La veille apprivoisée #5

Pink Head - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

– Choisir, acheter une liseuse – Le tiers livre

Une synthèse pour franchir le pas. Les bibliothécaires doivent ABSOLUMENT lire ce texte de Francois Bon ! Les commentaires sont passionnants et passionnés

– Libraries Got Screwed by Amazon and Overdrive – Librarian in black

Le point de vue de Sarah Houghton, concernant l’accord Overdrive/Amazon et les bibliothèques publiques.  » Overdrive a essentiellement permis à Amazon de vendre leurs livres sur le Kindle de nos abonnés. Et ce sont les bilbiothèques et l’argent public qui lui ait alloué qui paient pour ce privilège. Et qu’en est-il de la confidentialité des données de nos usagers utilisateurs ? Overdrive n’a pas jugé bon de s’expliquer ». Ne signez pas automatiquement les contrats que l’on vous tend, faites savoir votre désaccord avec ces méthodes, mieux rejetez le deal !
Ce billet a secoué la biblioblogosphère américaine. Le meilleur est ici.

La représentation des bibliothèques au cinéma – Bibliothèque numérique de l’Enssib

Comment les bibliothèques apparaissent au cinéma, via l’examen de trois grandes thématiques : la mise en image du lieu, ses habitants (bibliothécaires, usagers, protagonistes se rendant à la bibliothèque), les rôles qui lui sont dévolus. Une interrogation sur la représentation de la lecture, de la profession de bibliothécaire, de l’usager légitime.
En écho la présentation de Pascal Siegel et cette communication de Marianne Pernoo. Les italiens travaillent aussi sur ce thème – Merci Sabrina Bombassei 😉

– Le « trésor de guerre » de Google Books – Frédéric Kaplan

Le taux d’ouvrage soumis au droit d’auteur est de 80% des fonds de Google Books. 20% des ouvrages sont libres de droits. « Une composition donc bien différente de celle de Hathi Trust, Gallica et Europeana qui ensemble approchent les 10 millions de titres numérisés mais provenant uniquement du domaine publique. Le coeur de la base de Google Books est donc bien constitué par des livres récents, exploitables commercialement. Pour reprendre les expressions d’Alain Jacqueson, viendra bientôt le temps de la « grande négociation » où Google Books devra monnayer globalement ce « trésor de guerre fabuleux », engrangé grâce à la bienveillance des bibliothèques. »

Lionel Maurel précise en commentaire sur mon profil Facebook : « Erreur ! HahtiTrust ne contient pas uniquement des ouvrages du domaine public, mais les copies des ouvrages scannés par Google Books et versés par certaines bibliothèques partenaires, et notamment celles comme la bibliothèque de Michigan, qui ont permis la numérisation d’oeuvres sous droits. 😦 »

– Libérez les soupes ! – S.I.Lex

‘Participer au festival de la soupe à Brest et publier les recettes sous licence libre sur un portail dédié au sein de WikiBrest, l’encyclopédie collaborative locale du pays de Brest. Quel meilleur exemple que celui des recettes de cuisine pour faire toucher du doigt ce qu’est la notion de biens communs, à travers la mise en partage et la transmission des connaissances ? »

– Espace média ou le nouveau récit technologique des bibliothèques – Marie D. Martel

« La bibliothèque est plus qu’un lieu, c’est un projet, un espace de création de liens, un incubateur social, une coopérative du futur pour des citoyens et des communautés, pour plus d’accès et de participation à la culture et au savoir ».

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La veille apprivoisée #2

Baywatch cabin - Par iuk. CC-BY-SA Source : Flickr

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Médiation numérique : réappropriation vs autonomie – Bilbiobsession

« En reléguant le travail des bibliothécaires à du culturel, nous sommes coupés d’une part des enjeux d’accès à l’information tout court. Il y a là un élément très important à comprendre pour faire en sorte que la médiation numérique ne soit pas perçue comme enjeu lié à un seul type d’équipement, les EPN OU les bibliothèques et se transforme en une manière déguisée de remobiliser des élus autour d’équipements au financement public en déclin. Il nous faut penser de nouveaux dispositifs de médiation. » Lire les commentaires sur ce lien.

La guerre des supports : la réponse marketing d’Amazon – La feuille

« Les liseuses et tablettes sont bien en train de bouleverser le marché de l’informatique pour le faire passer d’un marché centré sur la technologie à un marché centré sur les contenus. Et dans ce domaine, c’est le marketing qui devient le coeur de la guerre »

On a piraté le droit de propriété intellectuelle – Homo numericus

« Les extrémistes du copyright ont étendu au cours des 25 dernières années l’application du droit de propriété intellectuelle à un point qui menace les fondements même de nos sociétés : la liberté d’expression, le droit d’information, la culture, l’éducation et même la santé publique. Autrement dit, c’est le bien public qui est pris en otage par des intérêts privés au nom d’un droit devenu absolu et opposable à tout. »

– Avons-nous un parti pris contre la créativité ? – Internet Actu

« Les gens affirment explicitement apprécier les idées créatives, mais bien souvent, ils les considèrent négativement et ont tendance à les rejeter car elles ont tendances à générer un sentiment d’incertitude. Mieux au sein d’une organisation. Le créatif fait un piètre manager car aux yeux de ses subordonnés : un leader crédible doit être sérieux plutôt qu’original. » ça vous parle amis bibliothécaires 😉 ? Lire les commentaires sur ce lien.

Le contenu n’a plus de valeur – Zéro seconde

« Quand le temps de présence en ligne passe par un réseau social, il faut compter sur les citations, et uniquement les citations, pour espérer avoir de la visibilité. le contenu n’a plus de valeur, mais que c’est la référence qui en a. » Le régne des influenceurs sur la qualité des contenus ? Lire les commentaires sur ce lien

Pourquoi les avis négatifs ont-ils un impact positif sur les ventes ? Internet Actu

“les critiques négatives, argumentées et bien écrites, ont tendance à favoriser les ventes d’un produit car elles permettent à l’utilisateur de mesurer le risque qu’il prend” Voila de quoi relancer le débat sur l’idée que la médiation ne se résume pas à une valorisation des coups de coeur.

Les bibliothèques publiques de Toronto évitent les coupures dans un nouvel écosystème des médias – Bibliomancienne

Les habitants de Toronto ce sont mobilisés avec succès pour éviter les coupes budgétaires des bilbiothèques publiques. Qu’en est il des citoyens Montréalais lorsque l’on apprend dans les commentaires du billet de Bibliomancienne la fermeture de la section adulte de la bibliothèque Georges-Vanier. Un silence assourdissant, non ?

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Le catalogue 2.0 ou le mythe de l’usager participatif ?

Le catalogue 2.0 s’ouvre à l’usager … Enfin, certain me diront. Ce catalogue 2.0 donne la parole à l’usager qui peut commenter une notice, attribuer une note à un document ou encore lui associer un tag … Ces  métadonnées générées par les usagers viennent enrichir la base bibliographique constituée par les bibliothécaires. En théorie. Dans la pratique force est de constater que les usagers utilisent très peu ces fonctionnalités participatives. Cette absence de masse critique est un vrai problème car un service participatif ne trouve son intérêt que si le nombre d’utilisateurs augmente. Quels seraient les freins à cette participation ?

L’obligation de se loguer pour participer ? Effectivement cette obligation présente un double inconvénient : celui de se couper des visiteurs non inscrits et surtout de casser la dynamique d’une navigation au hasard dans les collections – s’il en est !
Oui mais
. Si nous regardons le catalogue de Saint Herblain qui est totalement ouvert nous  ne pouvons que constater la faiblesse du nombre de commentaires.

La non mise en valeur des contenus produits par les usagers ? Nous pointons là,  l’une des grandes faiblesses de nos catalogues de nouvelle génération. Dans son livre « Le catalogue de la bibliothèque à l’heure du web 2.0 « , Marc Maisonneuve indique que si huit opacs sur dix  proposent la participation des usagers, seul quatre sur dix  intègrent dans les résultats de recherche les commentaires ou encore les tags laissés par les visiteurs. En outre, très peu de portails de bibliothèque font remonter les avis des usagers dés la page d’accueil.  Peu de commentaires donc et de surcroît invisibles.
Oui mais.
The Hennepin County Library propose un blog dans leur Bookspace qui agrège tous les avis déposés par les usagers sur les notices du catalogue. Un formidable outil de médiation numérique et de sérendipité. Mais à mieux regarder, on s’aperçoit qu’en moyenne seulement huit commentaires par  mois sont déposés sur le catalogue ! C’est bien peu sachant qu’il n’est pas nécessaire de s’identifier pour commenter ….

La non participation des bibliothécaires aux même ? Comment inciter l’usager à participer sur le catalogue si nous même nous ne nous donnons pas la peine de contribuer à la discussion. Je le regrettais déjà sur ce billet.
Oui mais.
A Romans sur Isère, toutes les critiques produites dans la médiathèque apparaissent sur les notices sous forme de commentaires et d’ appréciations. Cela représente une quinzaine d’avis de bibliothécaires chaque semaine. Et pourtant les commentaires et recommandations des usagers sont très rares !
J’aurai pu ajouter à cette liste une ergonomie rédhibitoire des fonctionnalités participatives de certains catalogues. Oui mais … 😉

Qu’est ce qui cloche alors ? Pas grand chose. Un catalogue de bibliothèque qu’il soit 1.0 ou 2.0 reste un catalogue de bibliothèque.  C’est à dire un outil de recherche documentaire ….. bien loin de l’univers numérique quotidien de l’usager internaute habitué à commenter sur les blogs, à taguer sur dailymotion ou à réagir via twitter. Un usager de bibliothèque qui veut participer nous attend ailleurs. Sur ce point, je vous renvoie aux billets de Silvère Mercier, de Bertrand Calenge ou encore de  Xavier Galaup.

Un catalogue 2.0 est donc vain ? Non, car les fonctionnalités dites 2.0 augmentent l’utilisabilité du catalogue. Un mieux pour l’utilisateur 1.0 et peut être une meilleur compréhension de celui ci pour l’utilisateur 2.0.
Oui, si  nous continuons à penser  le catalogue comme un simple réceptacle d’avis, d’appréciations et de tags. Des fonctionnalités participatives qui sont au final assez  prescriptives. La participation ce n’est pas simplement « permettre », c’est aussi aussi donner la possibilité de « penser avec » et de « construire avec ». Il faut donc s’en donner les moyens. Ainsi,  Un catalogue totalement ouvert où ses données sont libérées et donc disséminables donne toute liberté à l’usager qui le désire de se le ré-approprier. Réalisation d’une cartographie d’un genre pour l’un, d’une timeline pour l’autre ou d’un plugin pour celui ci. Au final des usages de nos silos de données totalement customisés et qui profitent à toute la communauté des usagers lecteurs – tangibles ou virtuels – et surtout à la bibliothèque.

J’entends déjà la remarque qui tue du fond de la salle : C’est bien beau tout cela mais au final nous allons perdre le contrôle des usages de notre catalogue. Et pourquoi pas ?

Une bibliothèque qui pense comme le web !

Mark Surman est le directeur exécutif de la Mozilla Foundation et un fervent défenseur d’un internet participatif  et ouvert. Récemment il a donné une conférence pour la bibliothèque publique de Toronto ayant pour thème le web et l’avenir des bibliothèques. Le titre de sa présentation est d’une efficacité redoutable : « Une bibliothèque qui pense comme le web. »

Dés le départ il pose un postulat : si la bibliothèque pense comme le web alors elle tirera profit des progrès du web.  A condition que ce web soit ouvert et participatif.

Selon lui l’internet que nous aimons – entendons source de progrès – est un internet transparent, participatif, disséminé, hackable et ouvert.  Un web que chacun d’entre nous s’approprions, modifions et enrichissons. Il  cite Flickr, la licence Creative Commons, Wikipedia, et Firefox, bien évidemment. C’est cette liberté offerte aux internautes qui définirait le web d’aujourd’hui – il ne cite pas le web 2.0. Par opposition, tout ce qui est  opaque, passif, centralisé, immuable et fermé ne s’inscrit plus dans cette marche en avant de l’internet – Je vous passe le couplet sur la Fondation Mozilla qui a sauvé le web du monopole moyen-ageux de Microsoft.

Au final Mark Surman ne fait qu’affirmer ce que nous avons déjà pressenti : la bibliothèque en ligne ne peut plus être un lieu verrouillé, centralisé où l’usager est totalement passif. Fort heureusement nous avançons sur ce point. Déjà bon nombre de sites de bibliothèque proposent la participation via l’intégration des avis des usagers internautes ou encore le taggage des notices. Nous avons encore un peu de mal à mettre en valeur tout cela.

Mais il faut aller plus loin. Et notamment en  ré-affirmant la bibliothèque comme lieu privilégié d’une  » information literacy  » et d’un accompagnement de l’usager pour qu’il soit effectivement créateur de contenus – même si c’est sur wikipédia ou un blog personnel – voire  moteur de certain service – je vous renvoie à l’extraordinaire projet Danois Mindpost.  Autre point important,  la bibliothèque doit porter la dissémination de ces contenus  sur  la toile – les siens et ceux de ses biblio-acteurs. La bibliothèque vecteur et moteur de la grande conversation du net. La Démothèque des Médiathèques de l’agglomération Brestoise ne fait rien d’autre que d’encourager une scène locale dans l’immense océan musical de MySpace et du web en général.

Enfin  la  bibliothèque doit être open source : des SIGB libres, des données libérées et donc disséminables, des services ouverts à tous via notamment l’utilisation d’une open ID. Sur ce point et comme beaucoup d’autres services publics en ligne nous sommes très en retrait.

Au final Surman pousse le curseur assez loin en réclamant une bibliothèque hackable par sa communauté de pratique et d’intérêt –  J’entends déjà hurler dans les chaumières bibliothéconomiques…. dont forget the crazy frog !  D’ailleurs ce discours est universel puisque son auteur l’applique à l’université, à la ville, à la région …
« Dans La bibliothèque que nous voulons » termine Surman, ses usagers – réels ou virtuels –  » font la bibliothèque. Ils la rendent meilleure chaque jour. »

C’est très idéologique, ce n’est pas un bibliothécaire qui le dit mais je l’accompagne volontiers ……

Inventaire semaine 28

– Semaine dense au forum des usages participatifs à Brest. Impossible de bloguer en parallèle. A retenir :

  • l’interopérabilité des données n’est pas si essentielle. Libérer ses données est la condition sine qua non du participatif, de la ré appropriation et de la dissémination. Que faire de l’interopérabilité si rien n’est ouvert ?
  • Rendre le numérique visible dans le réel. Où comment impacter les services en ligne de bibliothèque dans le réel du service : réserver ses livres en ligne c’est bien, le portage des livres c’est encore mieux. Ce n’est pas avec des geeks que nous ferons la bibliothèque 2.0 …;
  • Bientôt un billet sur la « bibliothèque, plateforme d’innovation ouverte ». Réadaptation sauce bibliothèque de l’intervention de Thierry Marcou – fing – sur la ville 2.0.
  • Découverte d’outils permettant l’externalisation des données du catalogue « ultra fermé » de ma bibliothèque et traduire tout cela en carto …. et de manière automatique ! Reste plus qu’à tester en profondeur ! Mille mercis à Loïc pour cette « démonstration privée » qui a laissé Hubert & moi même sans voix !
  • Et pleins d’autres choses ….

– Terminé la lecture de “La face cachée de Google”. Si vous avez du mal à vous endormir, ce livre est LA solution ….

– Écoute de l’album de Martina Topley Bird, « The blue God ». Produit par le génialissime Danger Mouse. Difficile d’y résister. Extraits.

– Les vacances dans 15 jours …