Le titre de ce billet est inspiré d’un article de Pierre de La Coste publié dans la Technology Review en juin 2008,  »
la théorie du crapaud fou appliquée à internet »
.

Les crapauds fous ce sont ces batraciens qui, en suivant une direction différente du reste du groupe lors des périodes de reproduction, risquent une fin certaine. Mais ce sont ces mêmes crapauds qui, allant dans une mauvaise direction, explorent de nouveaux territoires, assurant parfois la survie de l’espèce lorsqu’une autoroute coupe soudain les itinéraires menant aux lieux de reproduction des crapauds normaux. « Chez les humains, on observe parfois des comportements comparables : Christophe Colomb, Léonard de Vinci, Newton, n’ont-ils pas été considérés comme fous par leurs contemporains parce qu’ils semblaient prendre la « mauvaise direction » ? En réalité, ils ont ouvert à l’humanité des voies nouvelles qui lui ont permis de progresser et peut-être de survivre à ses erreurs. » Pierre de la Coste

Les bibliothèques ont aussi leurs crapauds fous. Beaucoup plus que l’on ne croit. Ici , ils ont ouvert un blog malgré le scepticisme d’un élu ou d’un service communication. Là, ils ont installé des consoles de jeux en plein milieu de la bibliothèque ou ont permis d’emprunter des jeux vidéos. Ceux là proposent d’emprunter des bibliothécaires. Ici, ils ont transformé leur catalogue en blog. Cette bibliothèque a décidé de mettre à disposition son fonds patrimonial photographique sur un réseau social. Là on permet à des internautes d’améliorer le fichier des autorités du catalogue. Ici, de prêter un nombre illimité de livres … bientôt pour un temps illimité ? D’autres demandent l’abolition des amendes pour cause de retard …. certains ont même rêvé d’effacer l’ardoise devant une wii….

N’importe quoi ? Tout cela n’est pas sérieux ? Nous cédons à un effet de mode 2.0 ? C’est bien joli mais ça ne résiste pas aux exigences réelles de nos services ? Le service de la lecture publique est une affaire sérieuse, de l’argent public est en jeu ? Certes, a priori. Mais la plupart de ces folies se sont inscrites dans des projets de médiation des collections, d’amélioration des services aux publics, de politique documentaire … Certaines ont fonctionné, d’autres moins. Mais toutes permettent de faire entrer dans de meilleures conditions la bibliothèque dans l’ère du numérique – cf. l’ étude de Sylvie Octobre pour le ministère de la Culture, sur les pratiques culturelles chez les jeunes nés avec la révolution numérique. Les musées sont en plus grande difficulté.

Il faut accorder aux innovateurs la possibilité de se tromper. Il faut laisser le plus de libertés, le plus d’avenirs possibles [aux bibliothèques]. Et si vous trouvez un crapaud égaré dans votre jardin, ne lui faites pas de mal : laissez-le poursuivre sa route dans la direction qu’il souhaite. Pierre de la Coste


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31 commentaires sur « La théorie du crapaud fou appliquée aux bibliothèques »

  1. Encore un excellent billet.
    ça me rappelle la formule attribuée à Pablo Picasso et formule en apparence inversée : « D’abord je trouve, ensuite je cherche ». C’est à dire d’abord j’essaie, je tente, je vais à la rencontre du réel, je multiplie les tentatives, ensuite je creuse, j’affine, je travaille pour mettre en valeur, pour exploiter la trouvaille.
    La phase d’exploration, d’expérimentation est indispensable, car avec ses errements et ses erreurs, elle est très riche d’enseignement. Elle permet de sortir d’une réflexion théorique pour mieux apercevoir les contraintes mais également cette phase d’expérimentation permet découvrir de nouvelles perceptives. Les bonnes idées, ou les bons concepts même ceux dont la simplicité nous paraissent géniales sont souvent le résultat d’une lente maturation.
    Bien-sûr l’innovation présente des risques qu’il ne faut pas sous-estimer , mais, en bibliothèque, il faudrait davantage encourager l’audace, au lieu d’inciter la profession comme c’est parfois la cas à rester prudemment derrière les barrières du droit et du devoir de réserve.
    NB

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  2. “ La véritable tradition dans les grandes choses n’est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait d’autres en d’autres temps. ” – Paul Valéry

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  3. Je suis un crapaud fou !
    A terme, le groupe sera la norme …
    dans 10 ans ?
    Courage
    et tout mon soutien
    Silence
    alias Franck Queyraud
    Médiathèque de Saint-Raphaël
    Bibliothécaire crapaud 2.0

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  4. Si NKM est, parait-il, un crapaud fou, j’en suis un aussi, et j’adore aller ailleurs pour trouver ce que les autres négligent ou occultent…

    Et puisqu’on parle de bibliothèques et donc de mémoire, donc de développement durable, donc du passé, racine des avenirs possibles, soutenez, et surtout APPROVISIONNEZ, le Musée du Vivant de l’Agro Paris Tech, premier musée international sur l’écologie, le développement durable et l’environnement…

    Pour tout renseignement :

    appeler Marie-Pierre Quessette au 01 44 08 72 03 ou, mieux encore, lui signaler (marie-pierre.quessette@agroparistech.fr)
    les affiches, photos, vidéos, dessins, peintures, objets, revues … concernant l’écologie au sens large et toutes les questions d’environnement, que vous pouvez lui procurer…

    Voilà qui devrait faire plaisir à Nathalie, Chantal et, pourquoi pas, notre ministre non formaté Jean Louis Borloo !

    Ce « coup de pouce » du Club des Eco Business Angels fera-t-il avancer le schmilblick ? comme disait un autre crapaud fou, restaurateur (du coeur) au nez rouge, et à langue verte, déjà …
    Réponse le 13 mai au soir lors du dîner organisé à Paris par le Cercle René Dubos avec le directeur du Musée du Vivant, Laurent Gervereau (gervereau@agropartistech.fr).

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  5. Merci, Lionel, de ton (involontaire) assignation, car tu me fais réaliser que j’étais déjà un crapaud fou il y a 4 ans, le jour où j’ai pu convaincre ma tutelle « d’abolir les amendes pour cause de retard ».
    Il suffisait pour cela de faire les comptes (ça parle toujours mieux aux élus que les pétitions de principe d’un cultureux de mon espèce…) en prouvant que le dispositif lié aux amendes (régie, relances…) coûte plus cher qu’il ne rapporte. La prévention par mail + SMS est venue ensuite compléter mes fins = améliorer la relation à l’usager.

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