliothèques est humaine. Ce qui fait la valeur de nos services, c’est le bibliothécaire. Et paradoxalement nous ne mettons que trop rarement en avant cette expertise dans la promotion de nos services. Ces personnes ressources sont parties intégrantes de l’identité de nos institutions.  j’irai même plus loin, elles sont une identité à part entière de nos institutions. « Apprenons à positionner l’institution en
retrait des individus qui la compose  » écrit Silvère sur son blog ! Le seul moyen de casser les a priori négatifs et  tenaces qui pèsent sur notre profession.

Au fait, nous avons nos rockstars en France : se sont les Geemiks !

De la sérendipité en bibliothèque

Le 27 novembre dernier Henri Nothaft a publié sur Techcrunch un article très intéressant sur « le mythe de la sérendipité » . Xavier de la porte en propose une analyse sur Internet Actus. Nothaft nous livre une approche originale de ce concept. Selon lui, la sérendipité n’est en rien un effet du hasard, mais quelque chose qui serait organisé, provoqué. Nothaft la définit comme  « le fait de montrer aux gens ce qu’ils n’étaient pas conscients de chercher”. La trouvaille n’est plus le fruit du hasard mais celui d’un profilage réussi, écrit Xavier de la Porte. La fin d’un mythe.

Sérendipité : effet du hasard ou effet organisé ? - (Par zigazou76. CC-BY-SA Source : Flickr)

La sérendipité en bibliothèque : un hasard organisé ?

La bibliothèque se doit d’ être présente au détour des chemins de hasard empruntés par les internautes sur le web.  Tout comme Henri Nothaft, je pense que cette sérendipité doit être organisée et nous débarrasser de l’idée que seule la bonne fée sérendipité veille sur nos contenus en ligne. Car si l’usager emprunte au détour d’un clic un parcours informationnel inattendu, nous devons faire en sorte que nos contenus s’y trouvent. Il est donc nécessaire d’élaborer des dispositifs qui facilitent les chances de la découverte fortuite. Une approche très marketing au final, dirigiste pour certain, car ce n’est rien d’autre que d’élaborer des stratégies de parcours vers nos collections et ressources.  Sans oublier néanmoins, que l’ usager choisira ou pas les pistes que nous lui proposerons. Je suis persuadé que plus nous lui offrirons de parcours possibles, plus la sérendipité jouera son rôle. A condition que nos contenus soient en phase avec les codes d’usage web. A condition que ces pistes répondent bien à des usages informationnels repérés. Tout l’inverse de la prescription des accès.

Henri Nothaft  propose quatre types de sérendipité qui correspondent assez bien aux expérimentations de médiation déjà en cours dans le monde des bibliothèques.

Des sérendipités en bibliothèque : du caractère humain à l’algorithme

La sérendipité éditoriale : c’est la forme la plus ancienne, le fait de combiner des articles que nous savons vouloir lire (l’actualité du jour) avec des articles inattendus (des portraits, des critiques gastronomiques…) […] Le côté positif, c’est que le caractère humain de cette sérendipité éditoriale (le fait que ce soit quelqu’un qui décide des contenus et de leur organisation) produit, de fait, une flexibilité dans nos intérêts.

Un exemple très simple. Dans les Médiathèques du Pays de Romans nous réalisons des bibliographies que nous appelons surprenantes. Nous prenons un thème et nous essayons de « surprendre » nos usagers par le choix de nos recommandations. Ainsi avions-nous décidé de faire une bibliographie sur la cuisine avec comme ligne éditoriale de n’y mettre aucune recommandation de livres de recettes, mais de suggérer la cuisine à travers les romans, la BD, les albums jeunesses. Et surtout de ne mettre aucun résumé de quatrième de couverture, mais bien la critique faite par le bibliothécaire … le fameux caractère humain de cette sérendipité éditoriale. Le succès fut au rendez-vous.  Surprendre l’usager sur une « thème attendu » par des recommandations inattendues. Avez-vous remarqué qu’il n’y a rien de numérique ici ? Vous pouvez consulter « La casseroles dans tous ces états » ici.

Le côté négatif, c’est que cette sérendipité éditoriale est le fruit des intérêts de quelqu’un d’autre, ou au mieux, de la perception que se fait cette personne des intérêts de son public. Ce qui n’est pas toujours fiable.

D’où l’intérêt d’abandonner nos logiques bibliocentrées dans l’élaboration de dispositif de médiation et de bien partir des usagers, dans leur multiplicité.

La sérendipité sociale : La plus grande part des contenus que nous découvrons aujourd’hui nous provient de ce que notre réseau d’amitié virtuelle partage en ligne. Cette manière d’accéder à l’information par des voies sociales est tout à fait valable, non seulement pour rester à la page, mais parce que ce qui intéresse nos amis est censé nous intéresser. L’avantage de cette sérendipité sociale est que notre environnement social a toujours été le premier critère pour nous définir nous-mêmes et pour définir nos intérêts.

Les bibliothèques doivent occuper le web social en s’inscrivant au sein de communautés d’intérêt existantes et structurées qui vont bien au delà de leurs simples communautés d’usagers. Nous ne susciterons pas la sérendipité espérée si nous existons seulement sur le web social qu’en tant qu’institution. Les réseaux sociaux n’ont pas vocation de valoriser une institution mais de susciter des interactions auprès d’internautes qui ont des identités communes. Être présent sur le web social signifie donc de publier des contenus qui ne soient pas seulement spécifiques à la vie de la bibliothèque, mais partagés par le plus grand nombre. Le moteur de la sérendipité sociale est là.
Je crois beaucoup plus en la page Facebook “L’emusic box” de La Bibliothèque Francophone de Limoges, qu’à une quelconque page institutionnelle de bibliothèque.  Attention, je n’ai pas dit que cette dernière était inutile. J’y reviendrai bientôt avec un autre billet.

L’inconvénient est que ce type de sérendipité étant par définition publique, elle est une projection de nous-mêmes vers les autres, elle est une image de la manière dont nous voudrions être perçus par les autres.
Quelle identité numérique la bibliothèque veut elle donc défendre et disséminée ? Un préalable incontournable à toute réflexion sur la présence web d’une bibliothèque.
Le caractère humain au coeur des sérendipités - (Par falcifer. CC-BY Source : Flickr)
La “sérendipité crowdsourcée” : Faisant le pont entre la sérendipité éditoriale et la sérendipité sociale, la pertinence obtenue par le crowdsourcing repose sur le plus grand dénominateur commun. Certes, elle nous permet d’être au courant de qui est le plus populaire ou ce dont on parle le plus, mais elle n’est en aucun cas personnalisée. L’aspect positif, c’est la composante virale, c’est la manière dont elle nous met en contact avec ce qui se dit dans la population.
Certainement le type de sérendipité en bibliothèque que je cerne le moins.  Serait-ce par exemple, l’idée de proposer aux usagers d’organiser selon ses thèmes de prédilections des collections consultables en ligne et de ce fait susciter eux même des parcours. C’est tout le pari du Musée McCord de Montréal. Ce dernier propose à ses utilisateurs/usagers de constituer leurs propres dossiers documentaires et de les organiser en « circuits publics«. Ces parcours personnalisés sont consultables par toute la communauté des utilisateurs. De fait l’usager devient un partenaire à part entière de la sérendipité.
Son côté négatif, c’est son manque de précision et son utilité limitée.
Pour le bibliothécaire ou pour les usagers ?
La sérendipité algorithmique : A l’opposé de la sérendipité éditoriale, la sérendipité algorithmique est la plus dure à obtenir, mais la plus prometteuse en termes d’innovation. A partir d’une base de données, le contenu est personnalisé pour fournir l’information et le contenu qui sont recherchés, mais aussi d’autres contenus pertinents et reliés à nos intérêts, avec différents degrés de flexibilité qui sont définis par des informations données par l’utilisateur soit activement, soit passivement. Son avantage, c’est de replacer l’usager au centre de la définition de la pertinence. La livraison des contenus émane de l’usager, que ce soit consciemment ou à partir de comportements antérieurs.
C’est le fameux  » les personnes qui ont emprunté ce document, ont aussi emprunté … » que l’on voit au bas des notices des catalogues de bibliothèque de nouvelle génération.

Son inconvénient, c’est le risque de perdre de vue l’aspect humain, quelle que soit la finesse de l’algorithme. Et pour l’instant, les algorithmes ne sont pas assez fins.

Et force est de constater que la pertinence et la finesse de ces recommandations statistiques dans nos catalogues sont très décevantes. Car nous n’avons pas la masse critique suffisante pour ce genre d’outil et surtout nous ne pouvons pas conserver l’historique des prêts suffisamment longtemps pour permettre la finesse escomptée.
L’affirmation du lien social sur l’algorithme.

Les sérendipités éditoriales et sociales sont celles avec lesquelles nous avons le plus de chance de disséminer nos contenus et notre expertise sur un territoire numérique dans lequel les internautes partagent et font remonter les informations qu’ils jugent intéressantes à des gens qui les jugent dignes de confiance. A condition de jouer le jeu de ce web social qui voit l’affirmation du réseau face au moteur de recherche, du lien social face à l’algorithme. Réseau, lien social …. nous savons faire.

Web social : de nouveaux usagers en bibliothèque ?

J’ai eu le plaisir de participer en août dernier à la conférence satellite de l’IFLA à Stockholm ayant pour thème « Marketing libraires in a web 2.0 world ». Voici la communication de mon intervention. La présentation est consultable en ligne ici.

Le monde de l’information et de l’accès à la connaissance connaît depuis quelques années un contexte de transformations intenses. En effet, la dématérialisation de l’information et le développement de l’accès à distance via internet participent à rendre les bibliothèques de moins en moins visibles. D’autant plus que la facilité d’utilisation des moteurs de recherche renforce chez l’usager un sentiment d’autonomie qui l’incite à se détourner des médiateurs traditionnels d’informations dont fait partie les bibliothèques. Un nouvel internaute usager s’affirme avec l’émergence du web social et son lot de nouveaux usages informationnels. Il n’est plus simplement un consommateur autonome d’information, il est aussi utilisateur de services web, producteurs d’informations et de métadonnées.

La légitimité des bibliothèques est elle acquise aux yeux des usagers ? (Par mkmabus. CC-BY-SA Source : Flickr)

Dans ce contexte la visibilité numérique des bibliothèques est brouillée. Ce constat découle aussi du fait que pendant longtemps, la raison d’être des bibliothèques et leur légitimité n’était pas à prouver, mais était considérée comme acquise. Les bibliothèques n’ont donc pas eu à justifier leurs activités sur le web. Désormais, cette légitimité est surtout évidente aux yeux des bibliothécaires, mais l’est nettement moins aux yeux du plus grand nombre[1]. Une légitimité écornée enfin par de très nombreux clichés négatifs liés au monde des bibliothèques[2] qui persistent et continuent d’être alimentés par les médias. Ainsi, pour le lancement en 2007 de sa nouvelle liseuse électronique « The Reader », Sony avait conçu un slogan provocateur « Sexier than a librarian », en ajoutant « Your library may vary », sous entendant que jusqu’à présent elle n’avait guère évolué et que l’on pouvait toujours l’espérer …. Légitimité et visibilité sont donc étroitement liées.

Lire la suite « Web social : de nouveaux usagers en bibliothèque ? »

Bibliothècaire pour les non-usagers.

 » Pourquoi t’es bibliothécaire ? ». Bertrand Calenge nous pose cette question sur son bloc note. Spontanément j’ai répondu « Pour les non usagers ». Une réponse un peu surprenante mais essentielle tant je suis convaincu que « la fréquentation ne se comprend que par l’analyse de la non fréquentation » – Claude Poissenot. En outre s’intéresser à ceux qui ne viennent pas, nous oblige à sortir du schéma trop idéalisé de l’usager. Schéma sur lequel nous nous reposons un peu trop souvent …

La non fréquentation n’est pas anodine. Nous savons qu’une large majorité de la population de nos territoires ne franchissent pas la porte de nos bibliothèques. Les raisons en sont complexes et diverses. Je vous renvoie à l’étude de Claude Poissonot sur les non usagers des BDP de la Meuse, faites en 2003.
Mon attention se porte plutôt sur une autre étude. Celle effectuée par Olivier Moeschler de l’ Observatoire Science, Politique et Société de l’Université de Lausanne avec la collaboration d’étudiants futurs bibliothécaires. Une étude qui porte notamment sur les représentations des non-usagers de bibliothèques municipales à Genêve :

Mis à part le degré de notoriété des bibliothèques municipales ou le rapport des personnes au livre et à la lecture, ce sont les images positives et négatives associées aux bibliothèques et aux bibliothécaires qui s’avèrent être un obstacle important pour les non-usagers (qui sont souvent des ex-usagers) et qui les empêchent de réintégrer la fréquentation de ces établissements dans leurs habitudes.

Cet imaginaire du non usager est sans appel. La bibliothécaire :

Dans les portraits, on ne compte pas les adjectifs tels que « sévère », « austère », « stricte », « vieux et poussiéreux », et des expressions telles que « vieilles femmes à lunettes », « femmes âgées, maigres et avec chignon très serré » (le chignon et les lunettes étant des éléments récurrents dans cette imagerie), ou encore « vieilles filles à tendance religieuse » voire « frileuses, cul-serré, enveloppées dans de grosses jaquettes »… A en croire les répondants, les bibliothécaires seraient toutes des « psychotiques du rangement », des « femmes n’ayant rien réussi dans leur vie », « frustrées par la vraie vie » qui « sont trop dans leurs livres » ! Des enquêtés ont raconté leur sentiment d’être en permanence surveillés par les bibliothécaires, certains disent même pour toute réponse : « chut ! »

Certes caricatural, mais significatif de notre image défaillante auprès de ce public… Vous aurez aussi noté que nous avons systématiquement à faire à des femme !

Plus intéressante est l’énumération des services que devraient offrir une bibliothèque aux yeux de ces non usagers :

– davantage de nouveautés, un fonds plus complet, une offre plus large (presse, nouveautés, supports électroniques, livres d’images ont été cités)
– la possibilité de livraison à domicile, de commander à distance (« que la bibliothèque vienne à moi »), ou au moins la possibilité d’effectuer des recherches à la maison, sur l’Internet (surtout de la part des jeunes) ;
– des horaires plus flexibles et plus de souplesse concernant les délais de retour, une classification plus facile à comprendre
– concernant l’accueil : plus de convivialité, donner davantage envie d’y entrer et d’y rester, être moins austère, proposer un lieu plus vivant, une décoration plus joyeuse, plus de disponibilité du personnel pour aider dans les recherches ;
– un coin café, un coin café-lecture, voire un « bistrot-bibliothèque » où l’on pourrait « boire un verre et échanger ses impressions sur les livres »
– des salles où l’on peut parler à haute voix, d’autres une « ambiance feutrée » ;
– des expositions plus variées, des petites expositions en relation avec le livre ; des débats, des lectures, par exemple par des personnalités ; des invitations d’auteurs ; des journées à thème, ou alors des nocturnes ; voire de la musique, des concerts ou encore des films
la possibilité d’acheter sur place les livres qui ont plu ;
– une garderie, un « coin où l’on peut parquer les enfants et choisir tranquillement » ;
– des jeux vidéo (notamment pour attirer les jeunes) ;
– mieux cibler le public et d’une manière générale, prendre plus en compte les besoins des usagers ;

Désarmant, car cette bibliothèque imaginaire est à quelques services prés celle qui est à côté de chez eux…

Cette représentation négative confirme ces non-usagers dans l’idée que nos établissements ne répondent pas à leurs pratiques, à leurs envies. Car ce qui est décrit entre ces lignes, c’est une bibliothèque exclusivement consacrée aux livres, aux prêts, au silence.
Nous savons tous que cette image viellote ne reflète pas la dynamique réelle qui existe dans les bibliothèques. Pourtant, force est de reconnaître que nous nous vendons assez mal. trop préoccupés par nos usagers convaincus; trop persuadés que promotion de nos services est incompatible avec nos missions; pas assez attentifs à vendre nos services auprès de nos élus, de nos services communication …. Bref, « séduire » l’usager – réel ou potentiel-  n’est pas dans nos compétences.

Les outils que nous proposent le web 2.0, nous offrent la possibilité d’offrir de nouveaux services en ligne qui sont – et j’en suis convaincu – de réel outils de séduction – sans être exclusif. Les blogs en sont un exemple :

Redynamiser l’image de nos bibliothèques et de nos métiers n’est certainement pas l’unique réponse à apporter aux non-usagers, mais elle est sans aucun doute l’un des piliers . Communiquer, promouvoir, séduire pour persuader que les désavantages qu’ils rattachent aux bibliothèques peuvent, précisément, constituer des avantages – la bibliothèque est bien un lieu de culture, mais de culture loisir, de culture appartenance. Démontrer enfin et comme conclu Olivier Moeschler, que loin d’étre des « musées du livre », les bibliothèques sont des laboratoires où s’expérimentent des nouveaux liens au savoir et à la société.