La veille apprivoisée #9 : la fin des libraires, des espaces émergents et une “washing machine”

Espaces - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

- La fin de la librairie : Pourquoi nous sommes-nous détournés des librairies ? - La Feuille

Deux billets remarquables d’ Hubert Guillaud sur la fin – annoncée ? – de la librairie. Dans un premier article Hubert démontre que ce n’est pas  l’internet qui a tué la librairie mais

plutôt les conditions commerciales imposées par la distribution, qui impose aux petits magasins de proximités que forment le coeur de la librairie, des conditions commerciales de plus en plus semblables à celles qu’elle accorde aux grandes surfaces (GS) et aux grandes surfaces spécialisées (GSS). La librairie est le commerce de détail qui a la marge la plus faible : on comprend que ce soit pour beaucoup d’entre eux, intenables.” 

Mais la transformation des pratiques commerciales, n’explique pas à elle seule les difficultés des libraires. Celles-ci reposent  aussi dans les transformations de nos pratiques culturelles. C’est tout le propos du second billet “Pourquoi nous sommes-nous détournés des librairies ? “.

Qu’on s’en désole ou qu’on s’en félicite, nos modalités de consommation, à l’heure de l’hyperconsommation [...]  me semblent également à prendre en cause. Nous n’avons plus le même rapport à la culture, à l’écrit, qu’il y a 30 ans, date de l’instauration de la loi sur le prix unique du livre. Le livre est devenu un produit de l’industrie culturelle comme les autres, que nous ne consommons plus de manière isolée – pour ceux qui le consomment encore.

S’il reste encore des gens qui ont la culture de l’imprimé et uniquement de l’imprimé, les plus gros lecteurs sont devenus des gens aux pratiques culturelles multiples, qui ont intégré les écrans dans leurs modes de consommation culturelle. Pas les libraires.

Un passage m’a particulièrement frappé :

‎La proximité physique et le conseil, les deux vertus de la librairie ne sont plus de mises. Visiblement, le confort de l’algorithme et de la sérendipité leur suffit largement ! Le lecteur occasionnel est devenu autonome. Il a largement le choix dans ce qu’il veut lire et il est peu probable que l’élitisme de la librairie se retrouve en adéquation avec ce type de lecteur. Le conseil des moteurs de recommandations, aussi imparfait soit-il, est parfois bien plus riche que le regard condescendant d’un libraire ou son conseil qui tombe à côté. La complexité des mobilités et des parcours d’achats, rendent peut-être aujourd’hui plus facile, pour des consommateurs occasionnels, un achat groupé avec d’autres achats ou une commande sur l’internet, que de passer à la librairie du bas de la rue.”

Un constat que l’on peut appliquer aussi aux bibliothèques.

Un billet à lire absolument et qui a le mérite d’appuyer là ou ça fait mal …

Espaces émergents, nouvelles pratiques et bibliothèques publiques – Vincent Chapdelaine. 

Une présentation incontournable de Vincent Chapdelaine qui s’interroge sur ce qui doit caractériser une bilbiothèque publique en tant qu’espace.

De nouveaux modèles d’espaces physiques, ouverts sur la communauté et favorisant la collaboration et l’apprentissage, sont en émergence partout dans le monde, dont à Montréal. Alors que des projets de coworkings, fablabs et living labs sont en développement, d’autres propositions, comme le Uni à New York et l’Atomized Library, remettent en question de manière radicale le modèle des bibliothèques publiques. En parallèle, de nombreux cafés de quartier se transforment naturellement en espaces conviviaux d’étude, de travail et de tenue d’événements de partage de connaissances: rencontres littéraires, universités populaires, conférences, microconférences et anticonférences.
Toutes ces initiatives ont en commun de répondre, sans trop en avoir conscience, à une mission traditionnellement associée à celle des bibliothèques publiques, soit celle de garantir un accès démocratique à la connaissance au sein de communautés locales. Elles ont également pour effet de transformer le visage des villes, en favorisant l’émergence de nouveaux lieux et en transformant ceux, existants, qui démontrent une compréhension des codes d’une culture fortement en phase avec le numérique, sensible à l’importance du design et de l’expérience sociale.

Cette conférence se veut une introduction à cet écosystème d’espaces et de pratiques émergentes, illustrés par plusieurs projets concrets en cours à Montréal et ailleurs. Nous poserons également la question suivante: quels rôles les bibliothèques publiques, et les professionnels de l’information, peuvent-ils et devraient-ils jouer dans ce nouvel environnement?


“Washing Machine” : une collection pour lire et comprendre le web - InternetActu.net

InternetActu.net lance chez Publie.net  “Washing Machine” une collection de livres numériques cherchant à changer notre regard sur les enjeux du numérique, au croisement des technologies et de leurs usages. A priori, la collection accueillera 8 à 10 titres par an, pour l’essentiel provenant de contenus publiés sur InternetActu.net.

Les deux premiers titres de “Washing Machine” s’intitulent Comprendre l’innovation sociale et Est-ce que la technologie sauvera le monde ?

Longue vie à la Washing Machine !

Inventaire semaine 30

- Passé trois jours dans mes alpages d’origine. Grand bol d’air frais, lecture dans l’herbe et avant bras cramés au 10 ème degré …

- “Wikipedia, le média de la connaissance démocratique”, terminé. Très bon livre, qui propose une approche philosophique de l”encyclopédie collaborative. Le chapitre “le mix philosophique de Wikipédia” est passionnant.

C’est un paradoxe plutôt amusant au regard de l’histoire : le système de coopération de Wikipédia illustre les succès que peut obtenir une société libérale, tout en reposant aussi sur une inspiration et les idéaux collectivistes. Pourquoi n’accepterait-on pas ce brouillage de lignes idéologiques ?

Le livre n’en est pas moins critique. Wikipédia ne permet elle pas l’émergence d’une élite ? celle du nombre très restreint des contributeurs vraiment actifs ( moins de 1% des utilisateurs ) et celle de ceux qui maitrisent parfaitement la syntaxe wiki qui se complexifie de jour en jour – allez jeter un coup d’œil dans la page de modification d’un article vous allez vite comprendre.  Limites que je partage totalement.

- Je suis persuadé que la “bonne santé” d’une bibliothèque ne se mesure plus au nombre d’inscrits voire de prêts. S’y accrocher, c’est renier que les usages au sein de nos médiathèques ont franchement évolué …. Faut s’en convaincre et en persuader nos élus …
Bertrand Calenge l’explique très bien dans ce billet.

Alors, on fait quoi de tous ceux qui fréquentent les ateliers numériques, qui feuillettent les magazines, qui travaillent dans nos salles, qui discutent dans nos ateliers ou conférences, qui utilisent nos services de questions/réponses en ligne… sans être inscrits pour l’emprunt ? Ils ne comptent pas ?!

- Pris un sacré coup de vieux. Ma fille ” Écoute ce vieux morceau d’avant … il est trop bien ” …. Ah la vache, je transpirais sur ce morceau quand j’avais 17 ans. Je tente une sortie honorable : ” ben tu sais, il est encore  dans le coup ce titre …” Le regard de ma fille me fit comprendre que non ! Entre nous, je crois qu’elle a tort … ;-)

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