Le livre numérique en bibliothèque, 2012 l’année de tous les dangers ? – La veille apprivoisée #10

A vendre - Par L.Dujol. CC-BY-SA

Sélection hebdomadaire d’informations parues sur le web concernant le monde de l’info-doc et les enjeux du numérique.

Une semaine où il fut beaucoup question du livre numérique.

- Pour une définition du livre numérique -Le tiers livre

Dans ce billet remarquable, François Bon nous donne sa définition du livre numérique en posant comme axiome de départ : "on n’a pas besoin de définition du livre numérique pour le lire."

Un livre numérique est " un frag­ment re­cons­truit, fermé sans fron­tière, d’une base de don­nées pour le­quel on a pro­po­sé un sys­tème spé­ci­fique de na­vi­ga­tion com­plexe, ré­ser­vé à son conte­nu, mais en pro­po­sant une cir­cu­la­tions per­met­tant de s’en ap­pro­prier le conte­nu ca­pable de se sé­pa­rer du site source, et de se consti­tuer comme re­la­tion in­time et in­di­vi­duée avec le lec­teur qui l’a trans­por­té dans son propre éco­sys­tème d’usage"

Une définition qu’il propose sur la "base de préliminaires" qu’il développe dans ce texte, "touchant le web, la validation symbolique, et  l’appropriation des outils à lire". Et de conclure par "Voilà ce pourquoi le livre numérique existe, et qu’on y travaille avec du bonheur."

- Le livre numérique, 2012 une année charnière ? - Bibliobsession.

À l’heure du prêt de livres numériques, quel rôle pour les bibliothèques, face aux puissants libraires en ligne comme Amazon ? Une question que pose avec beaucoup de justesse Silvère Mercier.

D’autant plus que les éditeurs persistent à penser "qu’un livre emprunté dans une bibliothèque est soit disant un livre qui n’est pas acheté." Un argument qui tient plus du fantasme que d’une réalité comme le confirme Marc Jajah dans ce billet

"Contrairement à ce qu’on croit en effet trop souvent un livre numérique prêté « gratuitement » s’achète…et pas qu’une fois ! La logique est en effet implacable : comme dans une bibliothèque classique, il faut suffisamment d’exemplaires pour que plusieurs lecteurs puissent accéder au même livre; sinon, ils attendent leur tour, après réservation du titre. L’idée selon laquelle le prêt de livres numériques cannibaliserait les ventes de livres est donc fausse, et d’autant plus que le prix du livre numérique destiné au prêt n’a pas cessé d’augmenter."

A se demander si les grands éditeurs n’auraient pas la volonté de tuer le prêt de livre numérique  comme le souligne ici  Glyn Moody – article en anglais.

"D’un coté, les "petits" éditeurs innovants qui sont prêts à s’adapter et à récolter les bénéfices de leur volonté de répondre à la demande croissante en livres numériques des bibliothèques publiques par un effet d’entrainement sur leurs ventes. Et de l’autre, les "gros" éditeurs sclérosés et qui résistent à essayer de nouveaux modèles économiques, préférant rendre le prêt de livres numériques le plus inconfortable possible dans le vain espoir que les lecteurs préféreront acheter plutôt qu’emprunter. " 

Ne pas prendre au sérieux le numérique risque de bien être un péchè mortel pour ces éditeurs :

"Tout ce qui touchait à l’électronique pure était perçu comme relevant du "gadget. Quand il a commencé à émerger, le numérique n’a pas été pris au sérieux par les responsables de l’entreprise. Aux yeux de ses dirigeants, Kodak semblait insubmersible. Ils ont sans doute péché par orgueil, persuadés que l’entreprise réussirait à imposer dans la durée sa vision de l’image". 

Toute ressemblance avec des éditeurs hexagonaux existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur…

Ce même Laurent Margatin interroge aussi les auteurs :

"La question que je me pose aujourd’hui est donc celle-ci: en quoi ces écrivains refusant le net comme espace d’écriture et de publication écrivent-ils désormais des oeuvres qui sont, d’une certaine manière, déjà mortes, faute d’être engagées dans cette mutation énorme du rapport au réel – et par conséquent à notre imaginaire – que nous sommes en train de vivre ?"

Silvère Mercier continue sa réflexion dans le billet cité plus haut. Puisque "les bibliothèques ne sont pas perçues et reconnues comme nécessaires pour accéder à des livres numériques" et sans le soutien des pouvoirs publics nous "risquons fort de subir la loi du marché et plus précisément d’accepter qu’un tiers comme Amazon se positionne à ses conditions entre les éditeurs et les bibliothèques" à l’image de l’alliance Overdrive/Amazon aux Etats Unis. Jean Michel Salaün s’interroge :

"La mission des bibliothèques est de retirer les contenus des contraintes commerciales pour les proposer au public. Il est donc contradictoire pour elles qu’un prêt se conclut par une offre commerciale exclusive. Mais les bibliothèques francophones, même en consortium, ne pèsent pas lourd vis-à-vis des stratégies des Big Five. Aussi la seule voie pour préserver le service public de la lecture semble la voie légale ou réglementaire."

Et Silvère de poser l’enjeu principal :

"Faut-il plutôt promouvoir des offres de prêt de livres numériques propres aux bibliothèques comme c’est déjà le cas, au risque d’avoir une visibilité très faible dans un marché qui sera dominé par des écosystèmes propriétaires couplant catalogues de contenus et objets nomades. On peut légitimement penser que dans quelques années, ne pas être dans l’Appstore ou dans le catalogue d’Amazon ou celui de Google sera équivalent à une disparition de la surface lisible du web pour les éditeurs comme pour les bibliothécaires et le service de prêt ou de médiation qu’ils prétendent fournir."

- Le livre numérique et sa médiation en bibliothèque : Lire nous ouvre de nouvelles voies neuronales – Idboox

Changez le mot éditeur par bibliothécaire et vous aurez la clef du mystère :

La capacité offerte par des appareils comme des readers, des smartphones et des tablettes à tenir dans une main une bibliothèque entière est une formidable opportunité. Comme éditeurs, nous devons utiliser chaque nouvelle technologie pour développer la lecture dans notre culture. Nous devrions nous concentrer sur le message et non rejeter la technologie. Nous devrions être agnostiques sur la plate-forme et évangéliques sur le contenu.

- Le livre numérique du point de vue du lecteur : Sociale la lecture ? - Hubert Guillaud.

En septembre dernier, le Cléo organisait sa deuxième université d’été de l’édition électronique ouverte.  Hubert Guillaud y a donné un cours intitulé "Sociale la lecture" dont l’enregistrement vidéo est disponible ici. A voir +++

La lecture de demain sera éminemment sociale prédit Bob Stein. Qu’est-ce que la lecture sociale ? En quoi est-elle importante ? Que peut-on faire pour la développer ? En parcourant quelques outils du web social (Librarything, GoodReads, RethinkBooks…)

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21 Responses to Le livre numérique en bibliothèque, 2012 l’année de tous les dangers ? – La veille apprivoisée #10

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  4. Luc Jodoin dit :

    Salut Lionel,

    Parce qu’on a pris la mauvaise habitude de commenter les billets des bibliopotes sur FaceBook et non sur le lieu même où ils ont été créés, Voici :

    Belle cueillette. Je suis quand même un peu perplexe face à la définition «non-défiinitive» de François du livre numérique comme base de données… Enfin, ça demanderait des développements…

    Pour Laurent et les auteurs, j’ai eu l’occasion de m’exprimer ailleurs à propos de son billet. Je reproduis ici :

    «Intéressant. Un peu dogmatique, toutefois. Sortir du débat papier/numérique pour entrer dans un autre débat entre anciens et modernes… ces derniers ayant bien sûr une meilleure perception du réel, ce n’est pas un peu réducteur? Annoncer la mort de l’autre à partir de soi (son expérience du lire et de l’écrire) c’est réducteur, non? Poser que les écrivains du «papier» sont «incapables de générer un imaginaire, d’où la grande pauvreté de leur écriture, toutes ces platitudes stylistiques, toutes ces images pseudo-littéraires», complètement coupés du réel, (en mutation, bien sûr) c’est un tantinet réducteur aussi. Le livre (numérique ou papier) n’est pas un fermoir. Les œuvres qui s’écrivent aujourd’hui (numériques ou papier) ne sont pas mortes. Certaines d’entre elles (numériques et papier) sont toutefois obsolescentes…»

    Luc Jodoin

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  6. Lionel Dujol dit :

    Merci Luc pour ces nuances. Heureux de te voir par ici ;-)

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