Livres numériques & mépris du lecteur : éditeurs et bibliothèques complices ?
8 décembre 2010 10 Commentaires

Les usagers nous suivront-ils dans cette impasse - (Par bladsurb. CC-BY-SA Source : Flickr)
Je ne peux que vous encourager à aller lire le Dossier sur le livre numérique dirigé Remi Mathis pour nonfiction.fr, avec des contributions de Calimaq Silex , de Mathieu Perona et de Constance Krebs.
Mon attention s’est portée sur le texte introductif de Rémi Mathis “Le mépris du lecteur” sans aucune complaisance pour les éditeurs :
Les éditeurs ne semblent avoir aucune conscience et même aucun égard pour leurs lecteurs. Peu leur importent les pratiques, les envies, les besoins de ces derniers. Incapables de comprendre leurs lecteurs, il se contentent d’agiter l’épouvantail du piratage en espérant que ce qui a tant fait scandale pour la musique devrait bien faire de même pour les livres. Ne vaudrait-il pas mieux regarder la réalité en face ? Accepter que 94% des livres piratés le sont… parce que l’offre légale n’existe pas . Reconnaître que pour les 6% restant c’est l’inadaptation de l’offre qui est largement la cause du piratage : le lecteur va vers le plus facile à utiliser et… ce n’est actuellement pas l’offre légale, hélas.
Tout cela est criant de vérité et je ne peux que me féliciter que cela soit un bibliothécaire qui l’écrive. Car je ne vous cache pas que je considère les bibliothèques publiques bien souvent complices de ce mépris du lecteur, pas nécessairement de manière consciente. En proposant sur nos portails des offres de prêt de livres numériques qui transpirent les DRM et qui ne donnent aucune liberté d’usages nous ne faisons que porter crédit à ce modèle mort né.
Les éditeurs ne m’ont jamais interdit de prêter le livre à un ami, de le revendre ou de l’utiliser en plusieurs lieux. Ils ne m’ont jamais interdit de me servir de la 2e de couverture pour noter mes impressions de voyage, une marge pour me souvenir d’acheter du chocolat ou me rappeler le numéro d’un ami. Pourquoi alors les DRM de POL m’interdisent-ils de prendre des notes sur le livre que j’ai acheté ? Alors que la lecture est une des activités les plus sociales qui existent – discuter d’un roman est aussi agréable que le lire ; la lecture savante se nourrit de commentaires et comptes rendus – les éditeurs décideraient que nous n’avons brusquement plus le droit de prêter notre propre livre à un ami ?
C’est cela que nous voulons offrir à nos usagers ? Dois je rappeler que ces offres nous coûtent une fortune et que nous cherchons encore les usagers qui devaient s’y précipiter …
PS : un propos peu nuancé … mais je compte sur vous
bibliothèques sont obsolètes et vont être remplacées par des bibliothèques numériques, voire 2.0, est un mythe. La bibliothèque en devenir est à la fois lieu physique et espace virtuel. Ses missions traversent le temps : rassembler, organiser et diffuser le savoir, le patrimoine et la culture. Simplement le numérique oblige à les revisiter et les technologies 2.0 ouvrent la perspective de nouveaux services. Avec un mot d’ordre : l’accès sur place ou en ligne doit être facilité.
oin d’immédiateté (l’usager ne veut plus subir la contrainte des horaires) et de personnalisation des services (l’usager veut disposer d’une information sur mesure, répondant à ses centres d’intérêt). La proposition d’une offre de services hors les murs, adaptée aux contraintes des actifs et source d’une liberté nouvelle pour tous les usagers, semble s’imposer peu à peu comme la principale stratégie de fidélisation ou de reconquête des publics.


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