Génération internet : nouvelles pratiques pour les bibliothècaires formateurs

J’étais  la semaine dernière à Louvain la Neuve, en Belgique pour une intervention auprès des bibliothécaires formateurs de l’Université Catholique de Louvain, sur le thème "Génération internet : nouvelles pratiques pour les bibliothécaires formateurs".

il s’agissait de donner du sens aux concepts un peu fourre tout  de web 2.0  et de génération Y et de s’interroger sur les incidences possibles dans les pratiques des formateurs. Après un rapide aperçu des usages numériques quotidiens de cette génération, j’ai posé un postulat un tantinet provocateur : ces "digital natives" n’ont  pas de demande particulière en terme de culture informationnelle tant le sentiment d’autonomie – et du coup de désintermédiation – est fort.  Avec Google il n’a jamais été aussi facile de trouver – et je n’ai pas dit chercher – une information. Comble de facilité,  il y a un bouton" j’ai de la chance" ! Pourquoi donc se poser la question d’une stratégie de recherche ou de s’interroger sur la validation de l’information ? Si je ne trouve rien sur le catalogue de ma B.U serait ce parce que  "je  n’ai pas eu de pot !"

Bien évidemment la formation à une culture informationnelle n’a jamais été aussi nécessaire …. mais les pratiques bougent …. formateur certes, mais médiateur aussi voire animateur de communauté !

Voici en vrac ce que j’ai défendu :

- La formation des outils est certes importante mais aujourd’hui la demande d’accompagnement se fait sur des usages précis. " Je ne retrouve pas la revue que je cherche dans le catalogue de la BU … alors que je sais qu’il y ait", formation proposée à l’UBO de Brest, me parait bien plus pertinent qu’une formation à la connaissance globale du portail documentaire ou à la stratégie de recherche d’informations avec sa minute absurdesque sur les opérateurs booléens. De la  proximité !

- Posons nous aussi la question des outils mis à disposition. Sont-ils à la hauteur des attentes des étudiants ? Roy Tennant nous rappelle avec pertinence " Seuls les bibliothécaires aiment chercher, tous les autres aiment trouver !" Ces outils s’insèrent ils véritablement dans leurs univers numériques quotidiens ? On pourra imaginer la formation la plus 2.0  qu’il soit, elle n’aura aucun effet si l’offre des outils documentaires est en décalage avec les usages. Lorsque je vois un service comme Infosphère, je ne suis pas sûr que nous soyons en phase avec les usages de la génération Y.

- Les étudiants ne sont pas des experts du web 2.0. S’ils utilisent massivement les blogs, les réseaux sociaux ou plus simplement la nébuleuse des services Google, ils n’ont que très rarement conscience de la mésinformation, des enjeux de l’identité numérique ou encore du plagiat. Le bibliothécaire formateur est certainement le mieux placé aujourd’hui pour accompagner l’étudiant dans cette jungle informationnelle et lui donner la connaissance nécessaire de ce terrain numérique truffé de pièges. Sur ce point voir l’extraordinaire travail des geemiks à l’ESC de Lille sur l’identité numérique. Autre exemple. Une majorité d’étudiants ignorent encore des outils aussi incontournable que les fils rss ou encore le plug-in Zotero.  Les BU de Brest  ou d’Angers forment leurs étudiants à  la pratique des fils rss et à l’utilisation de l’outil de gestion bibliographique Zotero.

- La coproduction de contenus est certainement l’une des meilleures formations à cette culture informationnelle et numérique.  A l’image de l’Université Paris Descartes qui à mis en place une plateforme interne de blogs, “Les carnets de l’université Paris Descartes“ sur laquelle les étudiants, les chercheurs et les enseignants publient des billets sur leur lectures, stages, recherches ou cours. Chacun étant confronté à une écriture web, appréhende mieux l’information en ligne : effort d’écriture, de contenus validés et de références. Sentiment en outre, que chacun appartient à une communauté où chacun apporte sa contribution à la conversation collective. Une construction du savoir moins hiérarchisée, d’égal à égal, chacun étant à sa place. Un réseau social qui dénombre aujourd’hui plus de 4000 membres ! Le bibliothécaire formateur doit s’inscrire dans cette communauté comme étant l’animateur, le coordinateur, l’accompagnateur …

- Je ne pouvais terminer sans évoquer le crapaud fou qui sommeil à l’intérieur de chaque bibliothécaire ;-) . De l’audace dans la proposition de formation ! Et pourquoi pas Un barcamp culture informationnelle dans le SCD de l’université, co organisé avec les étudiants, les chercheurs, les enseignants et les documentalistes …. comment ça c’est trop bruyant !

- Enfin et on ne le dira jamais assez, tous cela n’est possible que si le bibliothécaire formateur a à disposition des outils de travail adéquats, un accès internet non bridé et la reconnaissance sur son temps de travail d’une activité de veille et d’auto formation. ça c’était pour le directeur de la B.U :-)

Les bibliothèques devraient être plus fun !

Les bibliothèques sont trop sérieuses. Dans 95% d’entre elles, il est interdit de parler, de boire ou manger,  d’utiliser son téléphone portable. je ne comprends pas pourquoi. Je pense qu’elles devraient évoluer pour devenir des endroits où on ait envie de rester, où on puisse faire tout ce qu’on peut faire dans la vie réelle.

Eppo Van Nispen tot Sevenaer, directeur de la bibliothèque publique de Delft, Pays Bas, en interview dans le dernier numéro de Livre Hebdo.

Intégrons la prise de risque inhérente à la bibliothèque 2.0

La bibliothèque 2.0 est avant tout une expérimentation, une tentative de mise en place de services "modernisés" à l’usager. Ce n’est pas une vérité, Il y a une part d’inconnu. Nous ne sommes pas certain que nous trouverons la réponse escomptée auprès de nos usagers dans la mise en place d’une cartoguide, d’un fil info via twitter ou encore dans la possibilité de donner son avis directement sur la notice d’un document. Nous sentons bien que la bibliothèque à son rôle à jouer dans l’accès au savoir et  à l’information via le net, dans son appropriation, mais ce n’est pas très clair. La bibliothèque 2.0 est donc nécessairement liée à une prise de risque. Et qui dit prise de risque, dit droit à l’erreur.

Une bibliothèque en mouvement. Qui évolue, se réajuste, cherche constamment à repositionner ses services et ses ressources là où sont ses usagers internautes – et ils bougent …. et vite ! Une bibliothèque en version bêta perpétuelle. Et qui au final innove ou se rénove. Du moins je l’espère.

Et pourtant rien de vraiment nouveau. Cette capacité d’adaptation existe déjà dans nos bibliothèques. Les espaces physiques de nos établissements ne cessent d’évoluer avec les usages. L’erreur aussi. Combien de livres avons nous acquis et sont restés désespérément coincé sur les étagères de nos rayons. Décomplexons nous donc !

Cette expérimentation ne signifie pas faire n’importe quoi. Elle doit être intégrée dans la stratégie de service. Il ne s’agit pas de tenter un coup 2.0 pour voir. Il faut derrière cela mobiliser des bibliothécaires, médiateurs numériques à part entière – se pose alors la question de la formation bien qu’il s’agisse plus d’un état d’esprit que d’une compétence technique. Mobiliser aussi  les usagers pour que ces nouveaux services soient vivants. Pour leur expliquer aussi que ces nouveaux outils ne sont pas que des gadgets avec lesquels leurs bibliothècaires font mumusent. Nos élus en auraient aussi peut être besoin…

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 55 followers