Les représentations des bibliothèques : l’impact des clichés culturels relatifs aux bibliothèques et aux bibliothécaires sur le public et les personnels par Pascal Siegel

Je viens de participer à un colloque en Roumanie ayant pour thème la formation des bibliothécaires. J’ai eu le plaisir d’écouter la remarquable communication de Pascal Siegel, responsable de la politique documentaire et de la chaîne de traitement du document au SCD de Lille 3.  Celui-ci  a tenté d’identifier les principaux clichès relatifs aux bibliothèques et aux bilbiothécaires et a souligné  l’impact que ces clichés ont sur le public mais également sur le personnel de bibliothèques.

Pourquoi s’interesser à  ces clichés ? D’une part, ils restent pour le public la vitrine de notre métier. Même faux ils constituent des référents par rapport auxquels le public se situe peu ou prou. D’autre part ces clichés influent également les personnels des bilbiothéques : en amont, car ils sont à l’origine de certaines vocations professionnelles – le fameux j’aime les livres; en aval, car ils incitent certains bilbiothécaires à vouloir à tout prix s’en démarquer.

"Autant de facteur qui font de ces clichés un réalité sociologique qui a un impact décisif dont nos formations devraient davantage tenir compte" conclut l’auteur.

Avec l’accord de Pascal Siegel, je publie ci dessous sa présentation. Merci à lui.

Télécharger la version avec les menus interactifs;

En complément : ce minisite : L’image des professionnels de l’information dans les œuvres de l’esprit et cet article du bbf Entre clichés anciens et représentations réalistes Quelques images récentes de bibliothécaires.

La veille apprivoisée : une revue de web en info-doc

Portrait of - Par pedrovezini. CC-BY-SA Source : Flickr

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Je tiens à remercier Bibliomancienne de m’avoir donné en publiant sa nanoveille la clef d’une diffusion durable et capitalisable de ma veille.

Médiabitus : devenir médiateur numérique au quotidien

Comment identifier rapidement et efficacement une communauté d’intérêt pour y entrer ? Comment recommander ses trouvailles efficacement, éclairer des choix, devenir un médiateur identifié sur un thème, concrètement ? Mediabitus !

Pour des collections numériques appropriables

Questionnements actuels autour de la place des collections dans le nouvel environnement numérique. L’occasion d’imaginer ce que pourra être la façon de se construire une culture pour les futures générations de digital natives.

L’indexation est-elle soluble dans le(s) bouton(s) ?

" Mais là où les folksonomies créaient une valeur / valorisation documentaire partageable par tous et accessible à chacun, les boutons improprement désignés comme boutons "de partage" laissent toute la valorisation, toute la thésaurisation à la seule discrétion des sites hôtes (Google pour le +1, Facebook pour le Like, etc.). Ce partage là est l’avatar d’un libéralisme cognitif qui vise à mettre à disposition de quelques-uns l’usufruit du labeur documentaire de chacun d’entre nous "

DRM: près de 200 éditeurs disent non (Aldus – depuis 2006)

"Le chiffre des éditeurs NO-DRM a presque doublé, c’est désormais presque 200 éditeurs qui ont compris les problèmes dans l’interprofession et surtout le respect, la confiance qu’ils devaient à leurs propres lecteurs. Libérons nos livres."

Pays-Bas : La gare de Harleem s’équipe d’une bibliothèque ActuaLitté – Les univers du livre

"les gens veulent lire, mais il n’ont pas le temps d’aller à la bibliothèque" A Harleem à 20 km à l’ouest de Amsterdam se trouve une gare, qui offre aux usagers de pouvoir emprunter un livre, pour leurs trans ports quotidiens. Un belle application du concept de la "bibliothèque atomisée".

Amazon lance le prêt en bibliothèques de livres pour Kindle  

Amazon permet désormais d’emprunter des livres électroniques pour son Kindle via le site Internet de 11 000 bibliothèques américaines, en bénéficiant des fonctionnalités de notes et de marquages de l’appareil. Amazon transforme les bibliothèques en librairies…

Ma veille au jour le jour est à suivre sur mon profil Twitter ou Facebook.

Un exemple de projet de médiation globale dans les Médiathèques du Pays du Romans

Le dernier numéro de la revue professionnelle québécoise Argus propose un dossier sur la Médiation. J’ai eu le plaisir d’y écrire un article que je vous livre ici.

La facilité d’utilisation des moteurs de recherche et la force de la recommandation entre amis renforcent chez l’internaute usager un sentiment d’autonomie qui l’incite à se détourner des médiateurs traditionnels d’informations dont fait partie les bibliothèques. Nous ne pouvons plus demander à l’usager de s’adapter à l’univers bibliothéconomique, beaucoup trop hermétique pour le néophyte. C’est à la bibliothèque de s’adapter à l’environnement numérique de l’usager en y positionnant ses ressources et contenus.

La bibliothèque acteur de la médiation culturelle numérique

La médiation numérique est un dispositif technique, éditorial ou interactif mis en œuvre par des professionnels de l’information-documentation favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuite à tout contenu proposé par une bibliothèque. Parce que l’usager a une réalité multiple, la bibliothèque se doit de proposer le plus grand nombre possible de portes d’entrée vers ses ressources documentaires afin d’en favoriser la découverte. Aux bibliothécaires d’orienter l’usager plutôt que lui prescrire un parcours. Le portail institutionnel est une piste. D’autres sont possibles. De nombreuses bibliothèques ont déjà engagé ce travail en s’emparant des nombreux outils du web social tel que les blogs ou encore les réseaux sociaux.

Mais ces outils ne suffisent pas, il faut aussi proposer et disséminer des contenus éditorialisés présentant une valeur ajoutée informationnelle certaine. Cette large diffusion est une condition nécessaire pour susciter des interactions avec des usagers internautes et pour participer à la médiation culturelle sur internet qui est aujourd’hui organisée par les vendeurs et les grands médias. Il ne s’agit donc pas de se demander ce que le web peut apporter à la bibliothèque, mais bien de s’interroger sur ce que la bibliothèque peut apporter au web.

En avril 2006 la bibliothèque municipale de Lyon lance "Point d’Actu !", un magazine en ligne défini comme un service d’orientation documentaire axé sur l’actualité. Les bibliothécaires s’emparent d’une question d’actualité, la mettent en perspective, proposent des références pour mieux comprendre et élargir le débat. Alors que les sujets d’actualités sont largement relayés par les médias et qu’ils constituent l’une des premières requêtes dans les moteurs de recherche, «Points d’Actu !» a pour objectif de proposer un éclairage complémentaire. Ce service ne vise pas tant à promouvoir la collection de la bibliothèque mais de mettre à disposition de tous une expertise bibliothécaire. Ce service porte l’image de l’institution sous l’angle des contenus proposés.

Cet exemple démontre que si la gestion d’un fonds documentaire reste un pilier de notre métier, il n’est plus exclusif. La gestion de "leur visibilité" et l’animation du réseau de lecteurs et/ou des communautés d’intérêts potentiels rattachés à ces documents sont d’une importance égale si ce n’est plus. La bibliothèque s’éditorialise, le bibliothécaire devient « le journaliste » de ses collections.

La réussite de ces dispositifs suppose donc un projet éditorial et une (ré) organisation de la bibliothèque. Un projet de médiation numérique est un projet global au carrefour de nombreuses activités de la bibliothèque, sans pour autant se fondre dans l’une d’elle :

- Valorisation des ressources documentaires de la bibliothèque par des outils numériques.
- La veille documentaire thématique des acquéreurs.
- Administration du SIGB pour mettre en œuvre des services. Mais la médiation numérique ne s’y résume pas.
- Activités de l’espace multimédia de la bibliothèque qui est l’un des acteurs de la médiation in situ.
- Le département marketing/communication de la bibliothèque. La médiation numérique suppose une communication efficace, sur le site et en dehors.
- Le département action culturelle de la bibliothèque.

A Romans sur Isère, la médiation numérique ne reste pas dans les nuages - (Par tryphon4. CC-BY-SA Source : Flickr )

Un projet de médiation numérique des collections dans le réseau des Médiathèques du Pays de Romans.

Everitouthèque : de l’expérimentation à la validation.

Everitouthèque a été mis en ligne le 1er avril 2006. Le point de départ est une frustration. L’ergonomie rigide de l’OPAC ne permettait pas d’avoir un espace numérique digne de ce nom. L’idée d’un blog ait vite venu : créer un espace moins institutionnel de recommandations de documents avec toutes les possibilités offertes par le web. Avec un objectif simple, la mise en valeur du fonds à travers des thèmes et des genres forts. L’écriture est collaborative. Une vingtaine de bibliothécaires, des lecteurs, des libraires locaux, des partenaires contribuent.

Le succès de ce blog à permis de valider le projet de médiation numérique des collections au sein des Médiathèques du Pays de Romans. Cela s’est traduit par la création d’un poste de responsable de la médiation numérique des collections, la révision des profils de postes des agents et par l’intégration dans l’organigramme d’un pôle numérique regroupant les responsables de la médiation numérique, de l’informatique documentaire et des services multimédias. Ils réfléchissent ensemble sur la mise en œuvre de la bibliothèque sur le territoire numérique.

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Une offre de ressources numériques en bibliothèque est avant tout le choix de bibliothécaires avertis.

Avons-nous toutes les cartes en main pour franchir le pas ? (Dujol CC-BY-SA )

Plusieurs bibliothèques départementales m’ont demandé de préparer une intervention sur les offres de ressources numériques en bibliothèque. Le cahier des charges étant à chaque fois de faire un panorama exhaustif des plateformes disponibles sur le marché « afin que les bibliothécaires aient une vision précise de ces nouvelles offres documentaires». Une approche très réductrice de la question puisque que les enjeux liés aux modèles d’accès à ces ressources numériques sont totalement oubliés.  Comme si le fait de bien connaître le catalogue des offres suffisait pour appréhender la pertinence de celles-ci. Malgré la figure imposée, j’ai proposé que ce panorama des offres  ne soit pas la colonne vertébrale de cette formation, considérant que chacun peut se plonger dans le catalogue Carel ou Couperin. Il m’a semblé plus intéressant de donner des éléments de compréhension de la complexité des offres et de leurs modes d’accès, d’insister sur les problématiques liées aux contraintes techniques et juridiques et de démontrer qu’une offre pertinente de ressources numériques en bibliothèque est le choix d’un bibliothécaire averti.

La formation est proposée à des bibliothécaires totalement novices sur ces questions et qui selon les motivations exprimées lors de l’inscription, se sentent totalement dépassés. Le challenge étant de faire passer toute la complexité de cette question à des professionnels qui n’ont pas de culture numérique.  Je me suis donc attaché à donner du sens en prenant le risque délibéré d’être moins précis sur certains points. Tout mon propos s’est structuré autour d’une seule question : que doit avoir en tête un bibliothécaire pour pouvoir choisir en toute autonomie face à un prestataire qui lui explique que son offre est la meilleure du marché ?

Ma présentation est donc de "niveau 1", peut être caricaturale par moment. J’ai pris le parti de défendre ce que je répète lors de mes conférences : notre rôle est de défendre un accès du plus grand nombre aux ressources numériques et non de soutenir des modèles d’accès qui méprisent nos usagers. Pour cela nous devons connaître les dessous des offres, les contraintes explicites et implicites, les services proposés, les difficultés liées à un cadre juridique inadapté. En d’autres termes, donner pouvoir aux bibliothécaires de faire un choix averti et non subi. Cette approche stratégique des ressources numériques est un enjeu majeur de la formation professionnelle qui ne peut se résumer en une approche purement descriptive des offres. Le formateur que je suis ne sait pas faire autrement que d’essayer de convaincre les collègues que nous ne sommes pas des bibliothécaires béni-oui-oui et que nous ne devons rien lâcher sur cette question au nom de nos usagers. Mais j’ai bien conscience qu’une « formation engagée » est toujours contestable. De la formation à la déformation …

Je vous rassure sur l’absence de chiffres sur les pratiques numériques, le marché des e-books ou celui de la musique numérique, ils étaient traités lors d’une intervention précédente. 

L’usager est un sédentaire nomade …

La bibliothèque prés de moi ? - (Par cfabry. CC-BY-SA Source : Flickr

La bibliothèque prés de moi ? - (Par cfabry. CC-BY-SA Source : Flickr

« Je le dis toujours, le sédentaire, c’est celui qui est partout chez lui, avec le portable, l’ordinateur, aussi bien dans l’ascenseur, dans l’avion, que dans le train à grande vitesse. C’est lui le sédentaire. Par contre, le nomade, c’est celui qui n’est nulle part chez lui. Le sédentaire est partout chez lui grâce aux moyens de communications, mais le nomade n’est nulle part chez lui ».

Paul Virilio & Raymon Depardon in Terre natale : ailleurs commence ici, fondation Cartier, Paris, 2009

A appliquer pour les services web de bibliothèque …

Le portail des bibliothécaires ?

Une mutualisation des contenus produits en bibliothèque : un voeu pieux ? - (Par zigazou76. CC-BY Source : Flickr

Je lis sur Aldus, que le portail 1001 libraires ouvre officiellement le 4 avril prochain. J’aurai tant aimé lire l’info suivante :

Ouverture du portail 1001 bibliothèques : Repérer un livre sur le site et l’emprunter dans une bibliothèque près de l’endroit où l’on se trouve. Tout cela avec des conseils de bibliothécaires francophones.

Seul un média public de ce  type  permettrait de valoriser nos contenus et en développer une large diffusion sur le web. N’oublions pas que les bibliothèques sont quasi absentes de la médiation culturelle sur internet qui s’organise aujourd’hui autour des vendeurs et des grands médias.

Cette mutualisation reste à inventer. Les libraires l’ont fait … pourquoi pas nous !

Boudons les catalogues des gros éditeurs cadenassés par des DRM

La colère monte au sein des bibliothèques américaines suite à l’affaire HarperCollins qui décident de mettre la pression en appelant notamment au boycott de l’éditeur.
Les bibliothèques publiques françaises doivent suivre le mouvement et clairement bouder les catalogues des – gros – éditeurs qui offrent des ebooks scandaleusement cadenassés par des DRM.  La déclaration des droits numériques du lecteur nous rapelle tout ce que les DRM empêchent :

  • La possibilité de conserver, archiver et transférer les oeuvres acquises.
  • La possibilité de créer un exemplaire papier d’un titre dans sa totalité.
  • Les livres numériques doivent être proposés dans un format ouvert.
  • Le lecteur doit avoir le choix du matériel depuis lequel il accède aux livres.
  • La garantie que les informations concernant le lecteur restent privées.

Traduction proposée par ebouquin

Il y a quelques semaines j’écrivais :

je ne vous cache pas que je considère les bibliothèques publiques complices de ce mépris du lecteur, pas nécessairement de manière consciente. En proposant sur nos portails des offres de prêt de livres numériques qui transpirent les DRM et qui ne donnent aucune liberté d’usages nous ne faisons que porter crédit à ce modèle mort né.

Tournons le dos aux DRM et soutenons les éditeurs qui ont opté dès l’origine pour une distribution de livres numériques dans un format ouvert.

"Il faudrait bien que les bibliothèques prennent leurs responsabilités comme institutions publiques sur ces questions" écrit Marie D. Martel sur son blog et je suis bien d’accord avec elle.

La bibliothèque, un plus pour le web social

La revue Archimag vient de publier un numéro spécial intitulé "Bibliothèques : les nouveaux usages".  J’ai eu le plaisir d’écrire l’article que je vous livre ici.

L'affirmation du lien social face à l’algorithme ? - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

En mars 2010 aux Etats Unis et sur une semaine entière, un réseau social, Facebook, a devancé Google par son trafic. De peu, certes. Non pas que Google perd du terrain, mais parce que l’audience de Facebook se développe plus vite que lui. Un fait qui révèle une mutation forte : l’affirmation du réseau face au moteur de recherche, du lien social face à l’algorithme. L’affirmation d’un web social dans lequel des internautes partagent et font remonter les informations qu’ils jugent intéressantes à des gens qui les jugent dignes de confiance.

Le monde des bibliothèques s’interroge aujourd’hui sur sa présence web. Si ce web social était un territoire, Facebook serait le 3ème pays le plus peuplé du monde. Où serait la bibliothèque sur ce territoire ? S’il est aujourd’hui admis que la bibliothèque doit être là où sont les usagers, reste à savoir sous quelle forme et dans quel but.

Promouvoir la bibliothèque et ses services

De nombreux blogs, comptes Twitter ou encore pages et profils Facebook de bibliothèques sont utilisés pour promouvoir leur établissement dans des espaces numériques utilisés au quotidien par leurs usagers. Globalement nous y trouvons une information factuelle sur le fonctionnement de la bibliothèque (horaires, date de fermeture, mode d’emploi), les activités et des annonces d’événements. Parfois un retour d’animation via publication de photos et/ou d’articles. Les collections sont mises en valeur par l’annonce de nouvelles acquisitions ou de nouveaux abonnements à des revues. Au final des espaces pensés comme des annexes du site de la bibliothèque sur le web social. Des outils de dissémination de l’information institutionnelle qui s’inscrivent dans une stratégie de communication afin de faire mieux connaître l’institution et donner une image moderne de la bibliothèque et de ses agents. Un indéniable levier d’audience et de notoriété.

Améliorer la relation bibliothécaire /usager

Le web social par ses fonctionnalités participatives que sont les commentaires, les annotations, les recommandations créée une proximité nouvelle entre les usagers et la bibliothèque. Des usagers qui n’hésitent plus à se manifester.
Ainsi les bibliothèques universitaires d’Angers disposent de deux pages Facebook qui rassemblent chacune d’elles plus de 1000 amis. Les bibliothécaires sollicitent régulièrement cette communauté pour recueillir leur avis sur un service, une animation en cours mais parfois pour débattre. Lire notamment les échanges sur la page Facebook de la BU de Saint Serge au sujet des réactions passionnés de certains étudiants déclenchées par l’exposition « vaticane ». Des échanges auxquels participent bien évidemment les bibliothécaires ayant bien compris qu’il s’agissait là de moments privilégiés pour connaître et accompagner ses usagers, permettre une amélioration et peut être une meilleure compréhension des services. La valeur ajoutée ici, n’est pas Facebook mais bien le travail d’animation de la communauté en ligne effectué par les bibliothécaires.

 

Se positionner sur des communautés d’intérêt qui vont bien au delà des usagers de la bibliothèque - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

Une approche locale dans un web global

Quelle soit marketing ou communicationnelle cette démarche présente une limite ; elle est trop biblio-centrée car elle ne s’adresse qu’à la communauté locale des usagers de la bibliothèque et ne vise qu’à défendre l’image de l’institution. Car au delà des usagers du service public local, qui à la volonté d’être ami avec une bibliothèque sur Facebook pour partager des horaires et de nouvelles acquisitions ? Le web social est utilisé par les internautes pour converser, échanger, partager au sein de communautés globales d’intérêt – fan de bd, d’un artiste, de ma ville … Il est dommage que la bibliothèque n’essaie pas de se positionner aussi sur ces communautés d’intérêt qui vont bien au delà des usagers de la bibliothèque.

Au final, beaucoup de bibliothèques se sont inscrites sur ce territoire numérique en se demandant uniquement ce que le web social pourrait apporter à leur service local.

Le risque est de se contenter d’y aller par ce qu’il faut y être, comme une fin en soi. Ne serait-il pas plus audacieux de se demander ce que la bibliothèque peut apporter au web social ?

Ce que les bibliothèques ont à apporter au web social

Les réseaux sociaux n’ont pas vocation de valoriser une institution mais de susciter des interactions auprès d’internautes qui ont des identités communes. Être présent sur le web social signifie de publier des contenus qui ne soient pas spécifiques à la vie de la bibliothèque, mais partagés par le plus grand nombre.

La Bibliothèque Francophone de Limoge est présente sur Facebook via une page “L’emusic boxqui se veut être un jukebox virtuel qui propose à l’écoute des artistes musiciens de la région Limousin. La page permet également de suivre l’actualité des artistes et annonce leurs concerts. La bibliothèque se positionne comme l’un des animateurs de cette scène locale en offrant des espaces numériques dans lesquels cette communauté accède à des contenus, partage ou converse. La page Facebook rassemble aujourd’hui 694 amis, mais aussi 736 amis sur Myspace, 213 abonnés sur Twitter. Tous ne sont pas des « amis » de la bibliothèque mais des « fans » des artistes locaux portés et défendus par les bibliothécaires de Limoges.
Le blog Médiamus de la médiathèque municipale de Dole est perçu d’abord comme un blog thématique musical avant d’apparaître comme un service de la bibliothèque. Ce positionnement lui a permis d’être très bien classé dans la communauté d’intérêt des amateurs de musique.

Le bibliothécaire,  journaliste de ses collections ?

Ces exemples démontrent que si la gestion d’un fonds documentaire reste un pilier de notre métier, il n’est plus exclusif. La gestion de « sa visibilité », la recommandation de ressources externes et l’animation du réseau des lecteurs et/ou des communautés d’intérêts potentiels rattachés à ces documents sont d’une importance égale si ce n’est plus à l’heure du web social. La bibliothèque s’éditorialiste, le bibliothécaire devient le journaliste de ses collections et des ressources web qu’il aura repérées.

Ce travail de médiation numérique ne s’improvise pas et ne se résume donc pas au simple fait d’ouvrir un blog ou une page sur Facebook. La réussite de ces dispositifs suppose  un projet éditorial et une (ré) organisation de la bibliothèque. Il s’agit d’organiser une chaîne de publication et de validation des contenus proposés par la bibliothèque, d’intégrer ce travail dans le temps de travail effectif des agents; de revoir les profils de postes, de prévoir un plan de formation professionnelle afin qu’une culture numérique commune existe au sein de l’équipe, permettre aussi l’auto-formation et veiller à avoir un accès non bridé à internet sur les postes des agents …

 

La bibliothèque s’ouvre à un nouveau type d’usagers - - (Par Stéfan. CC-BY-SA Source : Flickr)

De nouveaux usagers ?

Nous connaissons une transformation majeure de l’espace temps des bibliothèques : à coté de l’espace physique et ses usages territorialisés s’ajoute celui de l’immensité du web et du flux. La bibliothèque s’ouvre à un nouveau type d’usagers : emprunteur ou simple consultant, inscrit ou non inscrit, usager internaute de la bibliothèque hybride ou internaute usager de la bibliothèque en ligne seulement, habitant du territoire physique ou habitant du territoire numérique. Toutes les combinaisons sont possibles. La bibliothèque se doit de proposer autant de parcours.

Une nécessaire mutualisation des contenus à valeurs ajoutées produits par les bibliothèques

Cette production de contenu à valeur ajoutée par des professionnels de l’info-doc est une véritable force à l’heure où beaucoup d’usagers internautes se perdent dans la jungle informationnelle et sont demandeurs de recommandations, de pistes à explorer.

Cette présence web des bibliothèques par la production de contenu ne pourra faire l’économie d’une mutualisation. Seul un média public du type « Le choix des Libraires » permettrait de valoriser ses contenus et en développer une large diffusion sur le web. N’oublions pas que les bibliothèques sont quasi absentes de la médiation culturelle sur internet qui s’organise aujourd’hui autour des vendeurs et des grands médias. Cette mutualisation reste à inventer…

Libre de Lire ! Des bibliothécaires s’engagent pour la liberté de lire

Libre de lire "j'irai cracher sur vos tombes". Et vous ?

 

La Semaine de la liberté d’expression se déroulera au Canada du 20 au 26 février 2011. Un événement annuel qui encourage les Canadiens à réfléchir et à réaffirmer leur attachement à la liberté intellectuelle qui leur est garantie  par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Un groupe de bibliothécaires québécois ont pris l’initiative de s’inscrire dans cette démarche en proposant le projet Libre de lire :

Libre de lire est un projet qui veut rassembler des lecteurs qui ont envie de s’afficher avec les oeuvres qu’ils ont aimées, qui les ont transportées, qui ont été significatives pour eux; ce qui est une manière de s’afficher pour la lecture. L’idée est simple, on se photographie avec l’objet de notre désir satisfait de lecteur et on le partage sur le site Libre de lire.

Libre de lire se veut aussi une plate-forme publique pour prendre la parole en faveur de… la liberté de s’exprimer et de lire sans craindre la censure! Le slogan On a le droit à la culture qu’on veut! est définitivement un cri politique et, lors de la Semaine de la liberté d’expression comme au-delà, les personnes qui souhaitent s’afficher avec des ouvrages censurés ou contestés sont tout particulièrement invitées à participer afin de faire retentir cette prise de position pour les droits fondamentaux du lecteur et de la démocratie.

Une belle initiative et je ne peux que vous encourager à y participer. Comment ?

Étape 1:

Choisir un livre. Il peut s’agir d’un livre contesté ou censuré ou simplement d’un livre que vous êtes fier d’être "libre de lire". Pour des idées de livres contestés ou censurés, veuillez visiter la section des listes.

Étape 2:

Prendre la photo et nous l’envoyer par courriel en suivant ces directives:

  • Photo en pièce jointe
  • Destinataire: jesuis@libredelire.org
  • Dans l’objet du message: Titre du livre
  • Dans le corps du message: Nom de l’auteur et contexte de la censure/contestation ou explication du choix du livre (facultatif, mais encouragé)
  • Signature de votre nom complet, de votre prénom ou d’un pseudo (facultatif, mais encouragé)

J’ai bien évidemment apporté ma contribution en m’affichant avec  la version numérique de "j’irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian, censuré en 1946.

Libre de lire est à suivre aussi sur  TwitterFacebooku et Flickr.

Déplacer la discussion des services en ligne de bibliothèque vers les espaces numériques personnels ?

La possibilité de commenter sur les services en ligne de la bibliothèque : est-ce si important que cela ? - (Par hippydream. CC-BY-SA Source : Flickr)

Je suis régulièrement interpellé par des collègues qui sont confrontés au refus de leur direction ou le plus souvent du service communication d’autoriser les usagers à déposer des commentaires sur le site institutionnel ou plus simplement sur le blog de la bibliothèque. J’ai déjà réagi à ce genre de situation en proposant une charte des commentaires consultable en ligne afin de rassurer tout ce petit monde. Je m’appuyais sur l’expérience menée dans la bibliothèque publique du Topeka & Shawnee County aux États Unis.

Et voila qu’aujourd’hui je m’interroge. L’élément déclencheur est ce billet de François Bon “Que les commentaires ne sont pas une écriture du bas” que j’ai redécouvert en lisant son dernier livre numérique “Après le livre”. Je ne remets pas en question la pertinence de cette fonctionnalité sur nos sites. Si l’on a la possibilité de l’offrir je crois qu’il ne faut pas hésiter, à condition d’intégrer la question de la modération et de sa propre participation. Beaucoup trop de bibliothécaires se plaignent de la non-participation des usagers sans jamais eux même s’engager dans la conversation !

Mon interrogation est plutôt de savoir si nous devons nous battre pour obtenir cette fonctionnalité si celle ci n’est pas proposée par défaut sur nos services en ligne ? Je me demande si il ne serait pas plus pertinent de défendre ce qu’écrit Karl Dubost sur son site “Les carnets web de la Grange”

“Je veux inciter les gens à écrire sur leurs propres espaces car le web a une propriété technique formidable qui s’appelle l’hyperlien. À partir du moment où l’on met la personne dans une situation d’écrire sur son espace personnel, le commentaire est moins du type « jolie profondeur de champ » ou « c’est bien écrit » mais un peu plus argumenté.”

Et si finalement un bouton facebook,  wordpress ou plus simplement un lien pointant vers l’url de l’article ne serait-il pas plus pertinent pour favoriser la discussion. Une conversation qui se déplacerait vers ces fameux espaces numériques personnels évoqués plus haut. Espaces qui s’inscrivent bien souvent dans des communautés d’intérêt ou de pratique. Sans parler que nous nous libérons de l’épineuse question de la modération qui inquiète tant nos tutelles. François Bon pointe néanmoins une vraie faiblesse :

“Un message Face Book n’est visible que six heures en moyenne, disparaissant de votre page où d’autres ont pris la place.”

Parce qu’il est visible et pérenne au pied de la page, le commentaire participe à la construction d’une réflexion collective qui complète le propos du billet. Une valeur ajoutée qui mériterait d’être défendue si nos services en ligne croulaient sous les commentaires. Ce qui n’est pas le cas.  Je ne suis donc pas loin de penser qu’il vaut mieux se battre pour ce qui dissémine la conversation et non  pour ce qui l’encapsule.

“… à nous donc de contaminer de l’intérieur Face Book et Twitter avec les contenus dont nous estimons qu’ils sont la raison de notre présence sur le web ?" continue François Bon.

Pas certain d’être moi même convaincu par ce que j’écris. Je m’interroge. Qu’en pensez vous?
Les commentaires sont ouverts …

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